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Yannick Neuder : « Des intercommunalités fortes pour protéger les communes ! »

Isère le 27 novembre 2014 - La Rédaction - Actualités - article lu 1629 fois

Yannick Neuder : « Des intercommunalités fortes pour protéger les communes ! »
Yannick Neuder : « Nous structurons un territoire qui n'est pas une variable d'ajustement entre Grenoble et Lyon. » (D.R.)

Yannick Neuder, 45 ans, est maire (UMP) de Saint-Étienne de Saint-Geoirs depuis 2001.

Élu premier magistrat de cette commune chef-lieu d'un canton de plus de 10 000 habitants à 32 ans à peine, il s'est imposé comme une figure incontournable du paysage politique de la Bièvre, et plus généralement du centre-Isère, il est aussi très impliqué auprès de l’association des maires et adjoints de l’Isère (AMI), dont il est vice-président au côté du président Daniel Vitte. Avec son aîné en politique, Jean-Pierre Barbier (député-maire de Penol et ancien président de la communauté de communes de Bièvre-Liers), il a su donner corps à un territoire qui était éclaté  dont « On rallie les extrémités en 30-35 minutes de voiture… » Reste à donner une âme à ce même territoire. Le président Neuder s’y emploie ainsi que ses équipes de la « CCBI », les 41 communes, 576 élus municipaux (280 d’entre eux siègent dans les commissions) dont 62 conseillers communautaires. Ah ! On oubliait, ce quadra père de famille est aussi praticien hospitalier chef du pôle cardiologie du CHU de Grenoble-La Tronche, inutile de préciser que ses journées, et parfois ses soirées sont bien remplies : «C’est un choix dit-il, je ne pense pas pouvoir m’éloigner complètement de mon métier […] cardio c’est quand même 12 ans d’étude […] »
Les défis sont là. Contrairement à certains territoires en échec relatif côté « fusion et rapprochements » (Vals-du-Dauphiné…) le mariage des intercommunalités a pu se réaliser en Bièvre-Isère : « Il y avait déficit d’organisation, explique Yannick Neuder, comme le préconise la loi, nous avons commencé à structurer un territoire qui ne doit pas être une variable d’ajustement. A terme, avec la réforme, et selon le seuil qui sera défini, (20000 ou 25000 habitants voire davantage) il ne restera que 3 ou 4 grosses intercommunalités entre Lyon et Grenoble…Nous allons vivre dans un pays avec de grandes régions, il faut des intercommunalités fortes pour protéger les communes. »
Les intercos de moins de 20000 habitants devront fusionner ou éclater en communes qui rejoindront des intercos limitrophes plus importantes. C’est le cas de deux voisines de la communauté de Bièvre-Isère (CC.Beaurepaire, CC.Pays saint jeannais) qui, le moment venu auront à faire des choix : « Nous avons déjà un syndicat mixte de Bièvre-Valloire en commun avec le territoire de Beaurepaire, ajoute le maire. » La CDCI (commission départementale de coopération intercommunale) devra se remettre au travail sur une période 2016-2017. (1)

Urbanisme, Center parcs…

Comme ses consoeurs, la communauté de Bièvre-Isère va récupérer le traitement et l’instruction des demandes de permis de construire à compter du 1er juillet 2015. La signature finale reste aux maires. Le service de l’Etat, la DDT (direction départementale des territoires) se départit de cette tâche qui incombe aux intercommunalités avec le financement et le recrutement des personnels afférents : « Dans le cas de Bièvre-Isère, nous allons utiliser le fonds de péréquation (FPIC) que l’Etat nous verse, précise le président, nous commencerons en mars pour être bien prêts en juillet. »
Le transfert de l’instruction du droit  des sols vers les intercommunalités est-il le premier pas d’un transfert de compétence total de l’urbanisme ? Rien n’interdit de le penser, même si de nombreux maires y sont opposés : « Pour ce qui nous concerne, l’établissement d’un PLUI (2) fait partie du plan de mandat que nous aurons bouclé à fin 2014, explique Yannick Neuder, mais de toute façon il faut que les maires soient tous d’accord ! » Concernant la loi SRU (3) qui oblige les communes de plus de 3500 h à parvenir à 20 % de logements sociaux, raison pour laquelle un maire est en grève de la faim (lire page 16) Yannick Neuder estime : « Ce ne peut pas être une question de principe de déplacer des populations, il faut que les logements soient près des emplois et réciproquement… »
Le plan de mandat verra se mettre d’accord les conseillers sur 4 grands secteurs de compétence communautaires : économie, grands équipements, enfance-jeunesse, fiscalité.

Une économie diversifiée

« Je ne suis pas contre l’activité de logistique, mais nous n’avons pas vocation à accueillir toute la logistique qui ne trouve pas place en Nord-Isère ou dans la Métropole grenobloise, affirme le président. Il ne faut pas consommer exagérément des hectares, qui peuvent être dévolus à l’agriculture. Nous avons 11 zones d’activités économiques sur 200 hectares et 10 000 emplois sur notre sol. L’aéroport accueille 600 emplois en période de pointe pour du transport de passagers en hiver (350 000 par an), c’est sa vocation première, l’arrêt de l’aéroport serait dommageable à l’ensemble du tourisme des stations de sports d’hiver, même s’il est normal de se poser la question de sa rentabilité […] Pour autant nous ne sommes pas prêts à accepter un développement du fret aérien, pour cause de qualité de vie. Les emplois créés ne compenseraient pas les nuisances supportées. » Bièvre-Isère compte 352 commerçants, 618 artisans, 6 unions  commerciales : « Enfin, reprend Yannick Neuder, pour la structuration du territoire, il est aussi important pour nous de fixer les consommateurs sur place, et d’éviter l’évasion vers les gros centres commerciaux. »
En revanche, Yannick Neuder comme une très forte majorité des élus, est à 100% pro Center Parcs de Roybon : « Je veux bien que toutes les voies de recours et d’opposition soient employées, bien entendu aussi que toutes les précautions environnementales soient respectées, mais lorsqu’il y a une décision prise en dernière instance, elle doit être respectée. La démocratie s’est exprimée. Je ne suis même pas sûr que les opposants qui s’acharnent dans leurs actions soient tous de la région […] Il aura fallu 7 ans d’instruction du dossier. Initialement, Center Parcs aurait dû être livré en 2013, il ne le sera au mieux que d’ici 2 à 3 ans […] nous avons de la chance que le groupe Pierre et Vacances ne se soit pas désisté pour un autre site […] (Ndlr : un Center Parcs sera livré en août 2018 au Rousset en Saône-et-Loire, 1h30 au Nord de Lyon, Roybon est à 1h10 de Lyon). « Cela représente environ 700 emplois pour la région, et l’emprise forestière ne représente que 200 ha sur 33000 que compte la forêt de Chambaran. »
Quant à la réforme territoriale annoncée qui doit voir s’évanouir les départements dans la nature, cela ne préoccupe pas outre mesure le président de Bièvre-Isère. L’essentiel est que cela fonctionne : « Quand des administrés attendent une place en crèche, peu importe qui porte le projet pourvu qu’il existe ! »conclut Yannick Neuder.

Eric Sévéyrat


(1) Congrès des intercommunalités de l’AMI (association des maires de l’Isère) sur le site voironnais du Domaine de la Brunerie (ancien Creps).
(2) Plan local d’urbanisme intercommunal
(3) Loi relative à la Solidarité et au Renouvellement Urbains



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