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Vigilance sécheresse, l'Isère a soif

Isère le 08 mai 2017 - Elisabeth Laverdant - Sciences, Santé, Environnement

Vigilance sécheresse, l'Isère a soif
DR - La sécheresse plane sur l'Isère

La situation est inédite. Le préfet a placé le département de l'Isère en vigilance sécheresse dès le 19 avril. C'est plus tôt que d'habitude et ça ne présage pas d'un été serein. Le risque d'une sécheresse pourrait planer sur le département.

« C’est très tôt et la situation est très exceptionnelle ». Serge Taboulot, ingénieur à Météo France et chef du centre météo des Alpes du Nord, ne mâche pas ses mots. L’Isère est en effet placée en vigilance sécheresse depuis le 19 avril. Une mesure prise à l’issue de la réunion du Comité départemental de l’eau (CDE) qui s’est tenue le 14 avril.

Concrètement, l’hiver très sec et le printemps précoce ont provoqué un déficit pluviométrique important. Dans la région des Alpes du Nord, il est de 40 % par rapport à un hiver normal. « On aurait dû avoir entre 500 et 600 mm d’eau. Cette année, on en a seulement entre 300 et 400 », constate Serge Taboulot. Autre observation : les stocks de neige sont déjà nuls à des altitudes inférieures à 2 000 m.

Tout cela n’est pas sans conséquence. L’une d’entre elles, c’est que les nappes phréatiques se sont mal remplies. Or, la période de recharge est terminée. Cette période s’effectue entre septembre et mars. Durant ce laps de temps, la végétation ne consomme pas l’eau tombée du ciel. Mais maintenant, c’est fini. Aujourd’hui : « tout ce qui tombe du ciel est consommé », explique l’ingénieur de Météo France.

Les cours d'eau au niveau de juillet

Autre problème : les niveaux des rivières, largement déficitaires cette année. Ceci induit un risque de sécheresse pour le printemps et l’été bien supérieur à celui d’une année normale. Alors que nous sommes au mois d’avril, les cours d’eau sont au niveau d’un mois de juillet.

Inverser la tendance, est-ce possible ? Les récentes chutes de pluie ne semblent pas pallier le déficit. « Ce qui tombe c’est grosso-modo une quarantaine de millimètres. C’est une bonne pause », souligne Serge Taboulot. Mais mis à part le bénéfice pour les prairies de montagne, ça ne va pas inverser la tendance. « Il faudrait qu’il pleuve beaucoup au mois de mai », commente quant à lui Jacques Lionet, adjoint au chef du service environnement de la Direction départementale des territoires. Néanmoins, les prévisions météo des prochains jours ne sont pas rassurantes. S’il ne pleut pas, les conséquences seront importantes.

La situation a donc amené le préfet à prendre des mesures. Le département est ainsi placé en vigilance sécheresse. Cela signifie que pour le moment, il n’y a pas de restrictions. « Il s’agit simplement de prévenir la population, les usagers et les collectivités que des restrictions pourraient avoir lieu », explique Jacques Lionet. La situation reste malgré tout « désagréable et risquée ». En cas de restrictions, la priorité est donnée à l’eau potable. Les usagers de l’eau comme les agriculteurs, s’ils sont touchés par des restrictions, pourraient rencontrer des problèmes dans leurs exploitations. Vu la situation actuelle, Serge Taboulot n’est pas très optimiste : « De toute façon, on aura des manques d’eau. On pourrait même être amené à prendre des mesures de restrictions dès le mois de juin ». Le CDE va se réunir le 15 mai prochain. Il évaluera la situation et fera des propositions au préfet. En attendant, chacun doit être économe.

Si la situation actuelle est exceptionnelle, d’autres phénomènes similaires ont déjà eu lieu sur le territoire. « Des hivers secs, il y en a toujours eu. On n’est pas dans l’inédit total », commente Serge Taboulot. Cet hiver ressemble un peu à ceux de 2001-2002 et de 1985-1986. Le spectre de la sécheresse de 1976, l’ingénieur de Météo France ne le balaye pas d’un revers de main : « c’est loin d’être garanti mais le risque n’est pas exclu ».

Elisabeth Laverdant

Le CDE, où on parle de la pluie et du beau temps

Le Centre départemental de l’eau (CDE) est une extension des comités de suivi de sécheresse. Il réunit tous les acteurs concernés : Etat, gestionnaires d’eau potable, agriculteurs, associations écologistes ou encore fédérations de pêche. Il s’agit en fait d’une instance de concertation.

Son but : discuter des problèmes liés à l’eau. Lorsque le comité est réuni, le préfet peut proposer ou demander des avis sur d’éventuelles mesures à mettre en place. Le panel de ces mesures est large. Il va de la simple communication, à la surveillance, jusqu’à la restriction.



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