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Va-t-on vers un exode des forces vives ?

Loire le 22 mai 2014 - Daniel Brignon - Actualités - article lu 612 fois

Va-t-on vers un exode des forces vives ?
R. Juanico : « ce ne sont pas les grosses fortunes qui s'expatrient mais plutôt des gens qui saisissent une opportunité professionnelle » (Stocklib © Rossella Apostoli)

L’intitulé de cette commission d’enquête dit clairement l’objet de montrer que l’exil s’est accentué depuis la présidence de François Hollande, n’est-ce pas ? Oui, il s’agit de voir, comme le suggère Luc Chatel dans l’intitulé qu’il a donné à cette commission portant sur « l’exil », si le phénomène d’expatriation s’amplifierait depuis la présidence de François Hollande.

L’intitulé de cette commission d’enquête dit clairement l’objet de montrer que l’exil s’est accentué depuis la présidence de François Hollande, n’est-ce pas ?

Oui, il s’agit de voir, comme le suggère Luc Chatel dans l’intitulé qu’il a donné à cette commission portant sur « l’exil », si le phénomène d’expatriation s’amplifierait depuis la présidence de François Hollande. C’est sous-entendu dans la proposition de cette commission d’enquête qui, je le crois, permettra de battre en brèche un certain nombre d’idées reçues sur l’expatriation sous toutes ses formes : l’exil fiscal, le départ présumé des diplômés.

Vous avez déjà commencé à auditionner, quels premiers constats pouvez-vous faire aujourd’hui ?

Sur la question fiscale, on observe il est vrai une hausse du nombre des contribuables qui partent à l’étranger. Entre 2007 et 2009 le nombre des départs était de 26 000 par an, de 2009 à 2010 : de 22 000, depuis 2010 et les années suivantes : de 35 000. Le nombre d’exilés fiscaux est effectivement en hausse, mais la situation a été inversée par la proposition de Bernard Cazeneuve pour faciliter leur retour. Le bilan 2014 est spectaculaire puisque l’administration fiscale va traiter 15 000 dossiers de retour d’exil fiscal représentant 3 à 4 Md€ de rentrées. L’évolution du nombre des exilés va être du coup négative en 2014.
La commission des finances fait remarquer en outre que les foyers fiscaux qui partent à l’étranger ne sont pas les plus fortunés. D’après la commission ceux qui partent relèvent de 25 000 € de revenu moyen. Contrairement à ce que l’on croit ce ne sont pas les grosses fortunes qui s’expatrient mais plutôt des gens qui saisissent une opportunité professionnelle.

« Ce ne sont pas les cerveaux qui fuient ! »

On connaît le nombre d’expatriés français ?

Ils étaient fin 2013, 1 642 000 enregistrés au registre mondial des Français installés à l’étranger. Ce chiffre n’est pas exhaustif car il n’y a pas d’obligation d’enregistrement. On estime leur nombre réel autour de 2 millions à 2,5 millions. Il ne connaît pas d’évolution significative, et est bien inférieur au nombre d’expatriés de Grande Bretagne, de 4,2 millions, et d’Italie, de 3,6 millions.

Sur la « fuite des cerveaux », quelle tendance observez-vous ?

A l’appui de deux documents, une étude de la CCI de Paris, un autre du Laboratoire interdisciplinaire d’évaluation des politiques publiques, on observe que le départ des diplômés de France est l’un des plus faible des pays de l’OCDE, quatre fois inférieur au Royaume-Uni, trois fois inférieur aux Pays-Bas. Ce qui est assez étonnant, c’est que 50 % des jeunes Français qui partent à l’étranger ont un niveau inférieur à la licence : ce ne sont pas les cerveaux qui fuient ! Et, selon le laboratoire, un jeune diplômé sur deux envisage un retour dans les 5 ans. Le nombre de jeunes partis à l’étranger connaît une hausse due au développement des dispositifs de mobilité, comme Erasmus, qui n’est pas en sens unique. La France connaît un solde migratoire positif quant à la mobilité des étudiants. C’est le troisième pays d’accueil au niveau mondial des étudiants étrangers.

Qu’attendez-vous de cette commission d’enquête ?

Une vision plus juste et plus éclairée sur l’expatriation et surtout plus positive, que l’expérience à l’étranger soit mieux valorisée. L’expérience professionnelle des jeunes en début d’activité à l’étranger est formidablement enrichissante et ouvre des perspectives d’avenir professionnel plus positif au retour en France.

Propos recueillis par Daniel Brignon


« D’ordre professionnel »

L’étude publiée en mars 2014 par la CCI Paris Ile-de-France, « L’expatriation des Français, quelle réalité ? » constate que « si la tendance à l’expatriation des Français s’accentue, le phénomène est moins marqué que dans les pays voisins. L’idée d’un fuite massive des talents spécifique français ne semble donc pas correspondre à la réalité. » Selon l’étude, l’accélération de l’expatriation des jeunes serait principalement due au niveau élevé du chômage, « d’ordre professionnel », indique l’étude. A la recherche donc d’une situation professionnelle meilleure mais aussi pour « accroître leurs chances sur le marché de l’emploi français », davantage recruteur après une expérience internationale. L’étude souligne enfin que plus de la moitié des mouvements se fait au sein de l’espace européen. « Une forme d’émergence de citoyenneté européenne ? », interroge en conclusion le rapport d’étude.



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