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Transsibérien : « une migration aux allures de pèlerinage »

Rhône le 27 juillet 2014 - Mathieu Ozanam - Culture - article lu 772 fois

C’est dans le cadre de cette année que l’association CulturesFrance a organisé le voyage d’une vingtaine d’écrivains, de poètes et d’intellectuels français dans le Transsibérien.

Une semaine pour parcourir les 9 288 km qui séparent Moscou de Vladivostok sur la côte pacifique, en passant à travers la Sibérie méridionale. Libre aux écrivains de s’emparer ensuite de cette expérience pour la retranscrire, qui sous forme de reportage filmé, radio ou en publiant un récit. L’écrivain-voyageur Sylvain Tesson, faisant bande à part, avait choisi de vivre en ermite de février à juillet 2010 dans une cabane sur la côte ouest du lac Baïkal. Il en avait tiré Dans les forêts de Sibérie, ouvrage très remarqué.

L’écrivain et académicien Dominique Fernandez avait lui fait le choix de monter à bord du Transsibérien. Nous l’accompagnons dans sa plongée dans ce « Far East ». Elle se fait à la vitesse lancinante du train en Sibérie, immense région qui s’étend de l’Océan Arctique au nord aux frontières mongoles et chinoises au sud. Jules Verne nous y a emmenés avec Michel Strogoff. Elle est aussi pour nous synonyme de  zone de relégation pour les opposants politiques, des tsars blancs aux tsars rouges.

Les gares et les villes défilent. Première étape : Nijni Novgorod sur les bords de la Volga, anciennement appelée Gorki de 1932 à 1991 en hommage à l’écrivain. Le physicien Andreï Sakharov, et Prix Nobel de la Paix, y fut exilé pendant 6 ans. Puis vient Kazan. Nous sommes déjà à plus de 700 km de Moscou. Nous voilà à Ekaterinbourg de l’autre côté de l’Oural, aux portes de la Sibérie. C’est là que furent envoyés le tsar Nicolas II et sa famille, qui y furent assassinés. Omsk, Novossibirsk, Krasnoïarsk, Irkoutsk, le lac Baïkal, Oulan-Oudé, Chita, Birobidjan Khabarovsk, les étapes se succèdent avant de franchir le fleuve Amour et d’arriver, enfin, à Vladivostok.

Dans ce voyage organisé sous la protection (la surveillance) de gentils accompagnateurs russes, Dominique Fernandez fait découvrir la richesse et la pauvreté de ce qui demeure, pour nous Occidentaux, largement une terra incognita. L’érudition et l’amour de Dominique Fernandez pour la Russie le conduit à évoquer pour le lecteur les géants de la littérature russe : Gogol, Dostoïevski, Tolstoï, Tchekhov, Pasternak, Gorki, Grossman, Soljenitsyne. Ils éveillent un irascible désir de tous les lire pour tenter de saisir ce qui fait l’âme russe. De la plus extrême sensibilité, de la générosité débordante à son extrême violence et l’aspiration au sacrifice. « On meurt parce que seulement de la mort peur rejaillir la vie : le monde procède par ruptures et par bonds, ce qui revient à nier la croyance occidentale dans le progrès », suggère Dominique Fernandez. Un autre monde.

Mathieu Ozanam

Transsibérien, Dominique Fernandez, photographies de Ferrante Ferranti, Livre de poche, 6,90 €.



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