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Toussaint : Le rite, les règles, et l'art ?

le 29 octobre 2015 - Eric Séveyrat - Société - article lu 307 fois

Toussaint : Le rite, les règles, et l'art ?
Patrick Charpiat (Licence Creative commons) - Danse Macabre, fresque de l'église de La-Ferté-Loupière, Yonne - XVe siècle

L'art funéraire est-il mort ? Pas sûr mais, mais les témoins interrogés ici sont unanimes : il évolue aussi lentement que notre rapport à la mort dans notre société, avec une mort souvent cachée, une mort taboue. L'art funéraire contemporain est à cette image, s'il n'y avait le renouvèlement venu de la pratique de la crémation et des urnes (presque 40 % sur Lyon, plus de 30 % en moyenne nationale), on pourrait dire de l'art funéraire qu'il est au ralenti. Petit tour d'horizon à l'approche de la Toussaint.

« On est loin aujourd’hui de la beauté de l’art des danses macabres qui ornaient les églises du Moyen Âge, déplore Jean-Philippe Ugolini, directeur de l’agence de Lyon du service catholique funéraire (SCF)… Aujourd’hui on n’a plus rien de bien notable dans l’art funéraire, on ne construit plus de chapelle sur les caveaux dans les cimetières, les ouvrages de marbriers sont très chers pour des familles qui ont souvent peu de moyens et l’on retrouve souvent les mêmes pierres tombales (gris anthracite), avec la stèle « en vague », la plus répandue, la plus simple et la moins chère. Une pierre tombale atteint rapidement le coût moyen des obsèques autour de 3 000 à 4 000 €. Tout le monde sait que l’Eglise catholique ne prône pas la crémation mais la tolère. Les familles pensent parfois avoir recours à la crémation pensant que c’est moins cher. Je leur réponds que c’est faux, car s’ils veulent une inhumation de l’urne dans un caveau, cela revient plus cher. S’il veulent une simple dispersion des cendres au jardin du souvenir, là c’est moins cher. »

L’art funéraire, cela peut être aussi un simple dessin d’enfant déposé dans le cercueil d’un grand-père. C’est aussi, outre l’art plastique, l’art oratoire d’un prêtre ou d’un civil lors de la cérémonie d’adieu en présence de la dépouille, ou encore, l’art de la mise en scène des obsèques par les professionnels eux-mêmes.

Un client « captif »

Si le rite du mariage est en plein essor, avec un « business » inventif et florissant, l’art funéraire est lui un peu à la traîne. Même si d’évidence, un minimum de chiffre d’affaires est garanti en raison d’une « clientèle captive », dixit un professionnel des pompes funèbres (ce qui n’est pas le cas des mariés). « On constate l’utilisation très fréquente de la musique lors des cérémonies, et de photos disposées sur les cercueils, c’est un phénomène un peu à l’américaine, souligne encore Jean-Philippe Ugolini. On veut personnaliser les cérémonies. C’est un phénomène marquant depuis l’après-guerre et les années 50 dans l’histoire des rites funéraires. » Alors pourquoi l’art funéraire recule-t-il ?
Pour le directeur du service catholique de Lyon, le rite et l’art sont liés : « Notre société a voulu mettre des règles partout. La mort est encadrée par l’Etat, par les communes, or la mort n’a pas besoin de règles mais de rites, et l’art en découle… » Le carton et le numérique vont être des supports. Ce n’est pas encore de l’art mais ça peut le devenir car l’art va évoluer avec les rites : « Les seules nouveautés en dehors des urnes, ce sont les cercueils en carton, mais l’Etat ne les pas encore homologués, le Journal officiel a homologué le cercueil en contreplaqué « recouvert » de carton ! Côté numérique le QR code existe déjà « mais je n’en ai pas encore vu », confie M. Ugolini à Lyon. « C’est un code qui est posé sur la tombe, que vous flashez avec votre smartphone, et cela vous mène sur des pages Internet qui donnent des informations, des photos du défunt, etc. Ce qui marche déjà bien, c’est le site Internet où l’on peut déposer un mot sur les disparus. »

La mort chrétienne

« Il est vrai que les urnes ont donné lieu à de beaux objets, admet le directeur du SCF de Lyon, mais depuis 2010, la loi interdit de garder des urnes à son domicile, auparavant on en voyait en forme de livre dans les bibliothèques… Mais les belles urnes, à quoi bon ? Puisque l’urne doit être inhumée ou les cendres dispersées (selon une règlementation précise, en mer loin des côtes, dans la nature mais pas sur la voie publique, Ndlr).
La mort chrétienne est accompagnée d’un message d’espoir, la mort dans le message chrétien n’est pas le contraire de la vie, c’est le contraire de la naissance, la mort s’accompagne d’une renaissance… un passage vers l’autre rive, tel que décrit dans le très beau poème de Simone Weil… » Le message de chaque rite religieux influence l’art funéraire qui entoure la mort dans chacune des cultures : « L’art funéraire des musulmans est très sobre, indique Jean-Philippe Ugolini, qui a servi des obsèques musulmanes par le passé, même si les musulmans sont plus expansifs lors des obsèques. Si le défunt est rapatrié au pays d’origine, il pourra être sorti du cercueil pour être inhumé à même la terre, ce qui est interdit en France. Mais chez les musulmans comme pour les juifs, le rite funéraire se trouve au cœur de la famille, il n’y a pas de passage du défunt ni à la synagogue ni à la mosquée. Dans le rite orthodoxe, l’art est plus présent, plus ostensible… »

Eric Séveyrat



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