Fermer la publicité

Souffrance au travail à Bourgoin-Jallieu

Isère le 06 janvier 2017 - Claire THOINET - article lu 129 fois

Souffrance au travail à Bourgoin-Jallieu
Claire Thoinet - La maison des syndicats à Bourgoin-Jallieu, un lieu pour dire sa souffrance au travail

Patrick, Alexandra, Christian, Sophie (1)… Ils sont une quinzaine à avoir vécu la souffrance au travail. Ces ex-salariés poursuivent le Leclerc Drive de Bourgoin-Jallieu pour des faits de harcèlement et des heures non payées.

Le Drive emploi entre 30 et 35 salariés et connaîtrait « un très grand turn-over ». Pour preuves : sur un mois, la médecine du travail a déclaré six inaptitudes pour risques psycho-pathogènes, au total, 14 ex-salariés ont saisi les prud'hommes et des ruptures conventionnelles ont également eu lieu.
 

Patrick a craqué quand il s'est cassé deux orteils au travail. Revenu le lendemain sur son poste de travail, il est houspillé. Sophie ne sera pas embauchée « Au vu de son physique et on agitera la culpabilisation après son arrêt de travail pour un accident de la route ». Le harcèlement serait quotidien de la part du responsable du Drive : brimades incessantes, jets d'articles au visage, propos sexistes ou déplacés sur le physique des salariés, surveillance constante jusqu'aux toilettes, semaines de 60 heures en moyenne pour les agents de maîtrise, sans rémunération des heures supplémentaires. Ils écrivent à la direction. Une enquête du CHSCT2 est menée. Finalement, on reproche à Alexandra la mauvaise ambiance…


« On est dans un système où une seule personne peut en détruire plusieurs, seule responsable de deux sites (également celui de l'Isle-d'Abeau), sans regard de la hiérarchie, souligne Bachir Saci, conseiller à la CGT. La médecine du travail a été sensible à la détresse, à la souffrance. Les plus jeunes, inexpérimentés, sont cassés : à quel moment vont-ils reprendre leur vie ? »

« On s'est unis pour réagir », explique Alexandra, mobilisée malgré les intimidations (changements d'horaires, de sites…). À la maison des syndicats, ils trouvent aide et écoute, identifient le non respect de la personne et du code du travail, les coups bas (des éléments issus de pages Facebook des salariés feraient partie du dossier de la partie adverse). L'homme semble s'être arrogé un droit sur les personnes, sur leur vie privée.

Se reconstruire est difficile. Patrick ne s'en est toujours pas remis : burn-out, dépression, hantise de croiser certaines personnes. Quant à Alexandra, elle est arrêtée et suivie psychologiquement avec un traitement médicamenteux.

Malgré tout, il tiennent à aller jusqu'au au bout de la procédure pour faire reconnaître leurs souffrances et pour que cela cesse enfin. « Nous sommes restés trop longtemps dans le silence », estime Patrick. « Que la vérité éclate !, lance Christian. On apprend beaucoup sur soi-même quand on se fait marcher dessus ! », ironise-t-il.

Contactée, l'entreprise n'a pas souhaité communiquer, une procédure prud'homale étant en cours.

Claire Thoinet

1 Les prénoms sont fictifs.

2 Comité hygiène, sécurité et conditions de travail.



À lire également


Réagir à cet article

Message déjà envoyé Adresse e-mail non valide