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Saint-Cyprien : de l'effet PCB sur l'Homme

Loire le 19 mai 2014 - Xavier Alix - Sciences, Santé, Environnement - article lu 2177 fois

Saint-Cyprien : de l'effet PCB sur l'Homme
42 communes de la Loire ont été exposées aux fumées d'août à octobre 2008 (© Daniel Brignon)

La plus grande pollution terrestre au PCB en France.

« Voire en Europe », estime Alain Chabrolle, vice-président Europe Ecologie Les Verts à la Région délégué à la santé et à l’environnement. L’élu dit suivre les dangers des PCB depuis 10 ans. Et n’aurait pas attendu les sollicitations d’associations - l'« Association cypriennoise pour la santé et la sauvegarde de l'environnement » par exemple - pour s’inquiéter des répercussions du cas Saint-Cyprien sur la population et ainsi lancer une recherche. « Ses résultats tombent à pic avec l’adoption fin avril du projet de stratégie national sur les perturbateurs endocriniens », souligne-t-il.
Des élus EELV très impliquées dans le dossier : Michèle Rivasi, député européenne du parti dans la circonscription sud-est, dit avoir financé un relevé de PCB en 2009 sur le lait maternel d’une habitante ayant révélé la présence de 0,27 picogramme de PCB/g alors « que la moyenne européenne est de 0,11 », nous assurait en octobre 2010 Y. Perraud, président de la même association saint-cypriennoise. Pour le reste, aucune étude d’impact sur les humains n’avait été jusque là entreprise.
Le 21 août 2008, à Saint-Cyprien, un incendie se déclare sur un stock de bois dans un ancien site industriel au sol très fortement pollué aux PCB. Compte tenu des dangers sur l’eau potable, il ne peut pas être éteint rapidement. Il persistera plus de deux mois diffusant un nuage identifié, en forme d’ovale nord-sud, sur 42 communes. Si Saint-Cyprien et ses environs sont évidemment les plus touchés (60 exploitations concernées par l’abatage de milliers de bovins, 20 ha autour du foyer devenus no man’s land aujourd’hui occupés par une centrale photovoltaïque), des dizaines de milliers de Ligériens ont donc été exposés aux fumées. Sans oublier les retombées de molécules sur les élevages et cultures.
Les PCB sont des dérivés chimiques chlorés utilisés comme isolants par exemple sur les transformateurs électriques jusqu’à leur interdiction en Europe en 1987. Ils se concentrent dans les graisses animales. Il est déjà avéré que leur consommation régulière augmente considérablement les risques de cancer, voire d’effets sur le système nerveux. En 2006, l’UE a fixé différentes limites d’exposition aux dioxines de PCB : à 4,5 picog./g de viande par exemple. Comment sont-ils définis ? « Par des compromis entre experts, états et producteurs », nous indiquait en 2009 les services vétérinaires de la Loire précisant aussi « que nous absorbons chaque matin une petite quantité de PCB tant ce polluant est présent. (…) Nos sols sont fréquemment pollués avec des doses de 0,5 à 1 picog./g de sols, parfois énormément plus : il suffit d’un transformateur abandonné dans un jardin. On ignore encore beaucoup sur leurs effets exacts (…).»

« Les seuils fixés ne sont donc pas fiables »

C’est justement pour en savoir plus à partir du cas Saint-Cyprien que la Région a commandé une étude à l’Institut biologie de l’université de Caen dirigée de 2011 à 2013 par le Pr Gilles-Eric Séralini, célèbre pour sa recherche sur l’effet de maïs OGM sur des rats en 2012 contestée par une partie du milieu scientifique. « Nous avons coupé et recoupé cette étude qui s’affine encore alors que les premiers résultats sont tombées il y a plus d’un an », précise A. Chabrolle. Le financement - 12 000 €, cofinancés par l’université et le Criigen - n’est pas assez conséquent pour des biopsies sur des habitants. Ce sont donc des cellules  de culture de foie, de rein et reproductives qui ont été exposées dans leur milieu aux trois formes de PCB les plus abondantes à Saint-Cyprien (118, 126 et 153) à des doses similaires mais aussi inférieures, et sur des durées de temps variable.
Conclusion, invariable celle-ci, « leur développement, voire leur viabilité, est toujours altéré. Ces molécules à caractères perturbateurs endocriniens augmentent les risques de cancer, de maladies nerveuses, de diabète, d’obésité, d’infertilité. Même en très petite quantité, assure A. Chabrolle. Enfin, nous avons combiné cette exposition à une autre : celle au Roundup. Les effets nocifs de ce dernier ne sont pas additifs mais multiplicateurs ! Les seuils fixés ne sont donc pas fiables et l’approche produit par produit infondé. L’UE doit revoir ça et créer une politique de prévention et non curative.» Quid enfin d’une étude prélevant des échantillons sur la population forézienne ? Il y en aurait pour plusieurs centaines de milliers d’euros, estime l’élu écologiste qui espère un financement pour un suivi médical adapté dans le cadre du 3e plan régional de santé, déclinaison du plan national, devant être adopté d’ici la fin 2014.

Xavier Alix



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