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Sandrine Bonnaire : « Au théâtre on ne peut rien camoufler, c'est la différence avec le cinéma »

Loire le 09 mai 2015 - Florence Barnola - Spectacle, Théâtre - article lu 256 fois

Sandrine Bonnaire : « Au théâtre on ne peut rien camoufler, c'est la différence avec le cinéma »
JL Fernandez

Actrice, réalisatrice, Sandrine Bonnaire interprète son premier monologue au théâtre, L'Odeur des planches. Cette création du centre dramatique de Valence mis en scène par son directeur, Richard Brunel, se joue mi-mai à la Comédie de Saint-Étienne. Rencontre avec une artiste qui ne mâche pas ses mots.

Avez-vous eu un coup de cœur pour ce roman ?

Ah oui ! Je l’ai reçu en plein cœur. J’ai été bouleversée, vraiment. Avec des échos sur ma petite enfance, sur la vie en communauté dans les HLM, avec des parents, des mères aux balcons…

En quoi ce texte résonne-t-il en vous ?

Pour moi ce livre raconte le regard que l’on porte sur les gens. Tout est une question de regard… Que l’on passe de la lumière à l’ombre, en ayant une fonction comme celle-ci (femme de ménage, Ndlr), tout d’un coup on devient soi-même une merde mais à travers le regard des autres. Les parents qui quittent le pays, c’est pareil, il y a plus ou moins de considération… Pour moi le sujet principal de la pièce est la considération qu’on met ou que l’on ne met pas sur les gens quand la vie bascule. C’est au-delà de juste une comédienne qui ne joue plus, c’est valable pour des tas de choses, pour des tas de gens.

Que ce soit une histoire vraie, vécue, change-t-il votre rapport à la pièce ?

Cela est arrivé à Samira mais elle se définit là comme auteur. Elle ne s’apitoie pas  sur elle-même. C’est un constat des choses. Quand je suis avec elle, je vois l’auteur, je ne vois pas une comédienne qui ne joue plus. Curieusement, quand sa mère est venue voir la pièce ça m’a troublée. Il en est question beaucoup dans le texte, ce sont deux vies en écho, parallèles. Quand sa mère est venue, elle ne sait pas lire, elle a découvert le texte à travers moi. Pour moi, c’était vraiment bouleversant de jouer devant cette femme qui découvrait les mots de sa fille.

Pour la première fois vous êtes seule en scène, comment le vivez-vous ?

Avant la première, je me suis dit : « Oh là là, dans quel merdier tu t’es foutue ! » Bien-sûr que cela fait peur parce que je suis seule en scène, je donne le rythme. C’est un vrai défi, je ne le cache pas, mais j’aime bien. J’ai toujours aimé les défis.

Et le rapport au public ?

Formidable. Ce texte impose le silence dès les premiers mots parce qu’elle retrouve sa mère dans la salle de bains en train de pisser. Les gens sont dedans tout de suite. C’est tellement percutant que les gens se taisent.

Cette expérience vous donne-t-elle envie de faire de la mise en scène ?

Cela me titille un petit peu. Pour l’instant je n’ai pas encore franchi l’audace. Je ne pense pas que ce soit pour tout de suite, je pense que c’est plus compliqué de mettre en scène au théâtre qu’au cinéma. Quand il y a une économie de décor, de lumière etc., il faut être très inventif. Au cinéma vous pouvez rythmer une scène avec le montage, en changeant de décor, en mettant une musique… La difficulté est qu’au théâtre on ne peut rien camoufler, c’est la différence avec le cinéma.

Quelle odeur a pour vous la scène ?

Il y a aussi l’odeur des loges. Pour moi c’est presque plus l’odeur de la loge à la scène, ce trajet-là, qui est inscrit en moi. C’est ce moment qui m’est le plus fort, une fois que l’on est sur le plateau on n’est plus dans la pensée, on se jette à l’eau.

 

Propos recueillis par Florence Barnola

Théâtre Jean-Dasté de la Comédie de Saint-Étienne, du lundi 11 au mercredi 13 mai à 20 h.

Le roman d'une ancienne de la Comédie

L’odeur des planches est à l’origine un roman de Samira Sedira (ancienne élève de l’école de la Comédie de Saint-Étienne). Dans ce livre, la comédienne raconte comment du jour au lendemain, elle se retrouve au chômage alors qu’elle n’a jamais cessé de jouer durant 18 ans. Le directeur de la Comédie de Valence, Richard Brunel, a voulu adapter le texte au théâtre : « Samira a une manière d’écrire où il n’y a pas de description mais de l’action. Elle raconte quelques chose en passant par les sens. » L’adaptation a été faite par l’auteure et le metteur en scène  « Il fallait qu’elle soit un peu ramassée et qu’elle rende compte de trois grands fils du texte : l’histoire de ses parents, du théâtre et sa situation sociale qui se dégrade. » 



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