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Saint-Etienne : Quand les éboueurs offrent leur tournée

Loire le 28 mars 2015 - Mathieu Ozanam - Société - article lu 1429 fois

Saint-Etienne : Quand les éboueurs offrent leur tournée
Mathieu Ozanam - A la fin de la tournée, 1 200 bacs auront été vidés

Quand le camion benne vient saisir au petit matin les poubelles en bas de son immeuble, les dormeurs pestent de voir leur sommeil perturbé. Quand les bacs n'ont pas encore été vidés en fin de matinée les concierges grognent. Pour mieux se rendre compte de la réalité du travail des éboueurs, nous les avons suivis au cours d'une tournée.

« On s’y fait. De toutes façons je n’ai pas besoin de beaucoup de sommeil, 3-4 heures ça me suffit », assure Jérôme, le conducteur. « Moi je fais une petite sieste après le travail », concède Greg. « Au début moi aussi, mais plus maintenant », affirme Stéphane. Avec une prise de poste à 5 h 30, la première dure réalité du métier d’éboueur qui s’impose c’est celle des horaires décalés. Certes la pratique du « fini-parti » qui permet de terminer sa journée de travail une fois la tournée de collecte bouclée présente des avantages, mais la contrepartie c’est celle de se lever (très) tôt le matin. Dans notre cas le rendez-vous a été fixé à 6 h au centre technique Coubertin à Saint-Etienne avec les responsables du service Gestion des déchets. Les équipages, constitués de deux ripeurs et d’un conducteur, sont partis depuis 5 h 30. Nous les rattrapons plus loin pour les rejoindre et monter à bord dans la cabine.

Direction La Talaudière dans une zone pavillonnaire pour débuter la tournée. Là, pas de bacs mais des sacs à jeter un à un dans la benne du camion d’enlèvement des ordures ménagères. Un bon échauffement. A condition de ne pas s’attraper un tour de rein comme ça, à froid. Il vaut mieux de toutes façons être en bonne forme pour tenir le rythme imposé.
Retour sur Saint-Etienne encore endormie à l’heure bleue du matin. Les rues sont désertes ou quasi. C’est tant mieux car il y a du boulot. La tournée s’étend sur une cinquantaine de kilomètres, parsemée d’environ 1 200 bacs. La tournée n° 7 quadrille tout le nord-est de la ville et passe par les rues Bergson, Claude-Odde, Albert-Poylo, etc. Le tout entrecoupé de trois passages au centre de transfert des Brunandières, rue Emile-Deschanel, derrière les crassiers jumeaux de Michon. Histoire de vider les 6,4 tonnes d’ordures diverses entassées à l’arrière dans la benne. Le camion passe à la pesée. Au passage des capteurs sont là pour détecter la présence d’éventuels déchets radioactifs. Des radiographies jetées négligemment par leur propriétaire dans le bac aux ordures peuvent faire sonner l’engin. Le camion doit alors décharger tout son contenu pour identifier au milieu du fatras la source de radioactivité. C’est heureusement plutôt rare. Les camions se succèdent près des containers dans lesquels se déversent les ordures qui seront ensuite amenées au centre d’enfouissement. En 10-15 minutes la manœuvre est faite et il faut déjà repartir sillonner les rues. Entre temps les voitures ont fait leur apparition et la circulation est plus dense.

Le camion est muni de deux bras de levage, mais enfin il faut faire descendre les bacs des trottoirs et les amener près du camion. « Tout à l’heure on a été obligé de laisser une poubelle : impossible de la lever, elle était trop lourde. Il y avait peut-être du sel au fond. » Les consignes de tri et de recyclage ne sont pas toujours bien comprises ou en tous les cas pas toujours appliqués. Un jour c’est un moteur de voiture caché dans un bac de 380 litres qui a cassé le système de compactage du camion-benne. Une autre fois ce sont des extincteurs qui, sous la pression, ont jailli comme des missiles. « Des collègues ont même trouvé un caniche dans une poubelle ! Mais vivant le chien. »
Au volant Jérôme contrôle dans les rétroviseurs et dans un écran vidéo à côté de son volant le bon déroulement des opérations. De temps à autre les trois hommes communiquent à travers un système d’interphone qui crachote des échanges inaudibles pour celui qui n’y est pas habitué. Le portable de Jérôme sonne aussi. Où en sont-ils dans leur tournée ? demandent les responsables du service. Des habitants s’inquiètent de ne pas voir leur poubelle vidée et s’impatient, n’hésitant pas à appeler pour s’en plaindre. A vrai dire notre présence à bord n’a pas contribué à tenir le rythme de la tournée.
Dans un ballet bien réglé Greg et Stéphane s’activent. L’un amène les bacs au plus près de l’arrière du camion pendant que l’autre les positionne sur les bras de levage. La poubelle redescend et il faut la mettre de côté pour amener la suivante. Pendant ce temps il faut remettre la poubelle vide à sa place sur le trottoir et répéter la manœuvre sans souffler. Les deux co-équipiers se relaient auprès de la benne dans une coordination parfaite. Rue Albert-Poylo où il y a des grands ensembles, ce sont 14 bacs qui ont été vidés en l’espace d’une minute trente. Calculez : ça fait une poubelle toutes les 6 secondes. « La première qualité pour être éboueur, c’est l’esprit d’équipe, estime Bernard Forget-Dugaret. Sans cet esprit d’entraide, le travail s’en ressent tout de suite. »
En cette fin de matinée de presque printemps, il fait 10 °C, sans doute le temps idéal car qu’il pleuve ou qu’il neige il faut ramasse les poubelles. Et l’été il faut compter avec les odeurs et les asticots. « C’est une vraie invasion l’été, déclare l’un des deux ripeurs. Quand ce ne sont pas les rats qui sortent en courant ! »

Mathieu Ozanam

 



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