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Saint-Etienne : Le conseil municipal suspendu à l’opéra

Loire le 15 mai 2014 - Xavier Alix - Agglomération stéphanoise - article lu 1420 fois

Saint-Etienne : Le conseil municipal suspendu à l’opéra
Florent Pigeon et son groupe d'opposition quittant la salle du conseil en compagnie (D.R.)

Le débat semblait composé d’avance.

La partie de la salle réservée au public était remplie au point où l’on attendait debout le spectacle. Quatre notes à l’ordre du jour portaient sur des coproductions et une convention de mécénat de l’Opéra-Théâtre. Prétexte à une représentation verbale annoncée entre ex et nouvelle majorité autour du premier gros dossier de l’ère Perdriau.
Fin avril, on apprenait la suspension à titre conservatoire de 9 membres de la direction de l’Opéra-Théâtre et des affaires culturelles de la mairie. En raison de dysfonctionnements techniques dans la grande salle mettant en péril public et personnel. Mais aussi d’une gestion du personnel faisant preuve de « mépris permanent » donnant lieu à un « climat de tension extrême », « dépressions et tentatives de suicide ». Enfin, il manquerait 1 M€ au budget de fonctionnement. Françoise Gourbeyre, ex-adjointe à la culture, conteste et parle de 600 000 € rappelant que le Département (à majorité de droite) a ramené sa participation de 500 000 € à 300 000 €.
Pour le reste, « oui, il y a eu de dépassements d’objectif, reconnaît Florent Pigeon, président du groupe d’opposition PS-PC-Radicaux, c’est fréquent dans le secteur culturel. S’ils avaient été élus au moment de la Biennale, là aussi ils auraient noté un dépassement. On pourrait débattre de la gestion, des travaux à faire dont nous avons été informés après avoir bouclé le budget 2013 : 400 000 € qui peuvent être épongés par les économies de déneigement en raison de l’hiver clément. Si cela était si grave, l’Etat qui a ici la responsabilité de la commission sécurité n’aurait pas donné son aval. Mais tout ça n’est qu’un prétexte : la nouvelle équipe règle des comptes avec trois personnes en ligne de mire, quitte à en sacrifier 9. Ces suspensions à la va vite sont inacceptables : vous marquez au fer rouge les CV. »

« Dignes de Toulon en 1995 »

Lundi, avant même que l’ordre du jour ne débute, l’ex adjoint à l’urbanisme a immédiatement rappelé cette position : « jamais dans l’histoire de notre commune, une alternance politique n’aura été accompagnée par une telle violence du maire envers des employés municipaux ! (…) Vous avez suspendu tout ce qui porte le titre de direction. » Y compris Le chef d’orchestre Laurent Campellone « qui jouit pourtant (…) d'un prestige national et international. Quel scandale ! » Avant de conclure au milieu d’une cacophonie montante sur : « (des décisions, Ndlr) dignes de la sinistre épopée culturelle toulonnaise de l’année 1995 ! » en référence à la gestion de la ville par le FN. Son groupe « Saint-Etienne, l’avenir ensemble » quitte alors la salle dans la foulée, accompagné des écologistes de « Saint-Étienne en Mieux » évoquant, eux, une décision trop « incisive » et des « sanctions disproportionnées ».
Le FN se retrouvait seul pour quelques brefs échanges avec le maire. Serge Horvath, justement ancien membre de la direction de l’établissement sous Michel Thiollière, qualifiant l’attitude de la gauche de « posture. Cette institution, Maurice Vincent l’a démantelée à son arrivée et évincé la direction en place » citant les noms de « Pichon », « Rouvier », « Barbé » ou encore lui-même. « Maurice Vincent parle de “chasse aux sorcières“ ? Il sait de quoi il parle ! »  
La suite ? Marc Chassaubéné, adjoint aux affaires culturelles se veut rassurant sur 2013/14 : la saison se terminera comme prévu et « la suivante n’est amputée que d’un seul spectacle avec l’ensemble orchestral contemporain. Nous travaillons sur des saisons à venir de qualité avec un budget restreint ». 2014/15 devrait bien s’ouvrir dès le 1er trimestre. Sous Vincent, il était en effet envisagé d’effectuer des travaux fermant la salle Massenet l’automne prochain pour selon la majorité « un catalogue d’1,5 M€ dont les travaux de sécurité. Mais l’ampleur a été gonflée. Un audit technique a été lancé et les travaux devraient avoir lieu et s’achever dès cet été ». Selon la majorité toujours, la municipalité Vincent avait - par idéologie - lancé une entreprise de démolition : d’où la valse des directeurs, les brouilles avec la Drac, la Région, le Département... « Ces partenaires vont désormais revenir discuter », annonce le maire. L’ex-majorité, elle, contredit l’accusation par la fréquentation passée de 59 955 spectateurs en 2007-2008 à 68 070 en 2011-2012. Dopée « par les invitations, les offres à bas prix etc. », balaie la nouvelle majorité qui assure que les charges de fonctionnement ont explosé, les marges diminué.
Les neufs suspendus, eux, ont été reçus un à un. Ceux « ayant fourni des explications satisfaisantes » ont été réintégrés : quatre dont le directeur technique. Pour les autres - dont Laurent Campellone -, une enquête administrative a été lancée devant aboutir le 29 août. Les sanctions éventuelles peuvent aller jusqu’au licenciement pour faute grave.

Xavier Alix

Et pourquoi pas en EPCC ?

Les écologistes ont rappelé l’idée dans un communiqué : pourquoi ne pas faire passer l’Opéra-Théâtre en Etablissement public de coopération culturelle (EPCC) comme l'est déjà la Cité du Design ? Un EPCC associe plusieurs collectivités et souvent même l’Etat dans une gouvernance collégiale. De quoi lever plus facilement des financements ? Oui estime le conseiller d’opposition écologiste Olivier Longeon : « avec un droit de regard plus poussé, les partenaires s’impliqueraient plus. Mais cela améliorait aussi la transparence en réduisant le risque de “règlements de compte“. L’agglomération serait le bon représentant local dans cette EPCC.» « Nous envisageons cette solution qui ne date d’ailleurs pas d’hier, assure Marc Chassaubené, adjoint aux affaires culturelles. Seulement, avec le déficit actuel, impossible de le négocier : on donnerait l’impression de se débarrasser. Il faudra avant cela assainir les comptes. » Pour l’élu d’opposition PS, F. Pigeon, « si cela pouvait amener plus de moyens, pourquoi pas ? Mais je ne pense pas que le problème de fond soit là. La gouvernance de l’Opéra est déjà transparente, je ne vois pas ce qu’un EPPC peut amener de plus là-dessus. L’argent ? Vu le contexte avec l’Etat et plus localement le Département, je ne suis pas sûr que ce soit une solution. La vérité est que Saint-Etienne est sous dotée, l’existence même d’un Opéra-Théâtre y est une décision politique ».



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