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Roman sans titre, de Duong Thu Huong

le 16 mars 2014 - Mathieu Ozanam - Livres - article lu 753 fois

Roman sans titre, de Duong Thu Huong

C'est avec Terre des oublis que la reconnaissance de son œuvre littéraire est venue à Duong Thu Huong.

C’est avec Terre des oublis que la reconnaissance de son œuvre littéraire est venue à Duong Thu Huong. Ecrivaine interdite de publication au Vietnam, le régime communiste l’emprisonne en 1991 et la met en résidence surveillée. Elle vit depuis 2006 en France. Roman sans titres est son premier roman et également le premier à avoir été interdit au Vietnam.

Trois amis d’enfance, qui se sont connus à « du temps où l’on se baigne nus », se sont enrôlés le même jour pour combattre contre les Américains. Mais « le temps avait passé. Nous n’étions plus des gamins nus et égaux ». Luong est devenu officier de division, trois grades au-dessus de Quân, le conteur de cette histoire. Il est envoyé dans la zone K pour chercher leur ami Biên qui a sombré dans la folie. Le long et périlleux chemin conduit Quân à travers un pays désolé, soumis à la famine, dont les fils se sacrifient pour défendre le pays. Aucun discours vengeur contre l’envahisseur, mais plutôt une immense lassitude teintée d’amertume. Après 10 ans de guerre, les mères pleurent leurs fils, les soldats patriotes sont livrés à leur sort et les commissaires politiques veillent.

La scène du train bondé dans lequel montent deux membres du Parti communiste résument le mensonge que vivent les Vietnamiens. Avec cynisme et morgue, à portée d’oreille des autres voyageurs, le « petit gros » et le « grand myope » conversent. C’est tout le mépris pour « un peuple aussi primaire que le nôtre » qui s’exprime. Le dogme marxiste est utilisé pour donner une nouvelle religion au peuple : « quand nous démolissions les temples et vidons les pagodes, c’est pour installer la photo de Marx, pour donner au peuple une nouvelle divinité ».

Les soldats et la population engagés dans cette guerre de libération nationale se retrouvent pris par une idéologie qui nie l’individu. Biên s’avère être parfaitement sain d’esprit, une fois en présence de Quân, car il ne faisait que simuler la folie pour échapper aux combats. Mais il refuse la démobilisation par peur de faire perdre la face à sa famille. Quân, qui se doit de revenir dans sa division sa mission étant accomplie, passe par son village. Il revoit Hoa, son amour de jeunesse. La jeune femme a été mise au ban de la communauté car elle a eu un enfant non reconnu par le père. Et même pour lui, « je le savais, ce ventre encombrant me rappellerait un autre homme. Le beau rêve qui nous liait était mort. »

Mathieu Ozanam

 

Roman sans titre, Duong Thu Huong, Livre de poche, 6,60 €.



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