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Rhône-Alpes se mobilise contre la réforme Macron

Rhône le 11 décembre 2014 - Florence Barnola - Vie juridique - article lu 777 fois

Mercredi 10 juin, Rhône-Alpes.

Les TGV de ce matin connaissent une affluence plus importante que d’habitude. Aux hommes d’affaires se mêlent de nombreux représentants de professions juridiques réglementées et ce dès l’aube, en attestent les greffiers du tribunal de commerce de Saint-Etienne partis très tôt pour aller manifester contre le projet de loi de « déréglementation des professions réglementées »

9h 45, Saint-Etienne gare de Châteaucreux. Des écharpes rouges enroulées autour du cou, des employés d’études, des clercs et des notaires ligériens se donnent rendez-vous devant l’étale d’une célèbre chaîne de boulangerie. Devant la librairie, les rangs du barreau stéphanois grossissent à vue d’œil, un avocat sur six fait le déplacement pour manifester à la capitale. « Les avocats du barreau de Roanne seront nombreux aussi, une quarantaine. Le bâtonnier de Lyon Pierre Yves Joly sera aussi là avec sa délégation, mais  nous allons avoir du mal à retrouver sur place les autres barreaux de la région, la Cobra (Conférence des barreaux Rhône-Alpes, Ndlr), car nous n’avons pas tous pris le même train et il va y avoir beaucoup de monde à Paris », confie le bâtonnier stéphanois Robert Galletti. Dans ses troupes l’humeur est joviale, quelques-uns déjà animent le groupe. « Cette réforme est faite sans aucune étude d’impact, si elle passe il y aura des conséquences économiques. Pour l’instant il n’y a eu aucune concertation, la profession est en train de mettre en place une étude d’impact. Ce que nous reprochons à ce projet Macron ? Il est uniquement orienté vers l’économie,  nous estimons que nous ne sommes pas uniquement des acteurs économiques. Les trois mesures ne sont pas neutres : la première l’avocat en entreprise, à laquelle le barreau de Paris est assez favorable, nous gêne énormément du fait de l’absence d’indépendance de cet avocat qui échappera à tout contrôle ordinal. La deuxième est l’entrée de capitaux extérieurs dans les sociétés d’avocats. Le 3e point est l’abandon de la territorialité de la postulation, un avocat qui plaide en dehors de son barreau doit jusqu’à aujourd’hui prendre un correspondant, si cela disparait tous les contentieux vont être aspirés par les grandes métropoles. »

En rouge et noir

Alors que Manuel Valls et Emmanuel Macron présentent en fin de matinée leur projet de loi « pour la croissance et l’activité », dans le train des voitures entières sont occupées par les professions réglementées. Au détour d’un couloir on croise le président régional des huissiers de justice Me Alain Grimand ou encore la vice-présidente de la chambre des notaires de la Loire, Me Marguerite Pellegrin, qui conduit la délégation du département ligérien. « Dans la Loire nous sommes beaucoup de petites études. On essaie de protéger nos clients, ils n’auront plus accès aux droits, c’est cela le gros problème, à cause du couloir du  tarif qu’ils veulent revoir, cela va favoriser les classes privilégiées plutôt que les classes moyennes et les petits “porte-monnaies“. Les études rurales à long terme vont être amenées à disparaître, nous voulons protéger notre maillage territorial. Si la loi passe, nous ne pourrons pas survivre nous serons obligés de licencier le personnel... Nous ne sommes pas tous des nantis comme on nous fait dire. Nous sommes mal jugés vis-à-vis du public. » Pour délivrer le message le notariat rhônalpin est venu en force. «  Je ne sais pas exactement combien on est, mais dans certaines études pratiquement tout le personnel est monté à Paris. »  A Lyon le quai est rouge de monde, la couleur que chacun a mis à sa robe, en écharpe ou sur son chapeau. Le train ne désemplit pas, au contraire bon nombre de juristes y grimpent.

Paris 13 h 07 : Le notariat rejoint le cortège de la place de la République à pied, les avocats prennent le métro avec banderoles, cornes de brume, prêts à enfiler leur robe.

La province porte haut la voix des juristes

Place de la République, 13 h 30 : la sortie de la bouche de métro ouvre sur une vision en rouge et noir, cravates sur robe noir, liserais de chapeau, écharpes ou foulards… La couleur rouge est commune à toutes ces professions juridiques venues des quatre coins de l’Hexagone. Le rouge qui symbolise la colère, le danger, rouge aussi pour l’ardeur que tous ces représentants mettent pour défendre leur profession et leurs clients. Pour autant l’ambiance n’est ni vindicative, ni violente. Au contraire, on se croirait presque dans les gradins d’un match de foot, des slogans sont scandés, les coups de sifflets fusent. Et le monument des frères Morice se voit revêtir d’ouvrages rouges et bleus, aux pieds de Marianne des centaines de codes s’amoncellent, chacun y va de son essai. La pluie s’invite mais ne dure pas.

Puis le long cortège se met en marche et prend la direction de la place de l’Opéra. Tout se passe dans le calme, le sourire, les professions se mélangent puis se retrouvent entre corporations. Près de 30 000 manifestants marchent sur les boulevards Poissonnière et des Italiens selon la préfecture. Arrivés à l’Opéra, la place est bondée, il est presque 16 h juste le temps pour de nombreuses délégations de prendre le métro pour aller gare de Lyon reprendre le train.

Florence Barnola



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