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La Grande boucle : vision d'une France affamée

Loire le 24 juillet 2014 - Florence Barnola - Société - article lu 960 fois

La Grande boucle : vision d'une France affamée
Haribo distribue 2,5 t (!) de bonbons par jour (© FB)

Le Tour de France a fait halte à Saint-Etienne le 17 juillet dernier. Voilà six ans que cela n'était pas arrivé. Chaque jour, précédant la course cycliste, la caravane publicitaire et sa horde de véhicules promotionnels sillonnent l'itinéraire distribuant des cadeaux aux spectateurs. Nous sommes montés à bord d'une voiture Haribo…

Vendredi 18 juillet, 9 h 20. Le parking 3 du stade Geoffroy-Guichard ressemble à la Foire du Trône. Six 4x4 Haribo sont stationnés en file indienne. L’équipe, à peine âgée de 20 ans, en short et t-shirt à l’effigie de la marque de friandises se réunit autour de Stéphane. La quarantaine, le chef « briefe » ses ouailles avant le départ. Il montera dans la voiture de tête, celle du petit garçon aux cheveux noirs, bras dessus, bras dessous avec son ours jaune.

« Chamallow », « Tagada », « Dragibus » 1 et 2, « Croco »

Tandis que les chauffeurs s’installent dans les cabines « Chamallow », « Tagada », « Dragibus » 1 et 2, « Croco », les hôtesses montent dans les bennes de 1m2. Harnachées elles sèmeront à foison des kilos de bonbons durant plus de six heures, sans arrêt ou alors extrêmement bref. La caravane répond à un timing précis. Les 180 véhicules s’inscrivent dans un plan de circulation. Notre délégation est la 7e du défilé, devant nous Krys, derrière nous Courte paille et ses huttes gauloises roulantes. On se croirait dans La Grande Course autour du monde de Blake Edwards ou dans Les Fous du volant.

La voiture « Croco » conduite par Pierre et dans laquelle nous avons pris place est quatrième de ce cortège bonbonesque. Nous desservirons le côté gauche de la chaussée. Le placement utilisé pour rouler sur les routes du Tour est en quinconce pour arroser le plus possible de public.

9 h 38 : le moteur allumé, Pierre, le pied sur l’embrayage, se concentre portant loin devant son regard. La radio interne crachote (et crachotera toute la journée). Stéphane donne le top départ.

Nous voilà entrant dans l’arène longue de 197,5 km, de Saint-Etienne à Chamrousse.

Les badauds se pressent dès le Zénith, déjà ils lèvent la main pour se manifester auprès des jeunes lanceuses : « Haribo ! Haribo ! ». Voyant notre surprise, notre hôte sourit et lance : « vous allez entendre des noms d’oiseaux… Certains ne sont pas contents quand les hôtesses ne donnent pas. » Toutes les 30 sec, des sachets fusent. Les hôtesses souffriraient-elles de tendinite à la fin du Tour ? «  Elles ont mal les premiers soirs, après elles s’habituent. Chaque jour elles changent de côté de route.  »

Pierre est étudiant en commerce, à la rentrée il partira un an au Canada terminer des études en communication. Depuis 4 ans, il travaille tous les étés sur le Tour pour la célèbre marque allemande. Chaque année, il retrouve ses compagnons étudiants en langues, Sciences Po et autres. « Nous sommes vraiment une petite famille pendant trois semaines, lance-t-il C’est primordial que ça se passe bien. S’il n’y a pas ça... » Coup de klaxon. « Vous vous rendez compte de l’imprudence des gens », s’indigne t-il, prêt à klaxonner à nouveau. On se fait des frayeurs quasiment tous les jours.» En effet, enfants ou adultes descendent des trottoirs pour ramasser un paquet, ou étendent la jambe pour le tirer à soi.

Les foules s’amassent, réclament, hèlent. Très peu de mercis sont entendus. Mais il y a des sourires. Pour se faire remarquer ici on vante une marque partenaire du Tour via une pancarte, là on danse, se tortillant comme le chien remue la queue devant la chaise de son maître attablé. Quand on ne se chamaille pas pour un sachet… Vision apocalyptique d’une France affamée aux routes bordées de mendiants. Durant les six heures de trajet non-stop, les paysages de la Loire, puis de l’Isère défilent à 40 km/h. La chorégraphie des véhicules montant et descendant le peloton durera tout l’itinéraire.

15 h 20 : voici le col menant à l’arrivée. 18 km de grimpette. Plus on monte, plus les spectateurs se pressent, s’agitent, festoient déguisés parfois en Batman, Robin et consorts… On fait des grillades, on agite des drapeaux australien, allemand, norvégien, français, américain, breton, des bières… La station de Chamrousse se dessine. La caravane doit cependant rouler cinq kilomètres après la ligne d’arrivée, alors à 30 m  il faut presque sauter de la voiture pour en descendre.

17 h 25 : Le gagnant de l’étape 13 arrive.

Florence Barnola

La caravane en chiffres

- Le défilé s’étend sur 12 km
- 40 min séparent le premier véhicule du dernier
- 37 marques constituent les 180 véhicules promotionnels du Tour.
- 600 personnes travaillent pendant 3 semaines
- 120 personnes d’ASO sont attribuées à la sécurité de ce convoi publicitaire
- 2,5 t (!) de bonbons Haribo sont distribués par jour



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