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Reportage - Feurs Métal : « Ne plus perdre la vie en la gagnant »

Loire le 03 juillet 2014 - Louis Thubert - Forez - article lu 1139 fois

Reportage - Feurs Métal : « Ne plus perdre la vie en la gagnant »
Pas de chants, de cris pour cette manifestation, pas d'autres revendications que la fin du secret de l'instruction et la tenue d'un procès (D.R)

Ils étaient nombreux dans le centre-ville de Feurs, samedi 28 juin. Près de 250 parents, amis et connaissances de Jacques Tissot et Damien Jamot, à défiler silencieusement entre l'hôtel de ville de Feurs et la fonderie Feurs Métal, à 900 m de là, où ils furent rejoints par une cinquantaine de motards. Des amis de Damien Jamot.

Pas de chants, de cris pour cette manifestation, pas d'autres revendications que la fin du secret de l'instruction et la tenue d'un procès. Car il y a trois ans, quasiment jour pour jour, Jacques Tissot et Damien Jamot sont morts lors d'un accident à la fonderie. L'enquête est toujours ouverte. Regroupés peu de temps après le drame autour d'un collectif, « Vérité-justice pour Jacques et Damien », les proches des deux victimes ont organisé la marche du 28 juin, et d'autres événements pour financer les frais d'avocats des familles. « Nos buts, ce sont d'obtenir la vérité, déclare Jean-Luc Denis, beau-frère de Jacques Tissot, joint au téléphone avant la manifestation, et que la justice fasse son boulot. La malchance peut arriver partout, mais il y a déjà eu de nombreux accidents à la fonderie. »

Le 25 juin 2011, entre 4 h 30 et 5 h du matin, Jacques Tissot, 55 ans, père de deux garçons, et Damien Jamot, jeune homme de 29 ans, prennent leur service. Ils travaillent pour Feurs Métal et, dans le cadre d'une convention avec Valdi, entreprise voisine de recyclage de piles, vont se charger de l'entretien. Une fuite d'eau a lieu chez Valdi : les deux salariés vont voir de quoi il s'agit. La fuite d'eau provoque une explosion d'un des fours, soufflant 800 m² de bâtiment et tuant Jacques et Damien.
« Les conséquences auraient pu être pires, lance Jean-Luc Denis. Vous imaginez ce qui se serait passé si l'explosion avait eu lieu un jour de marché ? Si elle avait eu lieu quand un train passait à proximité ? » Pour lui, tout comme pour les responsables syndicaux, la vétusté des équipements a été à l'origine de nombreux accidents sur le site de Feurs Métal, dont certains mortels.
« En 2000, il y avait déjà eu huit brûlés. En 2002, c'est un artisan qui travaillait sur le toit qui trouve la mort. En 2004, un copain, salarié à Feurs Métal, est éventré, il passe plus de deux mois dans le coma, et gagne son procès contre la société. Le 12 juin 2008, un accident mortel tue Roland Praut, que je connaissais bien. En 2010, une explosion fait deux blessés graves... », égrène Roland Béraud, salarié de Feurs Métal et élu CGT. Il était présent, à titre personnel, à la marche du 28 juin.

« On ne veut pas la fermeture de la fonderie »

Jean-Luc Denis le martèle, ce que veut le collectif, c'est la tenue rapide d'un procès pour connaître la vérité. « On a un rôle de pression pour que la justice passe. Mais on ne veut pas la fermeture de la fonderie ! On veut de meilleures conditions de travail, et que plus personne ne perde sa vie en la gagnant. Feurs Métal apporte du travail à Feurs, mais en même temps, les gens ont la trouille d'un nouvel accident. »
Roland Béraud souligne que des améliorations en terme de sécurité ont été réalisées à Feurs Métal, mais pour lui, ce n'est pas assez. « Oui, il y a eu des changements au niveau des équipements, mais l'objectif était une meilleure productivité, pas la sécurité. Le taux de vétusté est de 83 % ! » Il pointe du doigt le fonds Euromezzanine, qui a racheté le groupe AFE, propriétaire de Feurs Métal, en 2006. Depuis, Euromezzanine pressurerait les filiales d'AFE pour rembourser son achat.

De son côté, la justice avance : Jean-Daniel Régnauld, procureur de la République, a confirmé que l'enquête progressait. « Le dossier du juge d'instruction devrait être clos dans deux ou trois mois, et un procès se tenir dans la deuxième moitié de l'année 2015 »,  confie-t-il. Avant de tempérer, rappelant qu'il n'interférait pas avec le travail du juge d'instruction, magistrat indépendant.
C'est un signe positif pour les familles, qui attendent le procès, une des étapes dans le travail de deuil. « Personne ne doit craindre un procès, qui, de toute façon (et fort heureusement) sera bien loin de la condamnation qui a frappé Jacques et Damien », était-il écrit dans le texte lu le 28 juin, face à la fonderie.

Louis Thubert



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