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Réforme : les pharmaciens portent leur croix

Loire le 01 octobre 2014 - Marine Graille - Actualités - article lu 669 fois

28 ans que les pharmaciens n’étaient pas descendus dans les rues.

Mardi dernier, environ 800 professionnels ont défilé sur Saint-Etienne pour protester contre la réforme sur la déréglementation des professionnels de santé (lire encadré). Sur les 23 000 pharmacies du département, seules 4 étaient non grévistes et 13 ont été réquisitionnées par la préfecture.

Plusieurs points de ce projet de loi concernent les officines. L’un d’entre eux ne passe vraiment pas auprès de la profession : la levée du monopole de la vente de médicaments à prescription facultative (type Nurophène, Doliprane…) qui pourraient arriver en libre service dans nos grandes surfaces, avec la présence obligatoire d’un pharmacien. « Il y a quelques années, on nous a demandé de limiter au maximum la délivrance de médicaments, ce que nous sommes efforcés de faire. Et aujourd’hui, le gouvernement souhaite que certains produits soit disponibles dans LE lieu de la surconsommation qu’est une grande surface », déplore Olivier Rozaire, vice-président de la chambre syndicale des pharmaciens de la Loire et conseiller technique du président au niveau national. En ouvrant la vente aux grandes surfaces, le ministère de l’Economie veut élargir la concurrence afin d’engendrer une baisse des prix de ces médicaments dits « conseils ».

Selon O. Rozaire l’ouverture de la vente aux supermarchés n’engendrerait qu’« une perte financière assez faible ». Pour rappel, pour ces produits ce sont les pharmacies elles-mêmes qui fixent les prix contrairement aux médicaments de prescriptions remboursables dont les tarifs sont imposés par l’Etat. « Nous ne croyons absolument pas que cette loi permettra aux Français un gain de pouvoir d’achat. Les grandes surfaces pratiqueront des tarifs très attractifs les premières années sur ces médicaments puis les augmenteront progressivement, estime O. Rozaire. Les pharmaciens ont un rôle de conseil auprès de la clientèle. » Le projet de loi, prévoit que les grandes surfaces ait l’obligation de recruter un pharmacien professionnel pour délivrer les médicaments. « Insuffisant », pour O. Rozaire. En 2011, la Suède a sauté le pas de l’ouverture de la commercialisation des médicaments. Selon les syndicats, suite à la « libéralisation » du paracétamol, une recrudescence de suicide par médicaments a été constatée.

Vers « un désert pharmaceutique » ?


Second volet du projet de réforme contesté par les pharmacies : l’ouverture de leur capital à des non professionnels. Les officines seraient alors détenues par des investisseurs qui exigeraient, selon les pharmaciens, une forte rentabilité du commerce. Cette semaine, le ministre de l’Economie, Emmanuel Macron, a assuré que « nous n’ouvrirons pas le capital des pharmacies, des notaires ou que sais-je, à des partenaires financiers extérieurs, des banquiers, cela n’est pas vrai ». Une déclaration qui n’a pas échappé à Olivier Rozaire. « Notre président national, M. Bonnefonds, a été reçu dernièrement par le ministre qui n’a jamais contredit ce point de la réforme. Néanmoins, nous sommes ravis qu’il ait eu cette déclaration devant les médias. »

Dernier grief de la profession : la liberté d’installation des officines. Une liberté qui s’applique déjà notamment pour les médecins. « Aujourd’hui une pharmacie doit être présente pour 2 500 habitants, avec cette réforme ça pourrait passer à 3 500 habitants. Après les déserts médicaux, on pourrait arriver à un désert pharmaceutique », craint O. Rozaire.

Marine Graille

ENCADRE : « Sans professionnels libéraux »

La « journée sans professionnels libéraux » du 30 septembre a été lancée à l’appel de l’UNAPL, Union nationale des professions libérales, qui fédère 62 syndicats libéraux. Elle s’élève contre le projet de loi intitulée Croissance et pouvoir d’achat. Dans la Loire, sont concernés 8 000 professionnels libéraux et entre 12 000 et 14 000 salariés, largement mobilisés : la quasi totalité des pharmacies a baissé le rideau, 80 % des chirurgiens-dentistes, et kinésithérapeutes le temps de midi et des vétérinaires, biologistes fermés à près de 100 %. L’UNAPL espère en retour infléchir le gouvernement mais prévient que sans signe positif la mobilisation pourra se renouveler et le mouvement se durcir. L’Union convient « qu’il est nécessaire de réformer, mais en réformant par la concertation et en évitant ainsi de saper les fondements de nos professions », assure Jean Zadka président de l’UNAPL Loire.


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D.B.



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