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Quel avenir pour les bars gays à Saint-Etienne?

Loire le 23 septembre 2015 - Marine Graille - Société - article lu 2471 fois

Quel avenir pour les bars gays à Saint-Etienne?
stocklib - Il ne reste plus que deux bars gays sur Saint-Etienne

Discrets dans le paysage stéphanois, le nombre d'établissements gays a diminué au fil des années sur Saint-Etienne. Aujourd'hui il ne reste plus que deux bars et deux saunas. Un fait qui s'explique notamment par une évolution de la société mais aussi par certaines difficultés spécifiques que rencontrent les gérants de ces établissements.

Comme un peu partout en France, Saint-Etienne a vu disparaître ces dernières années plusieurs de ses établissements gays. Dernière en date, le QG qui a n’a pas ouvert plus d’un mois. Aujourd’hui, on compte seulement deux bars et deux saunas gays. « Il y a 10 ans, il y avait plus d’établissements gays et ils marchaient très bien. Depuis la crise est passée par là », assure Jérôme Paturel, gérant du Zanzy bar depuis deux ans.

Selon lui, ce déclin de l’offre stéphanoise ne trouve pas sa seule explication dans la période économique difficile que connaît la France depuis 2008. Il existerait d’autres facteurs d’explications. Tout d’abord un facteur sociétal avec le développement sur smartphone d’applications de rencontres gays comme Grindr, Bender ou encore PlanetRomeo. « Avant les gens sortaient pour faire des rencontres. Les bars gays étaient des lieux discrets pour permettre aux personnes timides de se rencontrer. Aujourd’hui ces derniers n’ont plus besoin de sortir de chez eux, ces applications leur permettent de trouver des personnes à proximité. »

Selon Jérôme Paturel, l’ouverture d’esprit de la société peut aussi expliquer en partie ce phénomène. Les gays et lesbiennes n’auraient plus réellement besoin de se retrouver dans des endroits qui leur sont dédiés. « Ils n’ont plus forcément envie de rester entre eux. » Pourtant, si la société semble s’être peu à peu ouverte à la communauté gay, le chemin reste visiblement encore long pour les homosexuels de manière générale. « Il y a pas mal d’hypocrisie et de retour en arrière. Avec la loi du mariage pour tous, on a fait deux pas en avant un pas en arrière. Les projecteurs ont été mis sur notre communauté pendant plusieurs mois et de là a découlé toute une vague d’agressions homophobes, notamment à la sortie de bars gays. »  Pour Jérôme Paturel, être gay à Saint-Etienne, n’est pas évident. « Deux garçons qui se tiennent la main place Jaurès-Jaurès, c’est inimaginable alors qu’à Lyon cela ne pose aucun problème. Certains homosexuels n’osent plus sortir sur Saint-Etienne et s’afficher avec leur compagne ou leur compagnon de peur d’être agressés. » Le jeune trentenaire a interpellé à plusieurs reprises le maire stéphanois Gaël Perdriau sur la mise en place de caméras. Si le gérant du Zanzy bar reconnaît avoir eu « une oreille attentive » auprès de l’élu, aucune mesure n’a pour l’instant été appliquée.

Jérôme Paturel regrette que les établissements comme le sien n’aient pas un peu plus de soutien de la part de la police municipale qui les soumet pourtant régulièrement à des contrôles. « Pourquoi la police nous allume quand on ferme un peu tard et pourquoi ne nous demande- t-elle jamais si tout va bien ? On fait 80 heures par semaine, on paye beaucoup de charges, nous aimerions avoir une écoute et plus d’attention de la part des policiers. »

Si l’offre en termes d’établissements gays s’affaiblit au fil des années, Jérôme Paturel veut néanmoins rester positif. Le Zanzy bar créé il y a 12 ans, a su faire face aux difficultés et le jeune gérant aimerait parvenir cependant à une certaine constance dans son activité.

Marine Graille

 



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