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Que sont devenus les déportés ligériens ?

Loire le 20 octobre 2015 - Daniel Brignon - Expositions - article lu 365 fois

Que sont devenus les déportés ligériens ?
L'illustrateur pascal Croci a enrichi l'exposition de dessins extraits de documents

Que sont devenus les déportés de la Loire ? La question que pose une nouvelle exposition au Mémorial de la Résistance et la Déportation de Saint-Étienne dans le cadre des célébrations du 70e anniversaire.

L’exposition présente en seize panneaux le parcours des déportés depuis leur arrestation jusqu’à leur retour et leur réinsertion en prenant témoignage de déportés de la Loire.
Plusieurs rafles conduisent les juifs de la Loire en déportation, 71 sont arrêtés et déportés le 26 août 1942 et un bon nombre encore le 25 mai 1944 à Montrond-les-Bains. Mais se comptent en nombre, néanmoins non-déterminé, les arrestations et déportations individuelles.

La libération des camps, emmène les détenus dans un nouveau parcours chaotique, qui prendra de 48 heures au mieux jusqu’à plusieurs mois. Le retour de Joseph Sanguedolce de Dachau-Allach aura duré 24 jours.

Les premiers convois sont accueillis dans la joie et l’émotion. À Saint-Étienne, les enfants des écoles forment une haie d’honneur, est-il rapporté, mais au fil des retours l’indifférence l’emporte. L’envie de tourner la page des visions d’horreur et de corps squelettiques est plus fort que l’attention aux déportés et à leur histoire qui mettra du temps à s’exprimer.

S’ils retrouvent leur famille et leur emploi, comme Joseph Sanguedolce aux chemins de fer de la mine, beaucoup, et les Juifs en particulier, ne retrouvent pas leur bien, spolié par le régime de Vichy, tel le commerce de la famille Tamarkin à Saint-Étienne ou la maison de Simon Igel, revenu seul à l’âge de 16 ans, qu’il trouve occupée en arrivant dans la ville. Il quittera Saint-Étienne, renonçant aux démarches pour recouvrer son bien.

L’exposition souligne l’engagement des déportés dans l’esprit de la Résistance qui les a portés, tel Alexandre de Fraissinette, résistant, déporté à Buchenwald en 1944, rentré en France en mai 1945. Affaibli, il s'engage en politique dans les rangs gaullistes pour devenir deux ans après en 1947 maire de Saint-Étienne qu’il restera jusqu’à son décès en 1964.

Denise Bastide résistante communiste, déportée à Ravesbrück en 1944, sera élue députée successivement en 1945 et en 1946. La première et unique femme députée de la Loire sera rejointe par les tourments endurés en déportation. Elle mettra fin à ses jours en 1952.

Aussi hantée par des souvenirs imprimés profondément, Jeannine Silberberg, déportée à Auschwitz dans la rafle du 25 mai 1944 à Montrond-les-Bains, confiera qu’à son retour elle n’a plus jamais pu dormir dans un lit. Le Stéphanois Jacques Icek connaîtra une fin déchirante, terrassé dans les derniers mois de sa vie par les images terrifiantes de la déportation.

L’exposition rend compte aussi du besoin de témoigner, par l’écrit, très vite pour David Rousset qui publie L’univers concentrationnaire en 1947, un best-seller de la Libération, mais pour beaucoup bien plus tard, en 1973 pour le livre de Joseph Sanguedolce Résistance de Saint-Étienne à Dachau.

La première exposition témoignage sur la libération des camps à Saint-Étienne n’aura lieu qu’en 1965, vingt ans après, où les déportés deviennent enfin audibles.

Daniel Brignon

« Que sont-ils devenus ? Le retour des déportés dans la Loire », Mémorial de la Résistance et de la Déportation à Saint-Étienne, jusqu’au 18 décembre.



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