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Quand l’armée défend les libellules

Isère le 20 juin 2014 - Caroline Thermoz-Liaudy - Actualités - article lu 1615 fois

Quand l’armée défend les libellules
Présence militaire sur champ de tir (D.R.)

Camps de Chambaran (Isère et Drôme), des Garrigues (Gard), Mont-Caume (Var) et base navale d’Aspretto (Corse du Sud) sont les sites expérimentaux choisis pour la rareté ou la fragilité des espèces animales ou végétales, de leurs habitats.

Il s’agit de créer une dynamique entre les armées et les gestionnaires d’espaces naturels. « La cohabitation entre les activités militaires et écologiques doit pouvoir se dérouler dans des conditions favorables », a souligné le capitaine Jean-Marie Daroux, qui gère le camp de Chambaran par intérim. L’état-major de soutien défense de Lyon et le conservatoire d’espaces naturels (CEN) Rhône-Alpes ont proposé à l’Union européenne Life Défense Nature 2 mil, cofinancé par l’Europe (50 %) et le ministère (40 %) pour 2 128 061 €. De 2012 à 2016, des actions de restauration et de conservation d’habitats et d’espèces seront menées. Le ministère de la Défense possède le premier domaine foncier français avec 250 000 hectares, dont 42 000 sont classés au réseau européen Natura 2000. Ces terrains, préservés de l’urbanisation, de l’agriculture intensive et de l’industrialisation depuis la fin du XIXe siècle, sont des réservoirs de biodiversité précieux.

Des pâturages sur base aérienne

Une convention de partenariat, entre le ministère et la fédération des conservatoires d’espaces naturels a été signée en 2009 pour concilier les activités de manœuvres et de tirs et la protection de la faune et de la flore, à travers des plans de gestion servant à expertiser, gérer et sensibiliser. De son côté, la Défense s’est engagée pour le développement durable, compte tenu de ses activités, de la taille et de la localisation de ses implantations, de ses effectifs, du volume de ses achats… Elle souhaite préserver ses territoires, disposer d’infrastructures et d’équipements respectueux de l’environnement et réduire la consommation d’énergie de ses bâtiments. Quant au CEN Rhône-Alpes, qui coordonne le programme Life Defense Nature 2Mil dans un partenariat constructif, il mobilise et implique les acteurs locaux (propriétaires, usagers, collectivités, associations…), apportant son accompagnement technique. Il intervient dans cinq départements (Ain, Ardèche, Drôme, Loire et Rhône) et en coordination avec les conservatoires partenaires d’Isère, Savoie et Haute-Savoie. Les deux protagonistes du projet avec l’Europe, se sont déjà rapprochés dans les années 1990 à la Valbonne (01), pour limiter l’embroussaillement des 1 200 hectares de pelouses sèches et de boisements, puis, en 2013, pour réintroduit du pâturage à la base aérienne d’Ambérieu-en-Bugey (01).

Le Camp de Chambaran

Le camp militaire se situe sur le plateau de Chambaran, transition entre sillon rhodanien et Préalpes, à cheval sur la Drôme et l’Isère, et localisé sur la commune de Viriville. Sa forme allongée fait partie de son histoire.

Acquis par l’Etat en 1882, le site est affecté au ministère de la Défense. Au début du XXe siècle, il sert à expérimenter le canon 75. Les milliers d’obus tirés entraînent sa pollution pyrotechnique. De 1940 à 1945, il est zone de résistance, ne reprend du service qu’en 1960 et est rattaché au 93ème régiment d’artillerie de montagne (RAM) en 2006. Actuellement, ce lieu d’instruction et d’entraînement, géré par le 7ème bataillon de chasseurs alpins (BCA), accueille armée de terre, gendarmerie, police et pompiers. Il est constitué de champs de tir (armes légères d’infanterie, roquettes et drones, grenades, mortiers et explosifs), de zones ou localités de combat, de salles, d’installations sportives, d’un ancien franchissement amphibie (étang aménagé), de lieux d’accueil (logements, bivouac, restauration). Le tout est cerné par une bande forestière (chêne, bouleau, hêtre…) de 811 hectares et par huit étangs, des milieux qui abritent des espèces animales et végétales remarquables. Les sols pauvres et la position biogéographique à la limite de l’influence atlantique expliquent la présence de plantes rares. Dans les années 1990, 1 212 hectares (hors partie construite) sont classés au réseau Natura 2000 pour ses étangs, landes, vallons tourbeux humides et ruisseaux à écrevisses. Life Défense Nature 2Mil vient enrichir ces données. Trois enjeux sont, aujourd’hui, dans le viseur : communautés végétales des grèves d’étang, chauves-souris forestières et fréquentation humaine. Les inventaires seront suivis d’actions de préservation des espèces et de leurs habitats. La flore protégée des étangs est menacée par la colonisation et l’absence de marnage. Les chauves-souris forestières verront gîtes et territoire de chasse restaurés. La fréquentation humaine sera limitée par une meilleure gestion du site, des actions de formation et de répression. Les militaires utilisent le camp pour s’entraîner. Des civils s’adonnent à la cueillette, la chasse, la pêche.

Caroline Thermoz-Liaudy

Inventaires en cours

Au-delà de ceux menés pour Natura 2000, 88 espèces végétales, dont 12 d’intérêt patrimonial ont été recensées.
Sur les 46 espèces différentes d’odonates (libellules, demoiselles…) repérées, deux sont très spécifiques et en danger.
Coléoptères, 173 espèces
Aucun mollusque
Amphibiens, 9 espèces
Mammifères (dont Castor d’Europe), 11 espèces
Oiseaux, 108 espèces
Chauves-souris forestières, 23 espèces repérées par écoute la nuit sur les 30 connues en Rhône-Alpes (Grand rhinolophe, Murin de bechstein…)

Un concours photos (étangs et milieux humides, forêt, garrigue et pelouse sèche, milieu marin et montagne) a recueilli 66 vues prises par militaires, naturalistes… de toute la France. Les photographies primées feront partie d’une exposition itinérante et les premiers prix serviront de poster de sensibilisation.
www.lifeterrainsmilitaires.fr, www.cen-rhonealpes.fr, www.reseau-cen.org.



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