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Prostitution stéphanoise : évolution des mœurs et itinérance

Loire le 13 février 2014 - Florence Barnola - Agglomération stéphanoise - article lu 15295 fois

Prostitution stéphanoise : évolution des mœurs et itinérance
(D.R.)

Le commissaire Fabrice Cotelle, chef de la Sûreté départementale de la Loire, est formel : « Dans le département, on trouve certainement un peu de prostitution mais elle n'est pas organisée. »

«Ce ne sont donc pas des infractions sur lesquelles on saisit parce qu’attaquer la prostitution c’est faire tomber des réseaux de proxénétisme. » La prostitution de rue n’a jamais été très développée dans la cité stéphanoise, les clients ayant peur d’être vus. «  C’est une ville à taille humaine où les gens se connaissent. Il y a quelques années on a eu une tentative d’implantation de filles africaines place Carnot et rue du Lieutenant Morin, les clients venaient de l’extérieur, de la Haute-Loire, du Forez ou de l’Ardèche. Elles sont parties par manque de clients », raconte le major de la brigade de la protection de la famille de Saint-Etienne, travaillant dans ce service depuis 13 ans. Pourtant, jusqu’à la fin des années 90, la rue des Martyrs de Vingré était réputée pour ses dames l’arpentant. « Des filles, il n’y en a eu que quelques-unes. Elles ont plus de 80 ans maintenant. La dernière qu’on voyait venait de temps en temps nous rendre visite au commissariat.» Elles ont depuis pris leur retraite, sans relève.  «  C’est un manque de clients surtout. Ces femmes, au fil des années, avaient fidélisé leur clientèle qui a vieilli aussi. »

Déclin des bars à champagne

En revanche, les bars à champagne de l’agglomération ont eu leur heure de gloire : « L’essence de ces endroits est d’offrir un plaisir virtuel au clients.  Les anciennes vous expliquent que les clients venaient chercher un moment de réconfort, d’amitié. Au bout de quelques bouteilles de champagne, il pouvait y avoir un petit peu plus que cela. » Au début des années 2000, il existait près de 20 bars à champagne à Saint-Etienne, il n’en reste plus que 5 ou 6 aujourd’hui : «  A long terme ils sont tous voués à fermer. Ils ont des difficultés parce que les bouteilles de champagne sont très chères. Les prix ont évolué et les mentalités aussi. Les nouveaux clients ne vont pas dépenser une fortune pour n’avoir pas grand-chose. Les filles le disent, quand les clients entrent dans le bar ils ne veulent pas dépenser plus d’une bouteille. »

Internet et le téléphone portable ont changé la donne

Les progrès technologiques de la fin du XXe ont bouleversé les habitudes et par extension les mœurs. L’explosion du téléphone portable et l’avènement d’Internet ont changé les habitudes. « L’essentiel de la prostitution est itinérante et se fait via Internet avec des filles qui se prostituent dans des hôtels et à domicile. Il suffit de créer un compte sur un site genre VivaStreet et dans les sous rubriques comme « rencontre sans lendemain », mettre une photo et vanter son savoir-faire en mettant un numéro de téléphone. » Les prostituées sont généralement étrangères : « Actuellement toutes les filles que l’on côtoie sont essentiellement des Africaines et des filles de l’Est. On a vu arriver il y a quelques temps des réseaux internationaux de filles d’Amérique du sud qui transitent par l’Espagne et parcourent l’Europe, restant trois jours dans un hôtel et repartant. » Ce genre de transaction se passe en général dans des hôtels en périphérie « Des endroits faciles d’accès, pas cher, avec parking, en toute discrétion pour le client. La prostitution se centralise comme ça maintenant. C’est de l’occasionnel, du passage. Nous contrôlons rarement des stéphanois ». Ceux-ci préfèreront aller s’encanailler à Lyon ou en Espagne pour les jeunes générations : « Certains jeunes louent une voiture et vont à La Jonquera, juste après la frontière. De très grands établissements style boîtes de nuit, bars sont exclusivement consacrés à la prostitution. »                                                                  
La prostitution n’étant pas que l’apanage des femmes, elle peut être masculine. Elle reste cependant anecdotique dans la métropole stéphanoise : «  Elle est occasionnelle, et a lieu dans le quartier de la plaine Achille. On la retrouve aussi sur Internet. »

Florence Barnola

L’essor de la prostitution stéphanoise au XIXe

En 1902, douze maisons closes et 500 débits de boissons dissimulant de la prostitution ont été recensés à Saint-Etienne dans un rapport préfectoral. Pour l’auteur de Coquineries Gagasses (Osmose éditeur), Serge Granjon, ces deux types de prostitution coexistaient au XIXe : « Les brasseries de femmes sont nées sous le Second Empire. Les filles, à la fois serveuses et prostituées, attiraient la clientèle et monnayaient leurs faveurs dans les arrière-boutiques, chez le client ou chez elles. »

A Saint-Etienne, on trouvait ces établissements au pied du Crêt de Roc, place de l’attache-aux bœufs, rue Gérentet et « cours Victor-Hugo qui, entre 1850 et 1914, fut un des hauts lieux de la prostitution. Un patron de brasserie y avait même aménagé un dortoir pour les filles ». Dans le centre ville, l’ancienne rue Froide, la rue de la Ville, la rue Saint-Jean, la rue Saint-Jacques (rue des Martyrs) étaient quant à elles connues pour leurs maison closes traditionnelles.



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