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Portrait : Laurent Campellone, passeur d'émotions

Loire le 18 mai 2014 - Mathieu Ozanam - Musique - article lu 1034 fois

La presse musicale ne tarit pas d'éloges à son égard, quant à la reconnaissance de la profession, elle est venue à 29 ans pour Laurent Campellone.

Le prix du 8e Concours international des jeunes chefs d'orchestre de la Communauté européenne lui est décerné en 2001 à l’unanimité du jury sensible à son sens du contraste, son souci du détail dans la partition et son engagement, sa fougue. Avec un tel titre, de nombreuses portes s’ouvrent alors à lui. Il est invité à diriger des orchestres partout dans le monde, de la Russie à l’Amérique Latine, des Etats-Unis à l’Allemagne, l’Espagne et bien sûr la France où il est directeur musical de l’Opéra de Saint-Etienne depuis octobre 2003. Six mois de l’année dans la Loire et six mois d’une vie de valises. « La monogamie entre un orchestre et son chef ça n’existe pas. Dans notre métier qui joue sur des émotions, il est bon de se frotter à d’autres personnalités. De plus, il me semble que l’artiste est par définition un voyageur. Il porte l’art avec lui, le diffuse et se nourrit des autres formes d’art qu’il rencontre. » A Saint-Etienne aussi il se fait passeur en allant à la rencontre aussi bien des prisonniers de la maison d’arrêt de La Talaudière que des collégiens et des lycéens. Ils étaient d’ailleurs 300, sur un total de 1 300 sièges, pour le premier concert de la nouvelle saison, « ils n’ont jamais été aussi nombreux ». Une politique maison et une ouverture qu’il vit comme une urgence pour résister au « tsunami » que représente une télévision qui néglige la culture. « Le risque est d’arriver à l’homme unidimensionnel décrit par Henri Marcuse où l’homme n’est plus qu’une force de travail et point final. Quelqu’un de cultivé, qui va réfléchir c’est très dangereux. Comme le disait Nietzsche, « le meilleur gendarme, c’est le travail. »

Sa situation à la direction d’un opéra, à 37 ans, est privilégiée et il la vit comme une formidable chance car les places sont rares en France et en quelque sorte préemptées. « Les jeunes chefs n’ont pas d’autres choix que d’aller à l’étranger car il y a très peu d’opportunités en France. Nous ne sommes que quatre de ma génération à pouvoir exercer ici, tout en ayant une carrière internationale. » Il se dit lui-même courtisé par des orchestres, notamment en Allemagne. Jeune, talentueux et… ambitieux ?

Il serait légitime de le croire puisqu’il est parvenu avec opiniâtreté à donner corps à sa vocation de chef d’orchestre née vers l’âge de 10 ans après avoir assisté à des représentations d’opéras. Il se concentre alors sur cet objectif et se donne les moyens d’y parvenir en étudiant tour à tour le violon, le tuba, les percussions et le chant pour acquérir une vision de chaque famille d’instrument, il suit par ailleurs des études de philosophie. À 23 ans il devient assistant du directeur musical de l’Opéra de Toulon pendant 5 ans, jusqu’en 2000. Il rejoint ensuite aux mêmes fonctions Christoph Eschenbach, directeur musical de l’Orchestre de Paris qui lui fait découvrir le répertoire symphonique allemand (Bruckner, Malher). En 2003 il candidate à Saint-Etienne, où il avait déjà dirigé La Reine de Saba de Gounod, et prend la direction de l’Opéra-Théâtre en mettant pour condition de créer une saison symphonique qui n’existait pas encore.

Un parcours éclair, pourtant il assure : « Je n’ai pas de plan de carrière, car si on veut à tout prix qu’il se réalise, alors on fait n’importe quoi pour y arriver et on se nie soi-même. » Et si on lui objecte que cette attitude d’apparent détachement lui est peut-être dictée par la position qu’il occupe aujourd’hui, il insiste. « Naturellement, j’ai des envies de nouvelles rencontres, d’avoir toujours plus de moyens pour travailler dans des conditions optimales, mais surtout j’ai pris cette décision violente de me dire qu’un jour je ne serai plus là. Alors mon seul plan de vie c’est de vouloir vivre chaque instant pleinement. » Il cite Kant, Nietzsche, Epicure et Cioran parmi les philosophes qui ont nourri sa réflexion. « Le bonheur comme un trône doré que l’on a mis tout une vie à construire, cela n’existe pas. Le bonheur passe par une conversation, une main tendue, des moments de joie. » Une éthique de vie qui explique qu’il ne perçoit pas la musique comme une performance mais comme un partage et comme l’expression de pures émotions. Car s’il est aisé pour le spectateur de s’identifier au personnage d’une pièce de théâtre, « c’est le mystère de la musique qui fait que l’on puisse être ému dès les premières mesures. Cela dit quelque chose de puissant sur l’homme. »

Mathieu Ozanam

Lieu : Une crique du Var où j’ai passé mes vacances enfant.

Date : avril en - 399 av JC. L’exécution de Socrate.

C’est le sacrifice de l’homme face à l’animal

Ambition : Celle de Montaigne « Être un homme »

Phrase : « Se faire douceur envers soi-même… en commençant par autrui. » Epicure complété par Saint-Evremond

Personnalité : Berlioz



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