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Portait : Abdel Sefsaf sur un plateau

Loire le 10 janvier 2014 - Béatrice Perrod-Bonnamour - Roannais - article lu 590 fois

Il a la rondeur conviviale, la poignée de main amicale.

Avec lui, l’échange est direct, la sympathie  se noue et le tutoiement vient tout  naturellement. Certes, fixer un rendez-vous n’est pas toujours facile, car le directeur du Théâtre municipal de Roanne a plusieurs vies,  en raison de son talent pluriel.  Abdelwaheb Sefsaf qui fêtait le 22 décembre ses 43 printemps, soufflait sa première bougie d’un an et trois mois  de présence à Roanne.

Il était sur les planches de son théâtre et a frappé fort les trois coups du spectacle du 19 décembre lors de la soirée spéciale : Pass sans-frontières. Ces deux volets de théâtre musical en pays d’Orient se situent entre poésie palestinienne et mélodie Yiddish. Quand m’embrasseras-tu ? de Mahmoud Darwich, adapté par Abdel Sefsaf et Claude Brozzoni sur une musique de Claude Gomez à l’accordéon lève le rideau. Abdel au chant est époustouflant de présence. Accompagné par Georges Bau à l’orgue et aux guitares, il se fait l’écho du poète Mahmoud Darwich déraciné de sa terre. Il crie l’amour,  aspirant à « une civilisation de l’Amour » exhortée par Jean-Paul II. En seconde partie, Les yeux noirs avec Eric et Olivier Slabiak notamment virtuoses de musique yiddish, pop, tzigane, rock donne « à voir et ressentir » un concert joyeux porté par « l’âme » des violons. Avant Noël, ce mélange de chant arabe et yiddish résonne comme un appel à la Paix. Une standing ovation  consacre le succès de ce  souhait de réconciliation que l’on voudrait voir réalisé.

Abdel se risque, il fonce, il brûle les planches. Le théâtre ! Il l’a chevillé au corps et au cœur,  puisqu’il est à la fois, metteur en scène, comédien, musicien, chanteur.  Les parents d’Abdel ont quitté l’Algérie en 1954. Le père dans les Cévennes travailla dans les Mines. Après un accident, à Saint-Etienne, il se reconvertit dans le commerce.

Marqué par Jean Dasté

Abdel naît dans la ville noire aux sept collines, en 1969. A l’école primaire, en CM2, il voit un spectacle sur la Révolution Française. « Cette pièce est jouée par des collégiens et mon grand-frère tient un projecteur. Je me dis : je jouerai bien moi aussi ». Ce qui se réaliser en 6e où il joue le rôle de KalKas dans la Belle Hélène d’Hoffenbach. Au collège Jules-Valles, au lycée du Mont, il développe ses dons artistiques. A 16 ans, il crée un groupe de rock, Les Wabby Nelson. A 18 ans, il entre à l’Ecole nationale d’art dramatique de Saint-Etienne.  Le jeune homme est marqué par Jean Dasté qui porte en lui, les valeurs de la décentralisation du théâtre « avec des grandes notions d’humanité ». Autre personnage marquant Prosper Diss de la troupe. Autre rencontre : Daniel Bénoin, aujourd’hui à Nice et alors directeur de la Comédie de Saint Etienne. Abdel confie à son propos : « c’est son esprit d’ouverture et son sens de l’éclectisme dans l’offre artistique qui me séduisent. Il propose une offre la plus large possible en affichant aussi ses coups de cœur. Pour moi, c’est ça le vrai théâtre »

En 1993, à la sortie de l’Ecole nationale d’art dramatique, Abdel fonde La Cie Anonyme, dirigeant une équipe de musiciens, comédiens, techniciens et auteurs. « L’objectif était de créer un outil disposant de toutes les compétences, permettant la création de spectacles théâtraux. Alors, je réalise mes premières mises en scène tout en invitant d’autres metteurs en scènes qui apportent leur souffle à la compagnie à savoir : Richard Brunel, Valérie Marinèse, Jude Anderson. Parallèlement, Abdel comédien, joue sous la direction d’autres artistes : Daniel Benoin, Guy Rétoré, Richard Brunel, Jude Anderson - déjà nommés - Jacques Nichel (de nombreuses fois), Vélérie Marinèse, Claude Brozzoni, Claudia Stavisky, Wilma Lévy, Grégoire Ingold… 1999, il quitte la compagnie Anonyme et fonde le groupe Dézoriental et le Label Dézo Production composant un répertoire entre Orient et occident, Jazz, Rock, électro, impro, pop, musette, bref le grand Bazard version musical. Le groupe qui se produit dans le monde, signe chez Sony, sous le label  Dreyfus music. Il fonde avec Georges Baux le Fantasia Orchestra et la cie Nomade in France. « Ensemble nous réaliserons deux albums et la rencontre avec le public et les médias sera immédiate ».

« Je veux être un passeur de culture »

Dézoriental se produit lors de 400 concerts en France et à l’étranger à travers les plus grands festivals : Francofolies à la Rochelle, Printemps de Bourges, Nuits de Fourvière,  Jazz à Vienne, Pori Jazz en Norvège, Umbria Jazz en Italie, Istanbul Jazz Festival en Turquie… Sans oublier les passages à l’Olympia à Paris, l’Auditorium à Lyon… Le Groupe Dézoriental reçoit le prix Charles Cros, coup de cœur de la Chanson française. Et s’arrête au sommet de la consécration.

« Durant toute l’épopée Dézoriental, j’ai continué à être comédien mais également compositeur pour le théâtre et aussi pour le cinéma notamment sous la direction de Claude Berry », poursuit Abdel dont le parcours est celui d’un artiste « profondément et intimement dévoué au théâtre ». « Je veux être un passeur de culture » aime à répéter le directeur du TMR qui veut continuer en 2014 à renforcer les Compagnies en résidence –toutes disciplines-, faire de son théâtre reconnu Scène régionale, un lieu pluridisciplinaire.

« Je souhaite continuer à décentraliser le théâtre dans les quartiers, les écoles, collèges, lycées –pour lesquels, il a mis en place des nouveaux modes de fonctionnement-, maisons de retraites… On ne veut oublier personne. Ecouter le public, c’est une priorité » conclut celui qui prône sur scène la diversité ethnique et pratique la transversalité des genres. Il cite Mahmoud Darwich : « N’oublie jamais d’où tu viens. N’oublie jamais qui tu es ».

Béatrice Perrod-Bonnamour

(1) Mahmoud Darwich

Une date : Le 19 décembre 2013 (soirée Pass sans-frontières au Théâtre de Roanne, Ndlr)

Un lieu : Le théâtre de Roanne (à l’italienne) par sa beauté

Une personnalité : Ang San Su Kyi

Une citation : « Ils ne savaient pas que c'était impossible, alors ils l'ont fait » (Mark Twain)

Votre  ambition : Partager ma passion de l'art et du spectacle vivant en particulier avec le plus grand nombre...

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