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Point de vue - Allemagne : Duval franchit le mur du mythe

Loire le 15 mai 2014 - Xavier Alix - Agglomération stéphanoise - article lu 727 fois

Point de vue - Allemagne : Duval franchit le mur du mythe
Guillaume Duval (D.R.)

L’Allemagne est dans une situation économique favorable, cela n’a rien d’un mythe ? Il n’y a pas de doute sur le fait que ce pays a mieux résisté en Europe et s’est même redressé après la crise significative de la fin des années 2000.

L’Allemagne est dans une situation économique favorable, cela n’a rien d’un mythe ?

Il n’y a pas de doute sur le fait que ce pays a mieux résisté en Europe et s’est même redressé après la crise significative de la fin des années 2000. Il a aujourd’hui un chômage qui tourne à 5-6 % et son excédent commercial est à 200 Md€ en 2013, soit 7 % du PIB allemand contre 181 Md€ en 2007. En 2009, la  récession y a été deux fois supérieure à la France qui a perdu 380 000 emplois quand l’Allemagne n’en perdait quasi pas.

Alors que retrouvez-vous à dire au « modèle » allemand ?

Il y a non seulement des limites à ce « modèle » dont on raffole comme on a raffolé dans le passé du Japon, des Pays-Bas, de la Scandinavie... Et ensuite l’idée fausse que l’Allemagne va bien grâce aux reformes de Gerhard Schröder (chancelier SPD, de 1998 à 2005, Ndlr) dans les années 2000. Or, ce n’est pas « grâce » mais « malgré » les réformes de Schröder que l’Allemagne s’en sort. Ce sont ses mécanismes traditionnels qui l’ont fait résister et repartir très vite. Schröder a lui procédé à une vaste libéralisation du marché du travail connue sous le nom de réformes Hartz du nom d’un patron des ressources humaines de Volkswagen : elles ont introduit l’intérim en Allemagne, réduit le poids de la négociation sociale et fortement permis de développer le concept de « mini jobs ». Des travails à temps partiel, à moins de 450 €  par mois sans cotisation sociale mais sans protection sociale non plus. 5 millions d’Allemands n’ont que ça dont énormément de femmes. En 2010, l’Allemagne a retrouvé son niveau d’emploi de 2000 essentiellement en créant ces « mini jobs ». Autre effet Schröder qui risque d’handicaper l’Allemagne dans l’avenir : la baisse massive des investissements publics depuis le début des années 2000. Les infrastructures se dégradent et ça commence à se voir. Or, les Allemands pensent que s’ils ont soufferts (recul des services publics, austérité des salaires etc.), il faut que les autres fassent de même pour obtenir leur aide.

L’Allemagne n’est-elle pas plus compétitive après ces sacrifices ?

Après avoir augmenté en 2011 et 2012, le pouvoir d’achat y est reparti à la baisse en  2013, la demande intérieure, elle, a reculé de 4,3 % depuis 2008. Il faut que l’Allemagne se desserre la ceinture, sinon l’Europe est morte. Des mesures bonnes pour la compétition ? En Allemagne, 7 millions d’actifs travaillent pour moins de 8,5 € de l’heure. Alors certes, les services sont moins chers : restaurants, hôtels… Leurs abattoirs sont très compétitifs puisque rien empêche beaucoup de ses patrons d’employer une main d’œuvre étrangère à 3 ou 4 € de l’heure. Dans ce pays conservateur, il n’y a pas de code du travail mais seulement des conventions collectives dont vous bénéficiez si… votre patron adhère. La moitié des salariés est couverte par ces conventions contre 98 % en France.

Leur industrie est réputée en bien meilleure santé que la nôtre…

Oui mais, encore une fois, en raison de ce qui s’est accompli auparavant et qu’affaiblissent les réformes Schröder. Si leur industrie fonctionne, ce n’est déjà pas en raison du coût du travail : dans l’automobile, il est 20 % plus cher qu’en France ! L’actionnariat en revanche est beaucoup moins pesant et les syndicats des entreprises donnent leur accord - et non un avis - à une décision. Dans les comités d’administration des plus de 2 000 salariés, les représentants des salariés pèsent autant que les actionnaires. Généralement, les Allemands se plaignent toujours du coût de l’intégration de la RDA mais au final, ils furent gagnants : en y créant un outil de production neuf, en mettant la main sur les pays d'Europe centrale et orientale, leurs marchés, en y implantant leur sous-traitance à un coût moindre. Ils ont su délocaliser là-bas et conserver chez eux. Ils importent et exportent deux fois et demi plus que les Français. Enfin, la montée des pays émergents et de leurs demandes en machines outils et équipements électriques fournit des clients à cette industrie positionnée historiquement sur ce créneau. C’est plus important que le défaut de taille critique dont on parle toujours pour la France. Autre atout allemand : la démographie, moins d’enfants, c’est moins de chômage chez les jeunes et des économies privées et publiques en éducation, en crèches. Il y a en outre, un immobilier très bas qui aide aussi le consommateur. L’Allemagne a perdu 400 000 habitants depuis 2000, nous en avons gagné 5 millions. Les prix ont explosé en France (x 2,5 depuis 1995), il n’y ont pas bougé depuis 20 ans : la moyenne est d’1 300 € le m2 ancien en Allemagne 3 500 € en France. Un gain gigantesque pour le pouvoir d’achat. Plus facile dans ces conditions d’accepter l’austérité salariale…

Propos recueillis par Xavier Alix


(1) Made in Germany. Le modèle allemand au-delà des mythes (Le Seuil, 2013).



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