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Poèmes et chansons de la mine

Loire le 16 janvier 2015 - Daniel BRIGNON - Expositions - article lu 1534 fois

Poèmes et chansons de la mine
Daniel Brignon

Sous le titre Poèmes et chansons de la mine, 1840-1914, se poursuit au musée de la Mine de Saint-Etienne une exposition temporaire sur les chansons et poèmes autour de la mine dans la Loire au XIXe siècle. Une exposition à lire et entendre au gré de 25 textes remis en musique, qui dressent un portrait de mineurs, dans la joie et la difficulté, au devant des catastrophes, et chante la grandeur de la mine et du charbon, « pionnier de la civilisation ».

L’exposition s’appuie sur un travail de recherche de Jean-Paul Gaschignard, conservateur de bibliothèque affecté au musée de la Mine qui a rassemblé plus de 200 chansons et poèmes du XIXe siècle, dans les revues et journaux du bassin stéphanois, les publications des sociétés chantantes, mais aussi la Bibliothèque nationale. Depuis le début du XIXe siècle il est rapporté de nombreux textes et chansons, dont la moisson augmente à partir de 1860 et encore davantage dans les dernières années du siècle marquées par de grandes catastrophes minières successives dans le bassin stéphanois.
Au XIXe siècle la chanson était répandue, sollicitée à l’occasion de fêtes familiales ou corporatives, formulée au sein de sociétés chantantes, produite dans les guinguettes et cabarets puis les cafés chantants. La chanson est aussi un métier pour les chanteurs de rues et une offre des colporteurs ambulants.
L’exposition disposée dans le petit lavabo du puits Couriot, le premier vestiaire du site, se présente en sept séquences thématiques, sept alvéoles. Ils racontent chacun une histoire ou dévoilent une image du mineur, avec des points d’écoute et l’appui de textes et chansons sur des écouteurs répartis par séquence.
La première séquence évoque « le pauvre mineur », une image ancienne et tenace, mais juste après c’est « le mineur joyeux », festoyeur, qu’illustrent les poèmes Guillaume Roquille ferblantier de Rive-de-Gier devenu chanteur de rues, dans la veine satirique. « Le courage du mineur » est illustré par des chansons de colportage de 1890.
Vient ensuite « la vie quotidienne », quelquefois surprenante, à travers le texte de Jean-Baptiste Rousseau, ce ancien mineur invalide qui s’est mué en chanteur de rues. Il raille sur l’infidélité entre logeur et logé dans les pensions d’alors. « Les catastrophes » tiennent une place significative, huit recensés ayant fait plus de trente tués, dont la catastrophe du puits Verpilleux en 1889, soldée par 130 morts. La catastrophe soulève une émotion traduite dans les textes et chansons, et suscite un mouvement unitaire des quotidiens concurrents, Le Stéphanois et Le Moniteur, qui publient ensemble sous le titre Le Grisou un numéro spécial qui fait appel à des signature un poème du prix Nobel de littérature en 1901 Sully Prudhomme. Le Moniteur du Caveau stéphanois n’est pas en reste et s’associe à la fête de bienfaisance suscitée le 1er septembre 1889.
Une séquence sur « les grèves » illustre largement la fusillade du Brûlé de 1869 notamment sous la plume de Rémy Doutre, l’un des auteurs remarqués, qui avec par ailleurs Antoine Roule, Javelin Pagnon et quelques autres ont donné leur nom à des rue de Saint-Étienne. Le tour d’horizon s’achève avec la thématique des « usages du charbon », hommage aux usages universels du charbon au XIXe siècle que traduisent les vers de Charles Allier en1873 qui fait parler le minéral phare de la civilisation qui se dit « le dieu noir » (lire en encadré).
L’exposition est complétée tout le long du couloir des douches par une frise chronologique permettant de ressituer avec énormément de détails les textes dans leur contexte politique et culturel.
Il reste plus pour retrouver l’ensemble des textes et chansons qu’à s’installer dans les canapés d’un espace d’écoute où les 25 textes, qui s’affichent sur un écran, sont lus et chantés à la suite par la compagnie Trouble théâtre qui a effectué un travail de recherche et de restitution des airs et musiques connus de l’époque.
Daniel Brignon
Parc-musée de la Mine du puits Couriot, jusqu’au 28 février.

Le charbon


« Qui je suis, as-tu dit ? Regarde la poussière
Qui couvre ces lambeaux et qui noircit mon front.
L'hiver, je te réchauffe, et la nuit, je t'éclaire ;
Je suis ton pionnier, civilisation ! ...
Je fais franchir les mers et parcourir le monde
À des monstres d'airain portant ton pavillon ;
Je suis lumière et feu, je suis flamme féconde :
(…) C'est le charbon qui fait mouvoir la presse
Qui va jetant les journaux par milliers,
Lorsque jadis vos deux bras en détresse
Pour quelques cents prenaient des jours entiers,
Il multiplie... et la pensée humaine
Va, grâce à lui, partout se propageant,
Quand sur le fer des wagons il entraîne,
Par cent vaisseaux il dompte l'Océan.
(…) Saluez le Dieu noir car je suis le Charbon.

Le charbon, rondeau-valse de Charles Allier (1873)



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