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Pierre Grasset, l'humanité dans son viseur

Loire le 20 décembre 2014 - Florence BARNOLA - Culture - article lu 558 fois

Pierre Grasset, l'humanité dans son viseur
@ Renaud Philippe

Le photographe stéphanois suit deux routes, l'une l'amène à travailler pour les institutions, les entreprises ou les mariages, l'autre l'engage aux côtés des laissés pour compte de la société. Dans la ligne de mire de l'un des photographes de la 9e Biennale Internationale du Design : l'humain.

Il pleut. Nous nous rejoignons dans un café à l’angle de la place Carnot, non loin de son bureau au Mixeur. Pierre Grasset impressionne par son gabarit de rugbyman barbu. Pour autant son sourire et son regard, mélange de rêverie et d’étonnement, lui donne un air enfantin. Il connaît ce lieu, il a immortalisé ses fumeurs dans Cafés et Cigarettes, une série réminiscente de l’ambiance d’avant la loi de 2008.

« J’ai deux branches dans mon activité », échappe-t-il, enfin pourrait-on croire. De carrure imposante, sa voix s’avère légère, apaisante, presque hésitante. Pierre Grasset a le physique d’un ours et la voix d’un oiseau. « Deux voies différentes : dans l’une je suis prestataire, je me mets au service d’un client et dans l’autre je fais un travail personnel.» Les institutions le sollicitent beaucoup, il collabore avec Saint-Etienne Métropole, la Ville de Saint-Etienne, Loire Tourisme, l’Epase, des bailleurs sociaux… mais également avec la Cité du Design pour laquelle il va couvrir la Biennale pour la troisième fois consécutive. « Nous sommes quatre ou cinq photographes. A moi, la Cité me demande plus de l’ambiance, tout ce qui touche à l’humain comme les visiteurs qui regardent l’expo… »

Il aime aussi travailler en entreprise, et il adore faire les mariages. « C’est génial. On rentre dans l’intimité d’une famille. Quand la mariée s’habille, quand toute la famille se concentre, se prépare… Pour moi ce sont des moments magiques. Me mettre au service de personnes qui se marient ou d’une entreprise ayant besoin de communiquer, pour moi, c’est la même chose. »

Habitués ou surpris par la pluie, les clients remplissent peu à peu le café. Même enthousiaste Pierre n’élève pas la voix. Il met au centre de son travail personnel l’Homme: « je suis plus dans une recherche sociologique et sociale. » Parmi ses projets du moment, un livre sur le centre d’accueil Rimbaud pour toxicomane situé en centre-ville de Saint-Etienne. « Entre 2012-2013, j’y allais un jour par semaine. Au départ je devais faire une série de photos pour le magazine Le sociographe. Puis j’ai décidé de faire quelque chose sur le long terme. Mon propos est plus une réhabilitation de l’image des toxicomanes. » Entre 2008 et 2012, il s’était intéressé aux Roms «J'ai rencontré des familles et je les ai suivies sur plusieurs années. »

Un événement en 2013 transforme Pierre. Il est devenu papa d’Eliott « Et un autre qui arrive bientôt…» A ses enfants ils voudraient transmettre l’indépendance, l’autonomie. « C’est bien qu’ils fassent les choses par eux-mêmes. Il faut travailler à ne pas rendre ses enfants dépendants de soi. C’est dur mais nécessaire pour qu’ils s’ouvrent au monde. »

Tout vient à point à qui sait attendre…

A 13 ans, il voulait être président de la République, « j’étais vraiment attiré par la politique quand j’étais jeune. Aujourd’hui je ne veux plus faire une carrière politique. Tout ce que je ressens au fond de moi-même, j’essaie de l’exprimer dans les choix de mes sujets photographiques. »

A 16 ans il veut entrer dans la vie active. C’est à l’usine qu’il débute : « J’ai bossé deux ans dans l’entreprise de mon père Coreme. » Les études lui paraissent alors une meilleure voie. Il passe un bac littéraire puis une licence de philosophie à Montpellier et enfin un master de communication à l’Université Jean-Monnet.

Et à 27 ans, il tombe en amour pour la photographie. « Fin 2006, en master de communication j’ai fait un projet de photos avec mon prof, Loïc Etiembre. Ça m’a vachement plu. J’ai acheté un appareil photo reflex numérique et à partir de là j’en ai fait 24 heure /24 .» Il apprend seul la discipline. « En janvier 2007 je me suis acheté un appareil photo et en septembre de la même année j’ai monté mon entreprise sans aucun client. J’avais quasiment pas touché un appareil avant.  Je me suis renseigné, j’ai pris des conseils à droite à gauche et après j’ai travaillé, travaillé, travaillé. J’ai trouvé mes propres réglages, ma propre façon de faire. » Ses premiers clients ont été des mariés « Je les recroise parfois dans la rue, j’ai de l’amitié pour eux, ils se sont vraiment engagés sur la base de rien. »

Pour Pierre Grasset, photographier c’est de prendre sur le vif, sans flash « j’en ai acheté un jour et je l’ai revendu. » Il compose avec la lumière naturelle ou une source de lumière déjà existante « Je joue sur les réglages. Je vais chercher des lumières, il y en a plein, on ne s’en rend pas compte. Par exemple, les lumières d’un réverbère c’est magnifique… Mais il faut savoir aller la chercher. »

Florence Barnola

Date : 23 février, naissance de mon fils, ma fille est attendue pour la même date

Lieu : Saint-Etienne. Je ne suis pas là par défaut mais par choix.

Personnalité : Ma grand-mère, par sa bonté, sa gentillesse, la façon dont ils s’aimaient avec mon grand-père. Mon père et mes frères.

Phrase : «  Travaillons à nous rendre inutiles » Elisée Reclus

Ambition : Etre heureux, une recherche perpétuelle.



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