Fermer la publicité

Philippe Moine, designer entrepreneur

Loire le 12 avril 2015 - Florence Barnola - Économie - article lu 810 fois

Philippe Moine, designer entrepreneur
DR - Philippe Moine, designer et architecte d'intérieur

Le co-fondateur des Designers + est designer et architecte d'intérieur. Il ne voit pas de dichotomie dans ses activités professionnelles mais plutôt une palette de savoir-faire qu'il remplit au fil des projets. Convaincu, il s'exprime sans détours pour défendre son métier.

Dans son atelier à Saint-Cyprien, acquis 7 ans auparavant, une grande partie de la surface est dédiée au travail manuel. Les murs du bureau d’études sont tapissés de croquis et de desseins de projets mais aussi d’oeuvres « pour s’amuser » tirant vers la BD. « Etre designer c’est être narrateur. Mon moyen d’expression est le dessin mais aussi le volume. Cet atelier me sert à matérialiser, à mettre en forme mes dessins. »

Ne lui demandez pas s’il s’est spécialisé, il répondra fermement : « pour moi, dans le design il n’y a pas de spécialités. Nous sommes formés à manipuler les concepts, à générer des idées, à faire de la création. A mon sens, un designer est capable aussi bien de dessiner une cuillère qu’une machine-outil ou un sac à dos. Ce sont les opportunités professionnelles qui font que nous avons des connaissances dans des domaines. » Et d’évoquer un autre Philippe, Starck : « on ne lui pose pas la question. Il dessine aussi bien des bâtiments que des bateaux, des voitures, des vélos, des montres, des chaises, des machines etc. » Cela fait plus de 20 ans que Philippe Moine est un designer professionnel. Il a œuvré dans l’électroménager notamment pour Seb, il a également travaillé dans le domaine du jouet, du médical, de l’automobile…

Baldomérien de naissance, il a pour ami d’enfance le journaliste Louis Laforge qu’il a rencontré à l’école maternelle et avec qui il a joué au foot : « un vrai ami » résume-t-il sans plus s’arrêter sur sa vie personnelle. Il confie volontiers être « un enfant du Lego® et du Meccano®. » Sa première passion a été le bois : « à 12 ans, j’avais la mallette du parfait menuisier. » Après s’être formé à l’ébénisterie à Saint-Etienne, Philippe part pour Paris étudier à l’école Boulle : « J’ai fait archi intérieure pendant trois ans ensuite j’ai intégré les Arts Déco en design industriel ». Il incorpore par la suite le centre de design Renault : « C’est le paradis pour les designers. J’étais en agriculture, j’ai côtoyé tous ceux qui font les beaux jours de Citroën maintenant.» Il collabore ensuite avec différentes agences parisiennes et lyonnaises avant de s’installer dans sa région d’origine en 1996. « Quand je me suis installé ici, j’ai d’abord réalisé du mobilier parce qu’il était plus facile d’avoir un cousin ou une cousine qui avait un meuble à fabriquer avant d’obtenir des contrats avec SEB ou Thomson. »

« Je me considère comme un entrepreneur »

Aujourd’hui le designer travaille essentiellement pour les entreprises qu’elles soient de taille familiale ou des groupes. « Ce que je trouve sympa dans ce métier, c’est un jour de passer de la petite cuillère à la cafetière, au luminaire et à la chaise, de changer de matériau… » Chez Philippe Moine pas de fioritures dans le langage, le trait est franc et assumé. L’accent est mis sur l’outil portant son imaginaire : « c’est le créneau du designer, analyser les usages, essayer de déceler les points faibles que l’on appelle les « signaux faibles » pour amener de l’innovation. C'est ce qui permet de maintenir les entreprises compétitives. » Une profession qui rend caméléon : « quand on dessine un mètre pour Obut il faut aller jouer à la pétanque, quand on dessine des piscines, il faut aller se baigner ». 

Ne l’interrogez pas sur la notion d’esthétique dans le design… « Je n’en parle jamais. Evidemment, si on n’y est pas sensible, on ne fait pas ce métier ! Mais c’est tellement galvaudé. Si vous demandez aux gens ce qu’est le design, ils vont vous dire une belle chaise ou un beau meuble. » Pour définitivement dissiper une idée enfermant le designer dans l’artistique pur, il affirme : « je me considère comme un entrepreneur, ce n’est pas le cas de tous mes collègues. Pourtant nous sommes une entreprise : il faut qu’il y ait un salaire à la fin du mois, il faut rembourser les prêts, il faut acheter du matériel, il y a des impôts, des charges, etc. »

L’un de ses derniers projets a porté sur un hôtel restaurant, le Château Blanchard à Chazelles-sur-Lyon, qu’il a re-pensé de la « chaise à la poignée de porte. Cela représente 1 600 heures de conception. » Images à l’appui, il commente étape par étape le dossier relatant le projet. En véritable pédagogue, il explique méthodiquement, l’enchainement du chantier, le fil conducteur, ses choix de matériaux, de couleurs, le traitement d’un espace, de la lumière, comment il a dû convaincre le client... « La partie la plus excitante, là où l’adrénaline monte, c’est les premières phases de création. Après, quand on tient le concept… »

Assis devant son ordinateur, tourné de moitié vers son interlocutrice confortablement installée sur un des prototypes de fauteuil qu’il a pensés pour le Château Blanchard, au détour d’une question il laisse fuiter un pan d’intimité, révélant ainsi son jardin secret : « Ma cabane dans les arbres au bord de la Coise. C’était un de mes rêves. Elle fait 4m2, ça suffit pour être tranquille. »

Florence Barnola
 

Date : Mon entrée à Boule en 1987

Lieu : Ma cabane dans les arbres

Ambition : J’aimerais bien fabriquer mon bateau

Personnalité : Mes trois enfants

Phrase : Carpe diem



À lire également


Réagir à cet article

Message déjà envoyé Adresse e-mail non valide