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Opéra-Théâtre de Saint-Etienne : la Ville présente sa version des faits

Loire le 10 janvier 2015 - Mathieu OZANAM - Société - article lu 1270 fois

Opéra-Théâtre de Saint-Etienne : la Ville présente sa version des faits
Mathieu Ozanam - Michel Béal : « Nous avons la volonté d'apporter des corrections »

Après leur licenciement, le chef Laurent Campellone et le directeur de l'Opéra-Théâtre Vincent Bergeot ont retrouvé une liberté de parole dont ils ont usé pour dénoncer les motifs de leur renvoi. Des explications qui mettent en cause la version de la Ville. Les adjoints aux ressources humaines et à la culture ont voulu rectifier une présentation des faits, selon eux, erronée.

« Nous avions décidé de ne pas répondre nommément, mais dans les entretiens accordés à la presse, plusieurs choses nous semblent avoir été grossièrement déformés, explique Michel Béal, adjoint en charge des Ressources humaines,  en introduction à la rencontre avec la presse. Nous voulions apporter des corrections. » Des entretiens de Laurent Campellone et de Vincent Bergeot que les lecteurs de L’Essor Affiches ont pu lire dans nos colonnes et sur notre site Internet.

Les réintégrations prononcées par le tribunal administratif

Les décisions ne portent pas sur le bien fondé ou non des sanctions. Elles ont suspendu l’exécution des sanctions prises  en raison des importantes difficultés financières et matérielles que connaissent David Camus et Sophie Platret, « eu égard à leur situation personnelle et familiale (respectivement 4 et 2 enfants). Une première notion complétée par un doute sur la motivation de la sanction.

Vincent Bergeot affirme ne pas avoir été entendu par les adjoints à la culture et aux ressources humaines

« C’est faux ! réplique Michel Béal. Nous avons reçu immédiatement M. Bergeot et nous lui avons demandé des explications. Il n’a pas apporté des éléments susceptibles d’apporter des éclaircissements. Pendant l’enquête administrative il n’est pas venu à un rendez-vous prétextant un arrêt maladie suite à un accident du travail. Or l’Assurance maladie n’a pas reconnu cette cause. Il aurait donc pu venir s’expliquer s’il le souhaitait. » Conclusion de l’élu : « il aurait pu mieux se défendre s’il était venu. »

La suppression de plusieurs postes dans l’organigramme

La réintégration de David Camus, secrétaire général, « n’est matériellement pas possible » puisque le poste figure au nombre de ceux qui ont été supprimés. « M. Camus a reçu un arrêté de ma part le relevant de son obligation de se présenter à son travail », explique Michel Béal. Il devrait ensuite recevoir la notification de son licenciement pour suppression de poste.
Pourquoi supprimer des postes ? « Sous la direction de Vincent Bergeot beaucoup de postes ont été doublonnés, assure Marc Chassaubéné. C’est la raison pour laquelle nous en supprimons 10 ». Résultat : une économie de 340 000 €.
Concernant les suppressions de postes dans l’organigramme de l’Opéra-Théâtre les deux adjoints, à la culture et aux ressources humaines, soulignent que le comité technique paritaire a « donné un avis favorable ». Pour être précis, et comme son nom l’indique, le comité est composé de représentants des élus et de représentants des personnels. D’après Michel Béal, « à l’exception d’une organisation syndicale, toutes les autres se sont abstenues ». Pour Marc Chassaubéné, adjoint à la culture, « les syndicats ne se sont jamais opposés » aux décisions de la municipalité de suspendre les personnes incriminées. « Les personnels ont exprimé à plusieurs reprises leur plus vive défiance vis-à-vis de leur direction » et de poursuivre au sujet du chef Laurent Campellone et de Vincent Bergeot « on parle de harcèlement, de favoritisme, de conditions de travail dégradées. Nous avons vu des agents pleurer quand nous les avons rencontrés. »

L’audit financier du cabinet KPMG

« M. Bergeot dit que c’est lui qui l’a déclenché : c’est faux. » L’adjoint à la culture insiste sur la démonstration faite à plusieurs reprises au cours des mois précédents. « L’audit a révélé une cavalerie budgétaire qui consistait à déplacer d’une année à l’autre le déficit budgétaire. 500 000 € de charges sociales ont été déplacés de 2013 à 2014, c’était une dissimulation. » Marc Chassaubéné relève que Vincent Bergeot reporte la responsabilité du dérapage des comptes sur le directeur administratif et financier. Au contraire estime-t-il, « Stéphane Begou a été d’une probité remarquable. Il a dénoncé à plusieurs reprises le fait que, comme les contrats en cours (avec des artistes, Ndlr) n’étaient pas signés, il ne pouvait pas faire de prévisionnel. (…) il a été poussé à bout. »

Pourquoi Laurent Campellone a été mis en cause ?

« C’est sans doute un bon chef d’orchestre, c’est sans doute un moins bon manager », suggère Marc Chassaubéné. C’est en sa qualité de directeur musical, et par conséquent de n°2 de l’Opéra-Théâtre que Laurent Campellone a été inquiété. « Il avait la gestion de tous les personnels artistiques et la gestion des contrats. Il y a aussi une affaire de harcèlement grave et de manipulation. Il y a eu une dénonciation. »
Concernant l’un des motifs indiqués dans la lettre de licenciement lui reprochant de diriger des orchestres hors Saint-Etienne, les adjoints à la culture et aux ressources humaines jugent que « Laurent Campellone perturbait le travail de l’orchestre dans ses séries de répétition établies sur un calendrier (…). Le problème c’est qu’il a pris quelques libertés (en répondant à des invitations extérieures, Ndlr) et il s’en est de plus en plus éloigné sans solliciter d’autorisations. Il a sans doute considéré que l’accord était tacite ».

Un orchestre sans chef permanent

Pour l’adjoint à la culture, « c’est une évolution générale des maisons d’opéra de ne pas avoir de direction artistique permanente ». La construction de la saison sera confié « au premier chef invité qui en général ne vient pas seulement diriger, mais donne sa couleur à la saison en proposant des œuvres en concertation avec le directeur ».
Quant au rôle de l’ancien directeur Jean-Louis Pichon dont des personnels de l’Opéra-Théâtre affirment avec insistance qu’il a effectué son retour dans la gestion de la direction artistique, Marc Chassaubéné et Michel Béal en nient la réalité. « Il n’a pas de mission de la Ville de Saint-Etienne. Il nous a aidés à trouver un ténor pour remplacer celui qui devait tenir le rôle de Don Pasquale et qui s’était blessé, mais il aurait été stupide de ne pas accepter son aide compte tenu de l’urgence. »

Le choix du prochain directeur

Eric Blanc de la Naulte assure la direction par intérim de l’institution culturelle et d’aucun souligne au sein des personnels de l’Opéra-Théâtre que le profil de poste diffusé pour le recrutement a été taillé sur mesure pour lui convenir. « Il faudra un profil de gestionnaire étant donné qu’il n’y aura pas de directeur administratif et financier, ni de secrétaire général », démontre Michel Béal. « Et quelqu’un qui puisse accompagner le changement de statut de l’Opéra-Théâtre », complète Marc Chassaubéné. Peut-être sous forme d’EPCC (établissement public de coopération culturelle).
Une dizaine de candidatures « intéressantes » ont été reçues. « D’ici la fin du mois, ou au début février, le nom sera connu ». Dans le jury : des représentants de la Ville, du conseil général de la Loire, de la Drac (direction des affaires culturelles).

Mathieu Ozanam



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