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Opéra-Théâtre de Saint-Etienne : le vaisseau fantôme

Loire le 08 mai 2014 - Mathieu Ozanam - Collectivités locales - article lu 2032 fois

Opéra-Théâtre de Saint-Etienne : le vaisseau fantôme
Neuf cadres de l'Opéra-Théâtre de Saint-Etienne et de la direction des affaires culturelles ont été suspendus (M.O.)

A peine un mois après l'électrion de Gaël Perdriau à la mairie de Saint-Etienne, une première mesure marquante est prise : la suspension de neuf cadres de l'Opéra-Théâtre. La nouvelle équipe municipale ravive le spectre d'une reprise en main de l'établissement culturel. Comme cela avait été le cas en 2008 avec les socialistes.

« Il n’y avait pas d’intentions politiques, insiste-t-on dans l’entourage du maire Gaël Perdriau. Il ne faut pas comparer avec 2008. » En prenant des mesures conservatoires à l’égard de neuf personnes de la direction de l’Opéra Théâtre et de la direction des affaires culturelles, la nouvelle équipe municipale « fait peser sur elles de lourdes suspicions », a réagi l’ancienne adjointe à la culture Françoise Gourbeyre. Et d’une certaine façon elle aussi estime que les situations ne sont pas comparables avec 2008. « Quand nous sommes arrivés, nous avons fait le constat d’un commun accord avec Jean-Louis Pichon (directeur de l’Opéra-Théâtre pendant 26 ans, Ndlr) qu’il n’était pas l’homme de la situation car il n’adhérait pas à notre projet.  Nous avons maintenu le cap du lyrique, du symphonique et de la danse. Les spectateurs ont répondu en grand nombre. » Françoise Gourbeyre cite les statistiques de fréquentation pour preuve : « il y a eu 59 955 spectateurs lors de  la saison 2007-2008, un nombre équivalent lors de la saison 2009-2010. Pour la saison 2010-2011, avec l’arrivée de M. Bergeot, il y a eu 63 113 entrées. Et la saison 2011-2012 le record de 68 070 entrées a été atteint. »

Des risques sérieux d’accidents ?

Pour la nouvelle équipe municipale, le débat n’est pas sur ce terrain. Trois griefs sont reprochés aux personnes en charge de la direction de l’Opéra-Théâtre. « Nous avons eu la communication par les services d’une note technique qui porte sur des problèmes de sécurité qui pourraient exercer un problème mortel », expose Marc Chassaubéné, l’adjoint à la culture. D’après l’audit technique réalisé à la demande de l’ancienne équipe municipale, il y aurait un problème de déséquilibre de charges au niveau des cintres et du rideau de fer qui joue le rôle de coupe-feu entre la salle et la scène. Mais ces problèmes sont-ils avérés et sont-ils si importants qu’il soit nécessaire de fermer la grande salle Massenet pendant 3 mois ? Pour lever tout doute, une nouvelle expertise a été commandée.
Deuxième grief : Pourquoi ne pas avoir anticipé sur ces travaux s’ils étaient nécessaires, ou à tout le moins, pourquoi ne pas avoir sécurisé le plateau ? S’ils avaient été réalisés au cours de l’été, la saison 2014-2015 aurait pu débuter normalement. Dans le cas de figure où il faudrait bel et bien faire intervenir des entreprises, alors le début de saison serait compromis. Quid de la représentation de l’Opéra comique d’André Messager Fortunio ? « Ce qui inquiète beaucoup le personnel, c’est que toute la programmation de la prochaine saison n’est pas signée », insiste Marc Chassaubéné. Les musiciens et les membres du chœur seraient alors en quelque sorte au chômage technique et le volume de cachets nécessaire au maintien de leur statut d’intermittents du spectacle pourrait en souffrir.

Un budget qui dérape

Le 3e volet de ce dossier c’est l’accusation de non-sincérité des budgets présentés par Maurice Vincent lorsqu’il était maire portés par Gaël Perdriau une première fois lors du conseil municipal du 22 avril sans préciser qu’il évoquait le cas de l’Opéra Théâtre. Il manquerait 1 M€ pour assurer le bon fonctionnement de l’institution. Un dérapage des comptes que la nouvelle équipe souhaite comprendre. Elle soupçonne l’ancienne municipalité d’avoir choisi de faire réaliser les travaux à l’automne pour faire des économies sur le budget de l’Opéra Théâtre. François Gourbeyre estime pour sa part qu’« il manque non pas 1 M€, mais 600 000 €. C’est vrai que c’est une somme importante, mais il est possible de maintenir le cap et ce n’est pas en mettant un pied sur la tête de ceux qui dirigent l’Opéra Théâtre que cela va faciliter la situation. » Elle ajoute que « depuis 2012 L’Etat a marqué un retrait de ses subventions de 100 000 €, que nous avons retrouvés en 2013 en établissant une nouvelle convention. En revanche le Département de la Loire s’est retiré depuis 2012 ramenant sa participation de 500 000 € à 300 000 €. » Une décision prise par la Région et le Département suite au choix de la Ville de confirmer Vincent Bergeot dans son poste sans convoquer un nouveau jury après le désistement de Bruno Messina « pour raisons personnelles ». Bref, le spectacle continue.

Mathieu Ozanam

Le PS « choqué »

Le groupe des élus d’opposition socialistes a exprimé par la voix de Maurice Vincent, son incompréhension devant la décision municipale de suspendre neuf cadres de l’Opéra Théâtre. « On n’a jamais vu dans l’histoire récente suspendre neuf cadres. C’est une décision très grave, irrationnelle, d’une incorrection, d’une agressivité inadmissibles. Je suis extrêmement choqué par cette décision qui n’a d’autre sens à mes yeux que la volonté de nature politique de faire table rase de la direction de l’établissement », affirme Maurice Vincent qui démonte les arguments avancés pour cette suspension. Le dérapage budgétaire en premier lieu, de l’ordre de 600 000 € en 2013, estime Maurice Vincent, du fait du retrait de 200 000 € de la subvention du conseil général, et d’un dépassement de 400 000 € de l‘objectif  de gestion maîtrisée de l’Opéra Théâtre, qui avait été fixé à partir de 2009 à 3 M€, au lieu de 3,5 M€, de reste à charge pour la Ville, hors personnel. « C’est la première année depuis 2009 où le dépassement a lieu, ramenant le reste à charge au montant de 2008 », explique Maurice Vincent qui n’y voit pas un motif sérieux de mise à pied de l’équipe dirigeante. Si ce dépassement n’a pas été introduit au budget primitif, c’est, dit-il, que celui-ci était déjà voté, quand en décembre le maire a appris le dépassement qui aurait été pris en compte dans le la décision modificative ce printemps.
Quant au danger représenté par le rideau pare-feu et les cintres, Maurice Vincent dit en avoir été informé en février dernier et ayant vérifié la non-urgence de la mise en sécurité, il était prévu dit-il de procéder aux travaux « dans l’année 2014 au moment opportun ».

Daniel Brignon



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