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Objets connectés : entre phénomène de société et enjeux sociétaux

Isère le 19 mai 2015 - Laurent Marchandiau - Tech et Médias - article lu 658 fois

Objets connectés : entre phénomène de société et enjeux sociétaux
photo Copyright Franck Ardito - Isabelle Guillaume, déléguée générale Minalogic

Ils étaient 4 milliards en 2010. Ils seront entre 50 et 80 milliards d'ici à 2020. Oscillant entre effet de mode et véritable tendance de fond, les objets connectés suscitent un intérêt croissant tout en soulevant quelques inquiétudes. Un sujet abordé lors du prochain Forum 5i. Entretien avec Isabelle Guillaume, déléguée générale du pôle de compétitivité Minalogic, qui animera cette table ronde.

On parle énormément des objets connectés. Effet de mode ou tendance de fond ?

Il est certain qu’il y a un effet de mode lié à leur essor notamment à travers des produits tels que les montres connectées ou autre dérivés dont les technophiles sont particulièrement friands. Derrière cette vague actuelle, nous voyons l’émergence d’innovations qui répondent à de véritables enjeux sociétaux. Par exemple, avec la transition énergétique et la réduction des gaz à effets de serre, il devient essentiel de mieux maîtriser notre consommation énergétique. Pour cela, il faut posséder des informations afin de pouvoir consommer différemment, avec des outils adaptés et des applications ergonomiques capables de retranscrire les données collectées afin de pouvoir agir en conséquence en prenant les bonnes décisions. Les objets connectés prennent tout leur intérêt ! De même pour le secteur de la santé avec le maintien des personnes à domicile ou encore la médecine personnalisée, les objets connectés permettant de mieux suivre l’évolution des personnes tout en leur garantissant une certaine autonomie.

Beaucoup s’émerveille devant les possibilités offertes par les objets connectés. N’y a-t-il pas un risque d’intrusion dans la vie privée des utilisateurs ?

L’un des grands enjeux reste la protection des données personnelles en les rendant anonymes. Une équipe de l’INRIA Rhône-Alpes (basée à Montbonnot), interviendra sur ces problématiques lors de la table ronde du Forum 5i. Force est de constater qu’une partie des business modèles existants en particulier ceux des grands acteurs américains reposent sur la capacité à capter les données des utilisateurs pour élaborer des services payants. L’objectif du projet mené par cette équipe de l’INRIA réside dans « l’anonymisation » des données, un challenge tant scientifique que technique.

Quels sont les enjeux au niveau des objets connectés ?

La conception d’objet connecté implique de réduire la consommation des capteurs et le développement de technologies de miniaturisation ainsi que de nouvelles infrastructures de communication. Les objets connectés demandent des systèmes de communication différents des infrastructures classiques (WiFi) grandes consommatrices d’électricité, d’où des solutions basées sur du très faible débit, plus adapté à leur usage et leur garantissant une bien plus grande autonomie qu’un smartphone ! De même au niveau du traitement des données.

Comme ils collectent un grand nombre d’informations, il est nécessaire de développer des outils analytiques : système de traitement, solutions de protection des données et de sécurité, big data… Sans oublier l’aspect applicatif sur le Web avec des interfaces utilisateurs permettant de présenter les données collectées de manière claire et concise. Un spécialiste en ergonomie interviendra d’ailleurs sur ce sujet.

Quels sont les atouts de la Région Rhône-Alpes vis-à-vis de cette filière émergente ?

Rhône-Alpes est particulièrement bien placée sur ce secteur. Nous possédons les acteurs clés de l’ensemble de la chaîne de valeur, des entreprises du semi-conducteur et du numérique (HP, Xerox, Salesforce…) en passant par l’aspect R&D avec, entre autres, le CEA pour le côté innovation matériel, et l’INRIA pour ce qui concerne les aspects logiciels. De plus, c’est la seule région française à posséder deux métropoles labellisées French Tech, Grenoble et Lyon. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le salon professionnel sur l’Internet des objets s’est déroulé à Lyon pour sa première édition, le 7 et 8 avril dernier.

Quels sont les marchés visés par les objets connectés ?

L’Internet des objets vise clairement trois types de secteurs : la santé avec, à l’origine, la mesure des activités physiques, l’énergie et plus généralement la domotique ainsi que l’usine du future. Sur ce dernier point, un changement va s’opérer sur la maintenance des machines-outils,  passant d’une maintenance préventive où l’on change les pièces au bout d’un certain temps au vu des préconisations du constructeur, à une maintenance prédictive. Les capteurs pourront identifier précisément les probabilités de pannes ouvrant ainsi la voie à de nouvelles offres de services et donc d’emplois. On estime que les objets connectés représentent la troisième vague de l’Internet, j’y crois fermement !

Propos recueillis par Laurent Marchandiau

Les objets connectés en chiffres​

L’Institut de l’audiovisuel et des télécommunications en Europe (Idate) estime qu’il y aurait 15 milliards d’objets connectés à Internet (incluant les smartphones et tablettes) dans le monde contre quatre milliards en 2010. D’ici 2020, ils atteindraient 50 à 80 milliards.

Selon une étude de l’agence de conseil Links, 68 % des Français seraient prêts à acquérir un objet connecté. Cependant, 69 % des personnes interrogées estiment également qu’ils peuvent être perçus comme un danger pour la santé et pour 76 % d’entre eux comme un facteur d’intrusion dans la vie privée. L’étude de prospective de Deloitte prévoit que plus de 60 % des objets connectés seront acquis par les entreprises en 2015.

Le marché représenterait cette année, 10 Md$ et les services associés, 70 Md$. Dans l’Hexagone, le secteur des objets connectés à doubler l’an dernier, s’établissant à 150 M€ soit 1 % des biens d’équipements high-tech vendus en France en 2014. Selon le cabinet GfK, 2 milliards d’objets connectés devraient être vendus sur l’Hexagone entre 2015 et 2020.



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