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Objectif 2014, les coulisses des municipales à Saint-Etienne, épisode 26 : La fusion UMP-UDI : trois hommes et un coup fin

Loire le 11 novembre 2014 - La Rédaction - Agglomération stéphanoise - article lu 1006 fois

Les discussions entre les candidats de la droite et du centre tiraient en longueur ? La venue de Jean-François Copé, le président de l’UMP, va précipiter les choses.

A double titre car, alors que son déplacement était programmé le 20 novembre, voilà qu’il s’annonce avec 7 jours d’avance. L’ultimatum « implicite » se fait plus pressant. Une chance pour Gaël Perdriau car le 20 novembre, la neige tombe drue sur Saint-Etienne. La préfecture de la Loire passe en niveau d’alerte orange. S’il s’en était tenu à son calendrier initial, la visite du président de l’UMP aurait probablement due être repoussée… prolongeant un peu plus encore la concurrence entre les trois candidats en quête d’union. Mais pourquoi donc, après avoir tergiversé pendant si longtemps, les trois hommes se décident-ils soudain ?

Le premier acte se joue le samedi 9 novembre : Georges Ziegler jette l’éponge. Il appelle Gaël Perdriau pour lui  dire qu’il renonce à se présenter en tête de liste. Il rejoint le candidat UMP. « Et que fait Gilles Artigues ? », l’interroge en substance Gaël Perdriau. Car si la défection de Georges Ziegler affaiblirait la crédibilité d’une candidature UDI, le problème pour le candidat UMP ne serait que repoussé avec un Gilles Artigues reprenant le bâton de maréchal tombé au sol pour conduire la bataille au nom de l’UDI. Le spectre du scénario de la division de 2008 de la droite et du centre refait surface. Gaël Perdriau décide alors d’appeler Gilles Artigues pour l’informer des derniers événements. Le premier mouvement de Gilles Artigues est effectivement de vouloir poursuivre seul, non sans inquiétude. « Gilles Artigues m’envoyait SMS sur SMS, je voyais à son état de fébrilité qu’il passait par des hauts et des bas, se souvient Michel Thiollière. Il me demandait : “est-ce que vous savez ce que fait Georges Ziegler ?“ Georges Ziegler ne m’appelait pas tous les quarts d’heure pour me dire ce qu’il faisait, je n’en savais donc trop rien. Mais j’ai compris qu’il était très inquiet que Ziegler joue son rôle et tombe d’accord avec Gaël Perdriau et c’est vrai qu’alors Gilles Artigues était un peu marginalisé. » [1]

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=PcTvmgNz5K4&list=UUJ-llKLra8SJlOb-WniUBwA[/youtube]

Mais le candidat UMP se montre persuasif. Il lui décrit la scène qui se déroulerait alors au Flore pendant le meeting avec Jean-François Copé, un Georges Ziegler au premier rang se faisant applaudir par le public, tandis que la lettre de l’accord de Gilles Artigues serait montrée au public. Les militants conspueraient alors le concurrent mauvais joueur auquel il serait aisé de faire porter la responsabilité de la division. Cette étiquette du diviseur lui a, à maintes reprises, été accolée. Gilles Artigues comprend rapidement que la situation n’est pas tenable pour lui. Il choisit de jouer le coup plus finement et de ne pas s’enferrer dans une voie sans issue. « C’est d’accord », répond-il mais à une condition : que la place de 1er adjoint lui soit attribuée. Soit ni plus ni moins que l’accord passé entre l’ex-MoDem et l’UMP au moment des législatives de 2012…

Tout ce petit monde se retrouve dans les loges de Geoffroy-Guichard pour discuter à bâtons rompus, de vive voix, et les yeux dans les yeux. L’atmosphère est électrique, ce soir du 10 novembre le Chaudron accueille le derby qui oppose les Verts aux Gones. Les discussions se font au gré des attaques et contre-attaques. A la 48e minute, l’ASSE encaisse un but. A la 65e Saint-Etienne égalise. Et, alors que l’on croit que le match va se terminer par une honorable égalité, ce diable de Jimmy Briand place une tête à la 94e minute. Lyon vient sur un fil d’emporter le match. Le stade se vide. L’humeur est mauvaise.

La soirée est cependant loin d’être terminée pour Gilles Artigues et Gaël Perdriau. Rendez-vous est pris à la permanence de l’UDI, derrière la cathédrale Saint-Charles. Le pour et le contre sont pesés. Le risque, si les protagonistes tardent trop, est de voir le montant des dépenses de campagne se rapprocher d’un niveau tel que la fusion deviendra difficile avant le 2nd tour. Outre la place de 1er adjoint, Gilles Artigues obtient des garanties pour ses amis en politique. Les protagonistes se séparent sur les coups de 3 h. La nuit sera courte puisque le lendemain ont lieu les cérémonies du 11-Novembre. C’est en faisant le chemin entre la place Fourneyron et la place de l’hôtel de ville que les trois hommes « topent ».

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=WZ-i3-RrAMQ&list=UUJ-llKLra8SJlOb-WniUBwA[/youtube]

Il s’agit maintenant d’organiser rapidement une conférence de presse  pour présenter l’accord d’union. Le rendez-vous est fixé au mardi 12 novembre à 11 h 30 « au club de la presse dans les locaux du Bâtiment des Hautes Technologies (BHT) », stipule le courriel qui a été adressé aux journalistes. Mais… un contrordre arrive le matin même, la rencontre est déplacée au restaurant de la Cité du design, la Platine. « On m’a expliqué que les salles de réunions du club de la presse dépendaient de Saint-Etienne Métropole et que les réunions politiques n’y étaient pas autorisées… », sourit l’air entendu Olivier Barbé[2]. Toute la presse répond à l’invitation. Gilles Artigues et Georges Ziegler encadrent Gaël Perdriau. Les trois hommes savourent le moment, ils sont très détendus et plaisantent entre eux.

« Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait. » Dans le jeu des citations, Gilles Artigues ouvre le ban en invoquant Mark Twain. Bientôt suivi de Georges Ziegler : « l’avenir m’intéresse, c’est là que j’ai décidé de vivre mes prochaines années » (Woody Allen). Un florilège clos par Gaël Perdriau qui, petit clin d’œil, fait appel au centriste Raymond Barre : « Il n’y a pas un fauteuil à occuper, mais un travail à faire ». La répartition des rôles est dévoilée : Gaël Perdriau conduira la liste, le poste de 1er adjoint, « en cas de victoire », est proposé à Gilles Artigues, Georges Ziegler qui figurera en 5e position sur la liste sera également adjoint, à un poste que les protagonistes ne souhaitent pas pour l’heure préciser.

Pour ce qui est de l’agglomération, l’un des gros points de blocage lors des nombreux échanges entre les candidats UMP et UDI, Gilles Artigues qui faisait jusqu’alors campagne pour la présidence de Saint-Etienne Métropole a admis que « cette question ne s’impose pas aujourd’hui. La priorité et notre seul objectif doivent être la ville. C’est Gaël Perdriau qui prendra le moment venu sa décision, et je m’y conformerai. » Le (désormais) ancien chef de file de l’UDI pour l’agglomération glisse un mot de remerciement au président du conseil général de la Loire, Bernard Bonne, qui « a joué un rôle capital dans notre rapprochement. Il y aura en 2015 d’autres combats à mener pour les cantonales ». Gaël Perdriau répète sa conviction : « même si notre approche a été différente, ma position n’a pas varié. Le sujet de la présidence de l’agglomération sera abordé à l’issue des municipales avec les 45 maires qui auront été élus. Ce qui ne nous empêche pas de réfléchir dès aujourd’hui au programme, mais je continue à penser qu’il est important que ce soit un maire qui soit candidat à la présidence de Saint-Etienne Métropole ». Cette union, « c’est une bonne nouvelle pour nos sympathisants et les militants et c’est sans doute une mauvaise nouvelle pour Maurice Vincent et le Front national ».

C’est au tour de la presse de poser des questions : « les membres du Parti radical et Nicole Forest, présidente du Nouveau Centre, qui ont été exclus ou suspendue de leur parti pour avoir choisi de rallier Gaël Perdriau en octobre seront-ils réintégrés ? » « Ça m’empêche de dormir », ironise Georges Ziegler éludant la question. Plus anecdotique : est-ce que le camping-car de campagne de l’UDI sera intégré à celle des candidats d’union ? « Nous ne l’utiliserons pas : il n’y a que deux couchettes », s’amuse Gaël Perdriau. L’ambiance est très détendue, le soulagement d’être enfin parvenu à s’entendre manifeste. Ceux qui dans l’histoire rient beaucoup moins, ce sont les responsables du Parti radical de la Loire. Ils disent avoir appris l’accord en lisant l’article de L’Essor Affiches publié la veille sur son site Internet. « Georges Ziegler ne nous a pas appelés », affirme l’un des membres du bureau. La pilule a du mal à passer et le Parti radical saura s’en souvenir.


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[1] Entretien avec Michel Thiollière, 20 mars 2013.

[2] Entretien avec Olivier Barbé, ibid.



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