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Numérique : Lutter contre la fuite des cerveaux

Isère le 19 juin 2014 - Laurent Marchandiau - Actualités - article lu 1698 fois

Numérique : Lutter contre la fuite des cerveaux
D'ici 2015, un million d'informaticiens manqueront en Europe. Mauvaise anticipation des pouvoirs existants, explosion de la filière numérique ? Les causes sont multiples. L'occasion, pour les organisateurs du Forum d'emploi grenoblois Job'Innov(*), de faire un point sur ce secteur.

Il dispose d’un poids économique grandissant.

L’an dernier, le secteur du numérique a généré 49,2 Md€ de chiffre d’affaires (CA) selon le Syntec Numérique, le syndicat professionnel de l’écosystème numérique français. Près de deux fois plus que le CA de l’industrie du médicament en France (27,5 Md€), le secteur compte également deux fois plus d’emplois que l’industrie aéronautique et spatiale (162 000 salariés) avec plus de 365 000 collaborateurs et 559 000 informaticiens, dont 40 000 sur le bassin grenoblois. Et pourtant ! Face à l’explosion d’Internet, des nouveaux usages (Cloud par exemple), des terminaux mobiles (smartphones, tablettes) ainsi que du manque d’anticipation des pouvoirs publics, la France comme l’Europe se retrouve confrontée à une difficulté. Dès l’an prochain, l’Union Européenne aura besoin d’un million d’informaticiens. Le problème, c’est qu’elle ne les a pas !
Malgré l’essor des technologies, le secteur souffre de nombreux préjugés. On l’imagine boutonneux, ne sortant pas de son bureau, constamment en train de taper des lignes de codes sur clavier. L’informaticien pâtit de cette image. La réalité est tout autre. Le numérique se compose de différents métiers allant de la conception / développement à la gestion des systèmes d’exploitation et réseau jusqu’à la conduite de projets et la commercialisation. « Ce sont des métiers où l’on ne peut pas se permettre d’arrêter 2 ou 3 ans si l’on veut être performant », souligne Yves Denneulin, professeur des universités enseignant les systèmes d’exploitation et la sécurité,  et administrateur provisoire de Grenoble INP – Ensimag. Pour Jean-Pierre Verjus, conseiller du président de l’INRIA Grenoble et pilote de l’initiative Digitale Grenoble afin de soutenir la candidature de Grenoble à la labellisation French Tech, « le numérique est un écosystème qui repose sur un métier fort, l’informatique. Or, nous avons beaucoup de mal à attirer les jeunes vers ces métiers-là ! » Les solutions existent à l’image de l’initiative du patron de Free, Xavier Niel avec son école 42 dont l’objectif est d’aller chercher des personnes qui n’ont pas de diplôme dans ce secteur, mais des connaissances en informatique. Ou encore d’amener des étudiants d’autres filières souhaitant se reconvertir en créant davantage de passerelles. Pour 2015, il ne faut pas se leurrer. À l’image du BTP ou de la restauration dans les années 70-80 qui avaient massivement « importé » des travailleurs étrangers, l’Europe sera probablement amenée à faire de même.
Ce manque d’informaticiens en Europe reste symptomatique d’une société qui n’a pas su anticiper les évolutions technologiques futures. Or, s’il n’est pas impossible de trouver la perle rare sur le vieux continent, les entreprises multiplient les canaux de recrutement. « En cinq ans, nous sommes passés de trois personnes à 150», indique Rodrigue Le Gall, cofondateur de Bonitasoft, un éditeur grenoblois développant des solutions open source de business process management (BPM). « Face à notre forte croissance, nous avons dû recruter à tour de bras en évitant les mauvais profils. C’est compliqué. Les personnes privilégient la sécurité apparente des grands groupes avec des salaires alléchants. Il a fallu que nous nous battions en communiquant par l’intermédiaire des médias, de Grilog, auprès des écoles et sur les réseaux sociaux (Twitter, linkedin, Viadeo notamment) », précise Rodrigue Le Gall. Une fois recruté, il faut également savoir garder ses salariés. « Nous sommes dans une société plus individualiste ou l’on ne fait plus toute sa carrière au sein d’une même boîte. Les personnes restent si le travail est intéressant. Il faut que la mission qui leur est confiée soit passionnante. Le cadre de travail doit lui permettre aussi de développer ses compétences, d’avoir certaines responsabilités, tout en lui laissant de la latitude pour qu’il prenne des initiatives. Contrairement aux autres pays, les français sont fidèles en entreprises. Je préfère recruter ici, car je suis sûr que je pourrais les garder au moins 2 ans. » Même constat pour Stéphane Rivière, fondateur de la PME grenobloise Talentéo. « Les réseaux sociaux sont un point d’entrée pour un éventuel recrutement. Par exemple, le PDG de Spartoo Boris Saragaglia préfère redonner une formation technique à une personne qui a la culture d’entreprise correspondante plutôt que sur son seul cursus. » Une chose est certaine, l’avenir de la filière numérique dépendra des entreprises et du contexte économique favorable pour garder les jeunes talents en Europe qui, aujourd’hui, tendent de plus en plus à se faire capter par de grands groupes pour la plupart étrangers.

Laurent Marchandiau

* La 7e édition du Forum grenoblois Job’Innov se déroulera le 25 septembre prochain. Son but : aider les PME innovantes à recruter de nouveaux talents.



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