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Elections : L'abstention gagne des voix

le 23 mars 2014 - Daniel Brignon - Politique - article lu 1089 fois

Elections : L'abstention gagne des voix
L'abstention sera une donnée majeure des élections municipales prochaines tant pour l'effet de levier qu'elle peut constituer pour les partis d'opposition à la majorité nationale, que par la crise de la démocratie participative qu'elle peut à nouveau manifester.

Les présidentielles sont les élections qui recueillent toujours le plus de participation. Mais force est de constater que les élections locales connaissent une désaffection de la part des électeurs.

L’abstention ou les électeurs ne se rendant pas aux urnes se contient autour de 20 %, après une poussée historique à 28,4 % au 1er tour de 2002 suivi d’une chute à 16,2 % en 2007. Les municipales suivent dans l’intérêt qu’y portent les électeurs avec des taux d’abstention longtemps contenus sous Ve République à moins de 25 % jusqu’aux années 1980, même descendus à des valeurs approchant celles de présidentielles en 1965 (21,8 % d’abstention), en 1977 (21,1 %) et 1983 (21,6 %). Depuis cette dernière élection de 1983, l’abstention n’a cessé de progresser, gagnant près de 6 points supplémentaires en 1989 (27,1 %), 3 points de plus en 1995 (30,6 %), 2 points de plus en 2001 (32,6 %), et 1 point en 2008 (33,5 %), le taux d’abstention jamais atteint au municipales. La courbe ascendante qui toutefois s’arrondit, va-t-elle se prolonger en 2014 ? C’est l’inconnue de ces élections difficile à évaluer à travers les sondages, les électeurs ayant tendance à sur-déclarer leur intention de voter, arguent les instituts de sondage, qui croient lire néanmoins dans leurs observations une probabilité d’abstention plus forte en 2014, voire « potentiellement beaucoup plus élevée ».

Une abstention porteuse de sens

L’abstention des électeurs inscrits sur les listes électorales, celle qui est comptabilisée, est d’abord sociologique, le fait d’électeurs en souffrance d’intégration sociale, un abstentionnisme passif, de l’indifférence, c’est le socle de l’abstentionnisme traditionnel. Il se double depuis près de 30 ans d’un abstentionnisme que Pascal Perrineau appelle « abstentionnisme dans le jeu », autrement dit actif, militant, de rejet ou contestataire, qui aurait explosé, représentant les deux tiers des abstentionnistes aux élections de 2002, présidentielles et législatives, qui avaient vu l’abstention s’élever respectivement à 28,4 % et 35,6 %, selon Pascal Perrineau, qui observe une montée régulière de ce type d’abstention, la grève des urnes, qui remet en question le principe même de la démocratie participative.

Aux municipales 2014, la première élection après l’alternance politique nationale de 2012, un autre type d’abstention est redouté, l’abstention sanction, qui consiste pour l’électeur à refuser son vote au parti qui a ses faveurs, manifestant sa déception devant la politique conduite nationalement par ce même parti au pouvoir. On avait perçu nettement ce phénomène émerger aux municipales de 2008, où les électeurs de la droite et du centre avaient boudé les urnes, déçus de la politique conduite par Nicolas Sarkozy élu en 2007. Cette défaillance de la mobilisation à droite avait coûté de nombreuses villes passées à gauche, une trentaine de plus de 30 000 habitants. Aux prochaines municipales ce sont cette fois les électeurs socialistes ou de gauche qui pour sanctionner la politique nationale préféreraient non pas voter pour les listes adverses mais choisir de s’abstenir. L’abstention sanction alternative au vote sanction, constitue le risque majeur pour les partis au gouvernement.

L’exception

L’abstention progresse à toutes les élections, sauf à une exception notoire, historique, aux présidentielles de 2007. L’abstention était de 28,4 % au premier tour des présidentielles antérieures de 2002, qui avaient vu la réélection de Jacques Chirac dans un duel historique au 2e tour contre Jean-Marie Le Pen. L’abstention chute au premier tour des présidentielles de 2007 à 16,23 %, avec donc 12 points de moins qu’en 2002. Il faut remonter à l’élection de Valéry Giscard d’Estaing en 1974 pour retrouver un taux d’abstention a peu près identique, il était au premier tour de 15,7 %. « Cette inversion de tendance indique sinon une franche réconciliation en tout cas la fin d’un cycle politique associé au mitterrandisme et au chiraquisme, au cours duquel le lit d’un abstentionnisme à la fois sociologique et politique s’était peu à peu creusé », commente Anne Muxel, directeur de recherche au Centre de recherche politique, ajoutant que la mobilisation électorale en 2007 est générale, concernant « toute la population et l’ensemble du tissu social ».

La question de la clarté des enjeux et de l’offre politique incarnée en l’occurrence par une nouvelle génération politique (Nicolas Sarkozy face à Ségolène Royal) est ainsi posée. Le débat était en 2012 un peu moins attractif à en juger par le résultat : une abstention qui remonte à 20,52 %, sans atteindre toutefois les 28,4 % de 2002.

Les jeunes incriminés ?

L’abstention interroge sur l’attitude des jeunes électeurs, et dans quelle mesure elle pèse sur l’évolution croissante de l’abstention. Les jeunes électeurs (18-24 ans) représentent 13 % du corps électoral, de quoi peser de façon significative sur les résultats. Ils sont, observe Anne Muxel, « plus abstentionnistes », mais surtout inconstants. Le vote est considéré comme un moyen d’expression privilégié par 59 % des Français, cette proportion s’abaisse si l’on interroge les jeunes de 18 à 24 ans déclarant le vote en premier lieu comme moyen d’expression à 53 % seulement, mais ce n’est pas négligeable. Ce qui caractérise le vote des jeunes est le caractère moins systématique et inconstant comme l’observe Anne Muxel : « Les jeunes font l’usage d’une citoyenneté de plus en plus intermittente, marquée par un lien plus ténu à l’obligation de voter et par des allers-retours entre le vote et l’abstention ». Ainsi aux présidentielles de 2007, les jeunes se sont-ils massivement rendus aux urnes à 84 %, pratiquement dans la proportion de l’ensemble de l’électorat (86 %), ils ont en revanche manifesté plutôt un retrait devant les consultations intermédiaires qui se sont déroulées pendant le quinquennat de Nicolas Sarkozy, culminant aux élections européennes de 2009, où 7 jeunes sur 10 ne sont pas allés voter (70 % des 18-24 ans et 72 % des 25-34 ans). Pour les jeunes encore, de manière encore plus aiguë, se pose la question de la clarté des enjeux et surtout des perspectives qu’offrent les propositions électorales.

Daniel Brignon

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