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Montagne - Alpe-d’Huez - Le lac artificiel le plus haut d’Europe

Isère le 09 août 2014 - Laurent Marchandiau - Actualités - article lu 2691 fois

Montagne - Alpe-d’Huez - Le lac artificiel le plus haut d’Europe
Les 180 000 m3 de déblais enlevés suite aux travaux de terrassement et de minage ont été entièrement recyclés sur le site dont 130 000 m3 utilisés comme remblais et 50 000 m3 comme matériaux drainants pour le géocomposite de retenue (© Serge Ferrari)

C’est la plus haute d’Europe et l’une des plus importantes avec ses 165 000 m3 d’eau.

Sous le regard du glacier de Sarenne, les travaux de la retenue de l’Herpie suivent leur cours pour une mise en eau fin août. Objectif : assurer l’enneigement de la piste mythique de la Sarenne de l’Alpe-d’Huez, avec ses 16 km de descente partant du sommet du Pic Blanc culminant à 3300m d’altitude jusque dans les gorges du village d’Huez (1500m). « Les quantités de neige  (enregistrée depuis une quinzaine d’années)  s’amenuisaient et rendaient la situation un peu critique quant à l’enneigement attendu par les amoureux de la nature et de sensations fortes », affirme Christian Reverbel, directeur des pistes de l’Alpe d’Huez depuis 1970 et responsable des travaux de l’Herpie pour le compte de la SATA (Société d’Aménagement Touristique de l’Alpe d’Huez et des Grandes Rousses.) Et ce n’est pas peu dire ! La piste n’était ouverte que 50 jours en moyenne ces derniers temps.

Un chantier d’exception

Onze ans d’études diligentées par la SATA – maître d’ouvrage – accompagné par le bureau d’études Alpes Ingé, ont été nécessaires à sa mise en œuvre. « Ce fut un travail de longue haleine au cours duquel nous nous sommes rapprochés de la Cemagref (Institut de recherche en sciences et technologies pour l'environnement) ainsi que de la DREAL Rhône-Alpes afin de savoir si l’eau fondue, retransformée en neige artificielle, permettrait de protéger le glacier », indique Christian Reverbel. Afin de limiter l’impact sur l’environnement un inventaire de la faune et de la flore, mais aussi piscicole en partie basse de la piste a été réalisé pour aboutir à ce projet composé de trois éléments distincts : le lac artificiel d’une part de 165 000 m3 : « alors que les retenues moyennes disposent d’une capacité de 70 000 m3 à 100 000 m3 », confie  Franck Machet, ingénieur géotechnicien chez Alpes Ingé du bureau d’études isérois  – et d’autre part, les installations techniques abritant les pompes et compresseurs d’air ainsi qu’un réseau de canalisations alimentant les 72 enneigeurs disposés sur 70 % de la piste. Rien n’a été laissé au hasard. « Ce site s’avère stratégique. C’est une cuvette rocheuse naturelle sans barrage garantissant sa stabilité », précise Franck Machet. Pour sa réalisation des travaux de minage ont été entrepris en juillet 2013 qui a permis d’évacuer 180 000 m3 de déblais intégralement recyclés sur site dont 130 000 m3 utilisés comme remblais pour ériger une digue de retenue en aval de l’ouvrage. Les 50 000 m3 restants ont été employés comme matériaux drainants au fond de la retenue ainsi que pour habiller les talus intérieurs avant la mise en place du dispositif d’étanchéité.

Une géomembrane made in Isère

Une fois les travaux de terrassement achevés dans des conditions climatiques lourdes en raison de l’altitude et des aléas de la montagne, ce lac artificiel est recouvert d’une géomembrane sur mesure élaborée par le leader de la filière des membranes composites, le groupe isérois Serge Ferrari. « La résistance mécanique de la géomembrane « Précontraint 1215 » de Serge Ferrari – 100 % recyclable - garantit une parfaite étanchéité à l’installation », précise la maîtrise d’œuvre. Et Jean-Louis Maréchal, consultant expert pour Serge Ferrari d’ajouter : « Sa résistance à la rupture affiche 550 daN/5cm quand les géomembranes classiques affichent environ 100 daN. Sa capacité à encaisser les variations thermiques et contraintes de haute altitude - telles que les avalanches, chutes de pierres, etc. - est optimale. Ce procédé peut s’adapter à des températures extrêmes et aux amplitudes pouvant varier, ici au cœur de la retenue de l’Herpie, de - 50°C à + 50°C. » Concrètement, un géocomposite drainant (en blanc sur les photos), spécialement conçu par le fabricant de géotextile italien Pavitex, recouvre le lac artificiel permettant à la fois de protéger la géomembrane Précontraint 1215 tout en drainant les petites venues d’eau provenant des talus. Au-dessus de celle-ci, la géomembrane de 1,25 mm d’épaisseur (en vert sur les photos) conçu par Serge Ferrari assure l’étanchéité tandis qu’un géocomposite – de retenue des terres – assure la stabilité des matériaux de confinement et recouvre le tout de 30 cm de matériaux rocheux (cailloux). En tout 61 rouleaux de 200 m chacun ont été acheminés par hélicoptère sur le site et assemblé sur place par soudure à air chaud par le groupement N.M.G. Etanchéité et Polen’ afin de recouvrir les 32 500 m² de la retenue de l’Herpie. La durée de vie de la membrane composite précontrainte est estimée en moyenne à 30 ans pour être par la suite entièrement recyclée. Un procédé qui avait déjà fait ses preuves lors de l’agrandissement des deux retenues d’altitude –Marmotte 1 et 2 - du domaine de l’Alpe-d’Huez. La mise en eau de la retenue de l’Herpie se fera fin août sur le torrent de la Sarenne. « Nous pulvériserons de l’eau dès la prochaine saison pendant 10h - chaque nuit - sachant qu’un enneigeur consomme environ 40 à 50 m3 d’eau/heure, et nous aurons - en totalité - 72 enneigeurs positionnés sur 70% de la piste », conclut Christian Reverbel. Par la suite, l’alimentation du lac se réalisera uniquement à la fonte des neiges du glacier de mai à juillet. Un chantier hors norme pour une piste d’exception qui devrait garantir le plaisir de glisse des amoureux de la nature tout en préservant l’environnement. 7,5 M€ ont été investis dans ce projet qui verra dans les eaux de ce lac, la Meije se refléter.

Laurent Marchandiau


La retenue de l’Herpie en bref

Sixième retenue du domaine de l’Alpe d’Huez ;
Maître d’ouvrage : SATA ;
Bureau d’études : Alpes Ingé (Isère) ;
Terrassier : Socco (Haute-Savoie) ;
Groupement d’étancheurs : N.M.G. Étanchéité - mandataire (Ain) et Polen’ (Ain) ;
Fournisseur du géotextile Pavitex : Syncotex (Isère) ;
Géomembrane Précontraint 1215 : Serge Ferrari (Isère) ;
Mise en eau de la retenue : Livraison du chantier : fin août 2014 ;
Coût global des travaux : 7,5 millions d’euros HT.



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