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Michel Granger, l'homme à l'écoute de la Terre

Loire le 28 février 2015 - Béatrice Perrod-Bonnamour - Expositions - article lu 344 fois

Michel Granger, l'homme à l'écoute de la Terre
Sebastiao Salgado - Michel Granger vu par Sebastiao Salgado

L'enfant de Roanne, devenu artiste-plasticien international, parisien depuis 45 ans, crayons, brosses, couleurs à la main, se bat depuis des lustres pour que brille la terre dans toute sa beauté. Il viendra signer son dernier livre Michel Granger, une biographie illustrée de ses principales œuvres picturales au musée Déchelette où se tiendra une exposition temporaire de ses acryliques sur toile.

Michel Granger depuis toujours se bat pour la paix, se faisant chantre de l’espérance. Et plus que jamais aujourd’hui avec les événements dramatiques qui ensanglantent la terre. En 1989 après le massacre de Tiananmen, pour rendre hommage aux étudiants, il utilisait les chenilles d’un char Leclerc, enduites d’acrylique comme un pinceau, intégrant les tanks dans son espace pictural, détournant l’objet de sa fonction. Il recommençait plus tard  avec un engin prêté par Nexter à Roanne en 1992, faisant même entrer un AMX 10 RC à l’entrée de la cour d’honneur du musée, alors qu’une immense toile était déployée sur le sol. L’expérience avait été réalisée en amont sur les aires de l’Arsenal de Roanne. L’engin de guerre s’était transformé en un colossal pinceau de 58 tonnes ! De cette audace, naissaient des empreintes aériennes que l’artiste baptisa Traces sur des toiles qui sont devenues des graphismes, monumentaux ambassadeurs de paix. « Cette idée remonte à mon enfance. Quand j’étais enfant, Impasse Branly, près de l’Arsenal, je voyais passer les chars d’assaut… Quand j’ai réalisé ces « traces » à partir des chenilles enduites de couleurs, j’ai reçu une menace « On va te faire passer sous le char. J’ai passé outre, et j’ai continué mon travail pictural ».
La paix, Michel Granger va la réaliser aussi en trois D. Qui ne connaît sa Fontaine de la Paix qui se dresse en bronze devant la Taverne alsacienne à Roanne ? L’artiste l’a sculptée à l’image d’un arbre qui enserre dans ses branches une mappemonde. Les racines de l’arbre plongent dans une nappe d’eau où palpitent des petites lumières. Ailleurs, à Sochaux dans le Doubs, une autre sculpture de la paix, s’élève à 4,50 m de haut, prise dans un vide circulaire. On la croit animée de vie tant elle capte la lumière. La paix passe aussi par l’empreinte en creux dans le verre de la silhouette de la Vierge que l’on vient prier dans la chapelle de Bonson dans le Forez.
L’homme au regard bleu, laisse palpiter son cœur pour la planète. Il est à son chevet. Ne dit-il pas « La terre est ma préoccupation majeure. Dès mes premiers dessins, j’ai abordé les problèmes écologiques. Mais attention, je ne suis pas un politicien, mais un citoyen écologiste ». « Je peins pour traverser la vie », précise Michel Granger qui porte la terre sur son cœur et à qui il donne la parole toujours sous une forme interrogative, « prosaïquement lyrique », comme le souligne Pierre Étaix. « Avec ses faux airs de Pierrot lunaire, Michel Granger réalise un travail elliptique, un travail d’épuration. Ses images sont de véritables litotes. Tout est suggéré et le spectateur saisit le message. Toutes les grandes questions touchant l’homme, le préoccupe ; son cheval de bataille : la pollution. »
Il raconte aussi les « villes tentaculaires » aux buildings escaladant le ciel. Telle New York nimbée de bleu à la Klein mais qui porte haut et loin les couleurs Granger. Dans l’immensité de la ville, on reconnaît la solitude du passant.
Michel Granger affiche sa passion pour la nature. Ne se ressource-t-il pas chaque Noël à Saint-Nicolas-des-Biefs où se niche la maison familiale. Les arbres qu’il peint élèvent leurs branches en feuilles pleines d’espérance. Et quand il « écorche » leurs peaux, c’est pour mieux montrer la force de leurs racines.
Michel Granger, c’est « un cœur qui écoute ». « L’art de Granger est un examen de conscience », selon Cousteau, fait d’humour et d’amour.

Béatrice Perrod-Bonnamour
Exposition du 3 au 31 mars au musée des Beaux-Arts et d’archéologie J.-Déchelette. Séance de signature de son dernier livre Michel Granger, mercredi 4 mars à partir de 15 h 30 au même musée.

Un art universel

Né à Roanne, en 1946, Michel Granger a fait les Beaux-Arts de Lyon. En 1968, il est à  Paris. Il publie un premier dessin dans le Journal Record. Suit une collaboration artistique dans plus de trente titres français dont Pilote et dans nombre de journaux étrangers. Il est à la « une » des magazines. Et sur TF1 pendant dix ans illustre le 20 heures. Ses dessins se retrouvent sur de nouveaux supports : couvertures de pochettes de disques (Jean-Michel Jarre), sur des affiches du Roannais (Biennales du Textile, Arts de la Table). Il fait passer le message des associations : Croix Rouge française, Reporters sans frontières, Fondation Cousteau, Unicef, Unesco. Il écrit une dizaine d’ ouvrages, notamment, Saute d’humour, l’État des lieux, La Surface corrigée, Sens dessus-dessous. Il vient de publier Michel Granger Chez Delpire.
Michel Granger expose en ce moment à Backer Straase à Berlin.



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