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Michel barnier : « il nous faut susciter une nouvelle audace européenne »

Loire le 19 avril 2014 - La Rédaction - Actualités - article lu 34 fois

Michel barnier : « il nous faut susciter une nouvelle audace européenne »
(D.R.)

Les prochaines élections européennes auront lieu le  25 mai 2014 en France.

Le taux d'abstention aux élections municipales a battu des records, et on craint encore un taux plus important aux élections européennes. Comment intéresser les peuples européens et notamment le peuple français à l'enjeu européen ?

Le seul moyen de lutter contre l'indifférence ou la démagogie, c'est la démocratie. Le débat citoyen est primordial, les députés européens, les élus, les acteurs économiques, sociaux, culturels et cultuels doivent s'engager dans le débat, il y a des choses à dire, d'autres à faire. Je sais que c'est difficile. En 2009, j’étais tête de liste, et nous avions gagné la campagne sur cette ligne-là : clairement pro-européenne, mais sans naïveté, et pas euro-béate, mais l’abstention avait été là aussi trop importante. Il n’y a pas de fatalité, la démocratie européenne n'est pas hors sol. Il faut assumer son choix européen, écouter les gens, et ne pas avoir l'Europe honteuse, ou vouloir crier plus fort que M. Le Pen ou J.-L. Mélenchon.

Comment réfuter ces arguments qui trouvent tant d’écho ?

Il faut combattre cette mauvaise habitude d'européaniser les échecs et de nationaliser les réussites. Bruxelles n'est pas la cause des maux de la France, ce n'est pas la Commission européenne qui est responsable de la dette de la France qui atteint 94 % de son PIB. Je pense qu'il faut que les politiques européennes soient plus lisibles et que les commissaires, les députés européens réalisent un débat après vote des politiques sur les territoires. Il est temps de muscler l’économie numérique, la politique énergétique et la stratégie industrielle des Européens. Il faut aussi accélérer la mise sur pied d’une diplomatie commune. Moins de complexité et de bureaucratie et plus de politique.

Si vous deviez définir le dossier comme le plus marquant de ce mandat pour notre économie ?

Sans nul doute, le rétablissement de la stabilité financière car avec la stabilité fiscale, ce sont les bases de la croissance. La crise de 2008-2009 a tout cassé et nous avions l'impérieuse nécessité de rétablir les conditions de la stabilité. Plus de 28 lois de régulation ont été mises en route. L'union bancaire est réalisée et c'est une véritable révolution. C’est un grand pas en avant pour empêcher que les crises bancaires pèsent sur les finances publiques, et donc sur les contribuables européens. C’est un vrai engagement des 6 000 banques de la zone Euro de se remettre au service de l’économie réelle.

« Moins de règlementation et plus de politique »

Le niveau régional, échelon de référence dans la gestion des Fonds européens en France, est-il (en termes de périmètre) pertinent aux vues des autres régions européennes ?

Le gouvernement a décidé de décentraliser la gestion des fonds européens et c'est une bonne décision, mais il est vrai que toutes les Régions ne se ressemblent pas et qu'au XXIe siècle, on ne peut gérer le territoire français comme au XIXe siècle. Il faut que nous soyons en mesure de dialoguer avec les autres grandes régions européennes.

La complexité croissante dans la gestion des fonds ainsi que la multiplication des contrôles n’entraînent-elles pas un risque que les dossiers soient plus axés sur la forme que sur le fond ?

Dans l'attribution des fonds, l'emploi et la compétitivité sont la priorité et c'est la qualité du dossier qui prime. Il y a des marges de progrès pour simplifier les fonds, tout en luttant contre les dérives de corruption. Il faut moins de règlementation et plus de politique. Nous ne sommes pas condamnés à acheter des produits et des technologies fabriqués par les Chinois ou les Américains. Il est temps de muscler l’économie numérique, la politique énergétique et la stratégie industrielle européenne. L'Europe définit les cadres d'une vraie stratégie de compétitivité industrielle. Il nous faut susciter une nouvelle audace européenne.

La France a enregistré en 2013 un déficit public de 4,3 % du PIB. Ce chiffre rend encore moins accessible l’engagement de revenir 2015 à 2,8 %, sous la barre des 3 % exigée par les traités européens ? Quel message adresseriez-vous au gouvernement de Manuel Valls qui entame une nouvelle étape ?

Un message de détermination et de courage pour réussir. Les pays qui fonctionnent dans la zone Euro ont tous stabilisé leur situation financière par la réduction des dépenses publiques. D'ailleurs, ce n'est pas Bruxelles qui tient seul cette position, il suffit de lire le rapport de Louis Gallois commandé par le Président de la République, tout est écrit dedans. Ce n'est pas sérieux pour les générations à venir de continuer à augmenter la dette, alors même que la charge de cette dette française de 46,5 Md€ représente plus que le budget de l’éducation nationale.

Le Président Hollande lors de la feuille de route à son nouveau Premier ministre a indiqué : « Le gouvernement aura aussi à convaincre l’Europe que cette contribution de la France à la compétitivité et à la croissance doit être prise en compte dans le respect de ses engagements. Car renforcer l’économie française, c’est la meilleure façon de réorienter l’Europe ». Quelle réponse cela vous inspire-t-il ?


Les pays européens sont prêts à le faire, si la France mène à bien ses réformes. Il y a eu des avancées notamment avec le CICE, mais la France doit aller plus loin et plus vite. Comme l'a indiqué Michel Sapin, ministre des Finances, « si la France est faible, c’est l’Europe qui va mal ». La dette doit être maîtrisée et consacrer aux investissements d'avenir. Ce n'est pas pour Bruxelles qu'il faut atteindre cet objectif, mais pour la France, qui a besoin de réformes pour pouvoir créer de nouveaux emplois et être plus compétitive.

Certains eurosceptiques proposent que la Banque centrale européenne rachète massivement, comme l’ont fait ses homologues anglaise, américaine, les dettes publiques. Que leur répondez-vous ?


C'est oublier qu'en Europe, chaque banque centrale agit en fonction des caractéristiques de son état et de ses territoires. Les états-Unis sont un état fédéral, l’Europe comprend 28 pays. La BCE est très active et respecte cette indépendance des états. Notre économie était bloquée, et il fallait reconsolider un marché interbancaire très important. Le taux d'acceptation de financement d'entreprises était de 83 % en Allemagne, contre 45 % en Italie ou en Espagne, et 23 % en Grèce. C'est pourquoi l'union bancaire est si importante, pour contrer cette fragmentation.

« Le droit de véto, un frein à l'Europe »

La règle de l'unanimité n'est-elle pas préjudiciable à une Europe forte ?


Le droit de véto est un frein à l'Europe. Pour exemple, la loi fiscale européenne ne peut avancer qu'avec la règle de l'unanimité. Concernant la règlementation, la règle de la majorité qualifiée permet de construire. Ainsi en moins de deux ans, nous aurons mis sur pied le brevet européen qui rentre en application l'année prochaine. Jusqu'alors, quand un brevet aux états-Unis coûtait 3 000 €, il fallait environ 30 000 € pour protéger un brevet en Europe.

Enfin, si vous devriez délivrer un message fort vis-à-vis des électeurs pour croire en l’Europe et voter dans 5 semaines ?

Je dirai : regardez le journal télévisé, et observez ce qui se passe dans le monde. Certains pays ne nous attendent plus pour se développer, l'Inde, le Brésil? On ne peut imaginer n'être que des sous-traitants demain d’autres continents. On peut rester patriote et être européen. Comment rester libre, si on n'est pas ensemble ? C'est la condition sine qua none pour compter dans le monde, et construire une Europe plus forte.


Michel Barnier vient de faire paraître son nouvel ouvrage Se reposer ou être libre, Gallimard.


José Manuel Barroso : son message à la France

« La France c’est de loin le pays où les entreprises payent les impôts les plus élevés, c’est un problème pour la croissance, l’emploi. Je crois dans les capacités de la France à relever les défis auxquels elle est fait face. La compétitivité industrielle européenne est notre priorité politique, avec en ligne de mire un objectif : atteindre 20 % du PIB européen à l'horizon 2020 alors que la place de l'industrie a constamment reculé ces dernières années pour s'établir à 15,1 % du PIB en 2013.
Nous devons privilégier l'investissement dans l'innovation, l'efficacité des ressources, les nouvelles technologies, les compétences et l'accès au financement, autant de domaines où le recours à des fonds européens spécifiques pourra servir de catalyseur notamment avec le futur programme cadre de recherche Horizon 2020 qui entre en vigueur cette année, doté de plus de 80 Md€ sur 2014-2018. Ou encore des fonds structurels à la disposition des états et régions et qui s’élèvent à 100 Mds € sur la même période. J’invite le prochain Conseil et le prochain Parlement à renforcer l'industrie, dans les domaines de l'énergie, des transports, de l'espace et des réseaux de communication ou encore l’accélération de normes communes dans le domaine des véhicules électriques. Enfin, j'ai lancé un appel à tous les grands partis politiques européens à présenter un candidat au poste de président de la Commission pour les élections européennes en juin 2014 qui donnerait une dimension européenne aux élections. Les partis pourraient ensuite expliquer ce qu’ils veulent pour l’Europe. »



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