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Les travailleurs indépendants se révoltent

Loire le 30 janvier 2015 - Aline VINCENT - Économie - article lu 94 fois

Les travailleurs indépendants se révoltent

La culture de la manifestation n'est pas dans leurs gènes. Pourtant, un mouvement de travailleurs indépendants mécontents grandit en France en réaction aux prélèvements du RSI « aussi démesurés qu'arbitraires ». Ceux de la Loire, du Rhône et du Puy-de-Dôme se regrouperont à Roanne ce lundi 2 février.

Lundi 2 février, les commerçants, artisans et travailleurs indépendants mécontents des départements de la Loire, du Rhône et du Puy-de-Dôme se rassembleront à Roanne. Ils partiront de la place de la Loire et rejoindront la sous-préfecture, représentant de l'Etat. Le mouvement parti de Carcassonne en octobre 2014 gagne toute la France. Ce qui a mis le feu poudre : les appels de cotisations du RSI pouvant remonter à plusieurs années considérés comme arbitraires et disproportionnés.

Autre aiguillon : l'absence d'interlocuteur à toute demande de justification. « Le dialogue est impossible, les lettres recommandées restent sans suite. témoignent les trois indépendants porte-parole de la Loire, Claude Bonot, agent immobilier et Laurent Blettery, pâtissier-chocolatier, pour Roanne et Cindy Berger, coiffeuse, pour Saint-Etienne. Tout refus d'obtempérer ou impossibilité de payer est suivi de procédures contentieuses. Le mouvement a été déclenché suite au nouveau suicide d'un indépendant. On en parle moins que pour d'autres professions, mais en 2014, 300 travailleurs indépendants ont mis fin à leurs jours après s'être retrouvés dans des situations devenues insupportables ».

« Le système est devenu fou et la machine aveugle »

En décembre, la première réunion roannaise a rassemblé une centaine de personnes. Chiffre multiplié par 4 lors de la seconde du 5 janvier. Le rassemblement prévu à Saint-Etienne le 12 janvier ayant été annulé en raison des attentats perpétrés à Paris, Roanne reprend le flambeau ce 2 février. « Les défaillances des TPE, premier employeur de France, se multiplient. Nous connaissons tous des difficultés croissantes à exercer notre métier, à garder notre activité à flot alors que les obstacles se multiplient année après année. Le RSI, sensé nous garantir contre les aléas de la santé et de la vieillesse, a été détourné de son objectif pour ne devenir qu'une simple caisse enregistreuse. Le système est devenu fou et la machine aveugle. Nous ne sommes pas des nantis ni des profiteurs du système. Nous acceptons la discipline républicaine, le partage, la contribution aux dépenses communes, mais nous refusons de faire plus que ce qui est supportable. En conclusion, nous voulons vivre de notre travail, et c'est ce qu'on est en train de nous enlever, nous obligeant à mendier des délais, des remises, bref, à faire l'aumône. Notre indépendance nous fragilise face à un système organisé. Elle est devenue un handicap dans la bataille pour notre survie ».

Quant aux revendications, elles ne se limitent plus aux injonctions de payer. Elles ont cristallisé le sentiment d'injustice cumulé depuis longtemps. Claude Bonot, Laurent Blettery et Cindy Berger énumèrent les points sur lesquels le secteur est bien déterminé à obtenir des avancées. « Au niveau de cotisations devenu démentiel, s'ajoutent les conditions d'indemnisation avec 7 jours de carence tandis que le gouvernement a supprimé le seul jour imposé aux fonctionnaires », des retraites faméliques qui ne nous permettront pas de survivre ». « Les directives viennent du gouvernement » ont expliqué lors de la dernière réunion, les représentants du RSI « venus affronter le collectif roannais avec courage » admettent les organisateurs roannais. « Plusieurs mouvements sont restés jusqu'ici sans effet faute de cohésion. Cette révolte ne sera efficace que si elle est collective, déterminée dans l'action et dans la durée ».

Aline Vincent.

Le RSI, opérateur de l'Etat Claude Villard, président RSI du Rhône (élu), ancien indépendant, rappelle que le RSI n'est que l'opérateur de l'Etat dont il applique la réglementation. « Il y a plusieurs sources de mécontentement. On part déjà d'une incompréhension. Le RSI ne se limite pas à la couverture maladie. Il englobe aussi la retraite, la CSG et le CRDS (contribution remboursement de la dette sociale). Enfin, il se rajoute à l'impôt. En 2008, l'Etat a demandé un rapprochement du prélèvement des cotisations avec l'Urssaf. Or, les systèmes informatiques incompatibles ont engendré des oublis et un cumul de retards de cotisations ». Les appels d'aujourd'hui seraient la conséquence d'un rattrapage. « Par ailleurs, on ne nous donne pas les moyens humains de traiter les dossiers.» Claude Villard regrette qu'après la dernière réunion, 3 demandes seulement soient parvenues au RSI malgré l'invitation formulée dans ce sens.



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