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Archéologie : Les momies de Roanne se réveillent

Loire le 14 mars 2015 - Béatrice Perrod-Bonnamour - Culture - article lu 815 fois

Archéologie : Les momies de Roanne se réveillent
Béatrice Perrod-Bonnamour

Avant d'apparaître dans toute la force de leur beauté fragile pour tout l'été au musée des Beaux-Arts et d'Archéologie J.-Déchelette, les quatre momies de Roanne et leur sarcophage ont suivi une cure de jouvence.

Elles sont 4 momies figurant dans les belles collections égyptiennes du musée. Elles sommeillaient. Jusqu’au jour où Camille Perez, conservateur des lieux, découvre effarée  les sarcophages infectés par des insectes. Ils ont même grignoté les momies endormies à l’intérieur de leur cercueil. Aussitôt, celles-ci sont sorties de leur réserve pour ne pas tomber en poussière.

La plus jeune se prénomme Nesyamon. Elle chanta dans les années 1000 av. J.-C., dans le temple thébain, sous la XXIe dynastie, pour le dieu Amon, dieu de l’univers. La « jeune maîtresse de maison »  mourut à environ 16 ans, d’après un scanner passé à l’hôpital de Roanne, il y a plus de 10 lustres. Et c’est en 1892 « dans ses bagages » que Joseph Déchelette alors conservateur,  avec d’autres objets funéraires en provenance des fameuses cachettes de Deir-el Bahari, rapporta la jeune momie entourée de bandelettes, couchée dans son beau sarcophage en sycomore, peint et sculpté.

Trois autres momies, en dépôt, ont rejoint en 1991 « la jeune fille » de quelque 3 000 ans en 1991 : Nesykhonsou, Tjesisetperet et une autre dame sans nom respectivement en provenance du musée de Bourg-lès-Valence, de Cluny et d’Aix-les-Bains. Mais que de vicissitudes.

Des souris nichées dans la poitrine

Nesykhonsou fut achetée par un quidam qui l’apporta à Bourg-lès-Valence sans la léguer au musée. Montée dans un grenier, les souris firent leur nid dans sa poitrine. Ses bandelettes bouleversées voire croquées. Donnée en cadeau au maire de la ville, la momie séjourne 20 ans dans un coin de la salle du conseil. Des journalistes s’inquiètent de ce qu’elle a dans le cœur et veulent lui ouvrir le ventre… Heureusement une employée municipale s’y oppose et elle arrive à Roanne.

Tjesisetperet comme Nesyamon est issue aussi  de Thèbes (Louxor), d’une grande famille.  C’est grâce à l’égyptologue Maspéro qu’elle a rejoint la France, après avoir bourlingué de salle des ventes en salle des ventes. Achetée à l’issue d’un voyage en Égypte par un certain Pierre Grand, appelée Grand Pacha, dans son sarcophage « vissé » à l’étroit, elle arrive à Marseille en pleine canicule et reste dans un entrepôt. Envoyée à Cluny, réceptionnée à la gare par deux individus qui ouvrent le sarcophage, coupent les bandelettes, ouvrent le ventre de la momie. Conséquences : côtes, mâchoires et dents sont cassées. La momie s’est-elle vengée ? Ses tortionnaires ont mal fini dit-on. En 1991, le sarcophage attendu à Roanne seul en dépôt, contient aussi la momie.

Quant à la momie « sans nom ». Elle  arriva à Aix-les-Bains fin du XIXe, puis fut envoyée en dépôt en 1991 à Roanne. Ses bandelettes sont recouvertes d’un  goudron noir, épais. Les pieds sont délabrés. Pas de calfeutrage sous-cutané. Mal manipulée à Aix, elle arriva en trois morceaux à Roanne. « Elle a 70 ans et des caries » s’amuse Camille Perez.

Suite à l’attaque des insectes, les méfaits de la chaleur sous les combles, les momies malades et leur sarcophage ont été envoyés chez des  spécialistes.

40 épingles et des clous rouillés

À Lyon, Nesyamon, lors d’une toilette de dépoussiérage « a retrouvé des couleurs » ou plutôt ses bandelettes.  Véronique de Burhen  du laboratoire de restauration des textiles a retiré 40 épingles et clous rouillés des bandelettes et du corps puis a protégé la jeune momie d’un voile de soie, « sa robe du soir », pour affronter à nouveau plus de 120 ans de regards. Puis, les quatre momies, leur sarcophage ont été irradiés au Centre Arc Nucléart de Grenoble. Tous les insectes ont été tués. Retour à Roanne. Ursula Mariak , Emilie Blanc de l’atelier grenoblois éponyme procèdent  à la consolidation et conservation des sarcophages.

En juin prochain, le public retrouvera dans tout leur éclat, les momies et leur cercueil.

Béatrice Perrod-Bonnamour

 

Questions à Ursula Mariak et Emilie Blanc

Cela ne vous perturbe pas de travailler sur des momies, ce sont tout de même des restes de corps humains ?

Nous respectons le côté sacré et spirituel de ce « type d’objet ». Les sarcophages, pour nous sont des œuvres d’art. Les momies sont exposées dans un cadre muséal, au milieu d’œuvres d’art. Elles sont devenues des témoins du passé.

Entre éthique et nécessité scientifique ?

La nécessité scientifique est souvent reconnue face à l’argument du respect dû au mort. Extraire les momies de leurs tombeaux, a permis de connaître l’Égypte antique et a permis d’en savoir plus sur les causes de mort d’il y a des millénaires.

On rapporte  que les premiers archéologues sont souvent morts dans conditions inexpliquées ?

Peut-être était-ce en raison de bêtes, des insectes, des serpents qui infestaient les sarcophages, les tombes.



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