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Les coulisses de la guerre de 1914 dans le Roannais

Loire le 06 novembre 2014 - Louis Pralus - Roannais - article lu 643 fois

Les coulisses de la guerre de 1914 dans le Roannais
La vie quotidienne dans le Roannais à l'époque de la guerre de 1914 (D.R.)

Le prix des marchandises revient souvent dans les lettres.

En décembre 1914, une femme de la région lyonnaise écrit à des parents de la région d'Amplepuis. « Vous me dites que vous avez vendu le martin, je trouve que vous ne l'avez pas vendu trop cher, rien que sa belle peau valait bien 5 sous. On trouve des petits fromages en boite à peu près gros comme les vôtres de vache, c'est 24 sous, le litre de vin c'est 16 à 18 sous... »
En janvier 1916, une femme de la région de Compiègne à sa sœur de Saint-Claude-Huissel. « Quand je vois les veaux à 1 F la livre et les cochons autant : un veau de 100 kg fait 200 F, cela ne s'est jamais vu et ne se reverra jamais. Vous allez profiter des bons prix cette année puisque vous avez beaucoup de bétail à vendre ! Ici le beurre est à 2,50 F la livre et les oeufs frais à 30 c la pièce. »
Conséquence de la guerre : explosion du prix de la peau de cheval ! Lettre de la fille Colas de Saint-Claude-Huissel à son père le 24 février 1915. « La maman a été lundi à la foire de Roanne pour la peau de la jument. Elle a été dans 3 tanneries. L'une lui a dit qu'ils n'achetaient pas les peaux fraîches et dans une autre elle n'a pas pu s'entendre ; dans la 3e on lui a dit que si le cuir n'est pas écorché ils la payeraient 20 F mais si elle est mal écorchée ils la payeraient une demi peau ; ils lui ont dit de bien la saler et bien l'étendre, elle se conservera 15 jours. »
Une femme de Vendranges, aisée, écrit à son mari sur le front. « En ville, les usines ne travaillent plus, on a installé partout des repas gratuits. Dans nos campagnes les gens sont moins malheureux, les travaux ne souffrent pas du manque d'hommes, on s'entraide.» Dans une autre lettre : « Il parait que le sucre manque ; nos épiceries n'en ont plus du tout et les épiciers en gros ne peuvent pas leur en vendre non plus. Il doit m'en rester une douzaine de kilos mais nous allons l'économiser. Depuis quelque temps nous ne prenons pas de café à midi. » Mais la solidarité s'organise.  « Nous avons eu la visite de M. l'abbé Legros venu avec trois enfants à pied de Roanne. Samedi, nous ferons un grand pot de compote et nous l'enverrons aux blessés de Roanne. On voit des convalescents se promener dans les rues de Roanne; les uns marchent chaussés en pantoufles, d'autres avec une main empattée. » On expédie des paquets aux poilus. « Je suis bien occupée avec l'organisation des petits paquets. Demain, on se mettra à la couture. Presque toutes les femmes du bourg sont déjà occupées au tricotage des chaussettes -des roses, des rouges, ce que nous avons trouvé dans les magasins d'ici. »
On a une idée du Noël des soldats par cette lettre de décembre 1914 d'un domestique de ferme à son patron. « Hier j'ai été à une messe qu'on a faite dans les carrières de Soissons. On a reçu des étrennes de jour de l'an : chacun une papillote et un bâton de réglisse. » Que sont devenus les villages sur le front ? En décembre 1914, un soldat du Roannais cuisinier au front raconte : « Les gens sont partis, les maisons sont presque toutes brûlées ; nous finissons de les mettre à bas pour prendre le bois afin de faire la cuisine ; si on reste encore un mois il ne restera que les maisons où on cuisine ! »
Encore une conséquence de la guerre. Un jour, entre les deux guerres, le curé et l'instituteur de Saint-Marcel-de-Félines vinrent trouver tour à tour Adrien Giroudon (grand blessé de la guerre de 14) et sa femme pour lui dire que leur fils Etienne devait continuer ses études. Le père ne répondit rien. Quelques jours après son fils le vit pleurer. A cause de ses blessures il avait de plus en plus de mal à faire son travail d'agriculteur. Alors Etienne lui promit de rester à la ferme pour le seconder et il tint promesse jusqu'à ce que son frère cadet le remplace. Le petit, doué pour les études, avait renoncé et le combattant de 14 avait retrouvé le sourire.

Louis Pralus


Au revoir là-haut !

Jean Blanchard d'Ambierle fut, à 35 ans, un des six fusillés de Vingré le 4 décembre 1914.  Dernière lettre à son épouse Michelle, le 3 décembre 1914 :  
« Ma chère Bien-aimée, c’est dans une grande détresse que je me mets à t’écrire, et si Dieu et la sainte Vierge ne me vienne en aide, c’est  la dernière fois...   Pardonne-moi tout ce que tu va souffrir par moi...  Le 27 novembre,  la nuit, étant dans une tranchée face à l’ennemi, les Allemands nous ont surpris et nous ont jeté la panique. Nous nous sommes retirés dans une tranchée arrière et sommes retournés prendre nos places presque aussitôt. Résultat : une dizaine de prisonniers à la compagnie, dont un à mon escouade. Pour cette fuite, nous  sommes six à payer pour tous. J’ai la conscience tranquille et me soumet à la volonté de Dieu. Ce qui me fait le plus souffrir, c’est le déshonneur pour toi, nos parents, nos familles mais crois le, sur notre amour, je ne crois pas avoir mérité ce châtiment. Il me reste  un petit espoir d’être gracié. La sainte Vierge est si bonne et puissante et j’ai tant confiance en elle. Notre-Dame de Fourvière, a qui j’avais promis que nous irions tous les deux en pèlerinage, que nous ferons la communion dans son église et donnerions 5 F pour l’achèvement de sa basilique ; Notre-Dame de Lourdes, que j’avais promis d’aller prier avec toi... Ma bien aimée, prend bien soin de mes pauvres parents. Nous n’avons point d’enfant, je te rends la parole que tu m’as donné de n’aimer toujours et de m’aimer que moi. Tu es jeune encore, reforme toi une autre famille.  Je te donne rendez-vous au ciel. Au revoir là haut, ma chère épouse. »



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