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Le « suicide assisté » est-il encore contesté ?

Loire le 16 janvier 2015 - Daniel BRIGNON - Société - article lu 68 fois

Le « suicide assisté » est-il encore contesté ?
DR - Le professeur Michel Debout

La poursuite au TGI de Saint-Étienne du procès de Jean Mercier, l'octogénaire qui avait en 2011 aidé son épouse à mourir, ranime le débat sur la fin de vie. Jean Mercier était accompagné mardi au tribunal par l'Association pour le droit à mourir dans la dignité, qui défend la légalisation du suicide assisté. D'autres voix cependant se font entendre telle que celle du professeur Michel Debout que nous avons sollicité.

Comment abordez-vous la question, relancée dans le débat actuel, du suicide assisté ?

Vous connaissez mon engagement pour la prévention du suicide. Je pense qu’à travers la société, la loi ne peut que prévenir le suicide et non pas l’assister. En évoquant le suicide médicalement assisté, on parle de personnes qui vivent une détresse profonde, une impossibilité de vivre. J’estime qu’il est encore possible de leur permettre de trouver des choix dans la vie, une ouverture dans la vie.
La liberté et le choix de mourir ôte tous les autres choix, toutes les autres libertés dans la vie c’est pourquoi je m’oppose au concept même de suicide médicalement assisté. Il doit être médicalement évité.

Vous en faites une question personnelle ?
Pas seulement personnelle. Ma position s’appuie sur quarante années d’engagement dans la prévention du suicide comme professeur de médecine légale et psychiatre.
Il y a souvent confusion entre fin de vie et suicide. Les personnes qui se suicident ne sont pas forcément en fin de vie et il faut chercher d’autres propositions plutôt que de les aider à disparaître. Je ne suis pas juge je n’amène pas une sentence, je peux comprendre la détresse humaine. Mais si on ne défend pas la valeur de la vie, la société ne saura plus quelle valeur défendre.
Pour ce qui est de l’accompagnement de fin de vie le débat est complètement ouvert. Il faut à mon sens observer deux principes : suivre la volonté de la personne concernée et jusqu’au bout respecter le vivant y compris à travers un soutien médicalisé pour éviter toute souffrance psychologique et physiologique.

La sédation profonde, par exemple ?
Si la personne n’a plus la possibilité de communiquer, de réagir, si elle ne souhaite pas aller au-delà, je ne suis pas contre le recours à la sédation profonde, c’est-à dire pratiquer un sommeil dont elle ne se réveillera pas. Mais il faut observer une graduation et affirmer avant tout des principes d’humanité. Aucune loi ne va remplacer la conscience des hommes.

Pensez-vous qu’il y a dans la loi actuelle des lacunes à combler ?
Surtout dans son application. Il n’y a pas lieu de bouleverser l’économie de la loi Leonetti actuelle. Beaucoup de directions y sont déjà données.
Propos recueillis par Daniel Brignon



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