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Le « Pays noir » de Félix Thiollier : saisissant

Loire le 18 juillet 2015 - Daniel Brignon - Expositions - article lu 1009 fois

Le « Pays noir » de Félix Thiollier : saisissant
L'une des rares photograhies colorisée par l'artiste : l'aube d'un monde nouveau

La première grande exposition temporaire du « nouveau Couriot », consacrée aux photographies de Félix Thiollier propose un voyage dans le paysage minier de la Fin du XIXe siècle dans le bassin stéphanois. Avec la force de suggestion de l'artiste, le grand photographe stéphanois s'attache à composer des portraits-paysages saisissants qui font le récit de cette profonde mutation du paysage liée à la révolution industrielle à l'œuvre.

L’exposition est présentée dans la pénombre du petit lavabo dont on a clos les ouvertures, pour mieux faire jaillir dans leur force propre la succession de photographies, la plupart noir et blanc disposés sur plusieurs alignements de pupitres. Une ambiance propice au silence qui laisse juste éclater le fracas que suggèrent les prises de vues d’un monde en mutation.

Félix Thiollier a laissé une empreinte dans l’histoire des arts à travers les photographies qu’il a réalisées du Forez ancien et patrimonial. Il est l’auteur d’un livre Le château de la Bastie d’Urfé en 1886, précédant en1889 le Forez pittoresque et monumental. C’est entre 1891 et 1893 qu’il parcourt le paysage stéphanois en pleine transformation. Il y réalisera une série de portraits-paysages surprenants traités à la manière d’un peintre dans la composition de ses sujets. Une série de 700 plaques photographiques conservées par ses descendants restent de cette période que le musée de la Mine a explorée et réunie dans une grande exposition, unique dans le genre.

« Puits sous la neige ou au crépuscule, paysages dominées par les fumées, crassiers noirs et fumants formant comme des volcans sur lesquels les hommes ne semblent que fragiles silhouettes, carrières à remblais qui éventrent les sols comme la mine le fait en sous-sol, grappilleurs en action au milieu de champs de pierres, mineurs sortant des puits... : les photographies que réalisent Félix Thiollier autour des paysages de la mine stéphanoise sont d'une force exceptionnelle, et même stupéfiante », écrit Philippe Peyre, commissaire général de l’exposition.

Ni reporter, ni documentaliste, ni naturaliste, Félix Thiollier saisit l’avènement d’un monde nouveau, il montre « l’éventrement du monde », un basculement de la terre levée et fumante, le surgissement des « volcans » auxquels il compare dans une veine épique ce hérissement de cheminées. Une méditation sur le monde qui se transforme, tel est le propos de Thiollier, dont ce sera la deuxième grande exposition rétrospective après celle tenue au musée d’Orsay à Paris en 2013 sur l’ensemble de son œuvre photographique.

Les itinéraires de Thiollier

« Félix Thiollier travaille à partir d'un nombre très réduit de paysages miniers, construisant au fil d'itinéraires choisis des portraits-paysages longuement réfléchis, très rarement instantanés, même s'il sait aussi profiter des circonstances, écrit Philippe Peyre. Son approche photographique n'est pas documentaire au sens strict du terme. Il ne cherche pas à rendre compte de la diversité de la mine, ni du détail de sa vie propre, non plus qu'à porter un regard anthropologique sur ses hommes. Il construit avec soin, par étapes successives, un véritable portrait de la Mine en tant qu'emblème, sur quelques lieux fréquentés assidument : les puits Chatelus, aujourd'hui siège du puits Couriot, qui lui permettent de courtes échappées juste en dehors de la ville resserrée et enfumée.

La seconde série de paysages miniers qu'il fréquente s'inscrit le long du chemin à mi-pente qui joint les puits Chatelus à la vallée de l'Ondaine.

Thiollier affectionne aussi une troisième série de paysages, qu'offre la route qui mène de Saint-Étienne à Terrenoire. Celle-ci permet de monter par le site pittoresque de Rochetaillée vers le Gouffre d'Enfer. Les points de vue qu'elle propose permettent de mettre en scène la mine et la ville. »

Daniel Brignon

Félix Thiollier, la mine, le monde. Photographier le « pays noir » à la fin du XIXe siècle, musée de la Mine, puits Couriot à Saint-Étienne, jusqu’au 1er mars 2016.

Georges Rivoire
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Félix Thiollier (1842-1914)

À la fin du XIXe siècle, la photographie possède à peine plus d'un demi-siècle d'existence, et n'est pas encore considérée comme un art. Né à Saint-Étienne en 1842, Félix Thiollier la pratique dès 16 ans. Issu d'un milieu de négociants en rubans très cultivé, très proche des milieux du catholicisme libéral dominicain lyonnais, il grandit au milieu des arts, d'abord à Paris, au plus près d'une figure de ce courant, l'abbé Paul Lacuria (1806-1890), dont il reste très proche, puis au collège d’Oullins, fondé par le même abbé, pépinière de grands noms de la fabrique lyonnaise et d'artistes de l'École de Lyon. Il s'intéresse à la peinture de paysage, envisage d'être peintre, mais doit à la suite de la mort de son père revenir au ruban. Estimant avoir fait suffisamment fortune, il se retire des affaires à 37 ans, et partage alors son temps principalement entre la capitale, Saint-Étienne et la plaine du Forez, où il acquiert la Commanderie de Verrières. Il se consacre à l'édition d'art et au patrimoine, en même temps qu'à l'accompagnement de ses amis artistes, ainsi qu'à la photographie, qu'il travaille assidument des années 1880 jusqu'à sa mort en 1914.



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