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Le marquis apôtre des ondes courtes

Isère le 11 août 2014 - Jacques Savoye - Nord-Isère - article lu 1410 fois

Le marquis apôtre des ondes courtes
L'inventeur Henri de Bellescize, paisible retraité à Bonce dans les années soixante (photo aimablement prêtée par Pierre de Bellescize)

Pierre Regnauld de Bellescize est intarissable lorsqu’il évoque le souvenir de son oncle, le marquis Henri.

« Comment pourrai-je oublier ce tonton qui me fit don du domaine de Bonce, un château et 110 hectares de terre, alors que je n’avais que 14 ans ? » répond, quand on l’interroge,  ce nonagénaire à l’infaillible mémoire.  Mais il est aussi vrai que le marquis, qui repose depuis 1966 dans le petit cimetière du village, n’a pas seulement marqué l’histoire familiale : il est aussi une légende de la radiodiffusion, la TSF comme l’on disait alors. Car avant de s’éteindre à quelques encablures des pistes de l’aéroport Saint Exupéry, Henri de Bellescize, officier dans la Royale, fut l’inventeur des ondes courtes et de la modulation de fréquence. « Cet officier a résolu tous les problèmes de communication qui se sont présentés à la Marine pendant la guerre »  lit-on dans la citation à l’ordre de l’armée qui lui fut décernée en 1916 avec la Légion d’honneur.
Pour le marquis Henri, né à Lyon le 26 décembre 1884, tout avait commencé lorsque, jeune officier de marine spécialisé en télégraphie, il était nommé en 1911 à Toulon avec mission de mettre au point de nouvelles installations. Alors que les ondes émises par la TSF de l’époque ne franchissaient guère plus qu’une dizaine de kilomètres, le lieutenant de vaisseau parvint à capter des émissions en provenance de Salonique où mouillaient plusieurs navires français. « Mon oncle venait de découvrir la réflexion des ondes courtes sur la couche ionisée de l’atmosphère » explique Pierre de Bellescize. Rendu à la vie civile, Henri ne cessait d’améliorer sa trouvaille, se passionnant également pour les parasites atmosphériques qui troublent la réception des émissions radiophoniques. « Entre 1919 et 1935, ingénieur à la Générale de TSF, il multiplia les inventions. On lui doit l’oscillateur local permettant la stabilisation d’un récepteur et un circuit pour l’utilisation pratique de la piézo-électricité. Deux procédés que les appareils radio utilisent encore de nos jours » poursuit le neveu. Auteur de plusieurs ouvrages techniques, Henri de Bellescize franchissait l’Atlantique en 1936, un voyage marqué par 15 inventions pour la télégraphie, la téléphonie et la modulation de fréquence, celles-ci étant acquises par la puissante firme RCA (Radio corporation of America). Après la Seconde guerre mondiale, lors de laquelle son savoir-faire fut mis à contribution par les alliés,  c’est un brevet de guidage par radio des fusées que signait l’infatigable chercheur qui se fixait alors au château familial de Bonce où, veuf et sans descendance directe, il décédait en 1966.  Inventeur génial mais oublié aujourd’hui, il fut inhumé dans le cimetière de Satolas et Bonce aux côtés de Pierre, son père,  qui fut par deux fois maire de la commune.

Jacques Savoye



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