Fermer la publicité

Le Ciel nous appartient

Rhône le 22 juin 2014 - Mathieu Ozanam - Culture - article lu 824 fois

Il fut un temps où il était aussi facile de prendre l’avion que de monter dans un bus.

Longtemps les compagnies aériennes refusèrent toute forme de contrôles de sécurité. Parce que leurs dirigeants craignaient que les voyageurs prennent mal le fait d’être soupçonnés de malveillance, parce que cela entraverait l’accès rapide aux aéronefs et enfin parce que tout cela coûterait cher. Trop cher. D’autant que les Etats-Unis comptaient 531 aéroports au début des années 1970. Mais le détournement du vol Memphis-Miami marqua un tournant dans cette politique de laisser-faire. Le 10 novembre 1972 Louis Moore, âgé de 27 ans, et ses acolytes réclament une rançon de 10 M€ avant de menacer d’écraser le DC-9 sur le réacteur nucléaire du Laboratoire national d’Oak Ridge.

Jusqu’alors la conduite à tenir face aux preneurs d’otages était d’accéder à leurs demandes afin d’éviter toute fin tragique. Toute tentative d’héroïsme individuel serait sanctionné, insistaient les compagnies aériennes. Face à la facilité non seulement d’embarquement, mais encore et surtout, à celle de détourner un avion sans opposition, les Etats-Unis connaissent dans les années 1960 et 1970 une véritable épidémie de « skyjacking ». Il ne se passe pas une semaine sans qu’un vol en soit la cible. C’est en 1961 que la piraterie aérienne devint un crime pouvant être puni de la peine capitale. La proximité de La Havane où Fidel Castro avait instauré un pouvoir socialiste, il était tentant d’y trouver un refuge. Les détournements pour des motifs vénaux ou ceux motivés par d’individus souffrant de troubles de la personnalité furent également nombreux.

Mais ce qui poussa Roger Holder et Cathy Kerkow à détourner ce qui resta longemps comme le plus grand détournement d’avion des Etats-Unis, ce fut un mélange de ressentiment contre l’armée et de motivations politiques en lien avec les Black Panthers et le procès de la militante communiste Angela Davis. Cette cavale dans le ciel s’acheva sur le sol de l’Algérie qui n’avait pas de convention d’extradition avec les Etats-Unis. Avant que les deux amoureux ne se retrouve à Paris dans les milieux tiers-mondistes.

Mené comme un thriller, le récit du journaliste pour Wired et le New York Times retrace l’histoire oubliée de la piraterie aérienne de ces années-là et replonge le lecteur dans le contexte historique et politique international des années 1970.

Mathieu Ozanam

Le Ciel nous appartient, Brendan I. Koerner, Livre de poche, 13,3 €.




À lire également


Réagir à cet article

Message déjà envoyé Adresse e-mail non valide