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Laurent Fréchuret, Sisyphe heureux et incendiaire

Loire le 06 mars 2014 - Florence Barnola - Actualités - article lu 507 fois

Laurent Fréchuret, Sisyphe heureux et incendiaire
(© Alexandre Arriaga)

« On fait 130 dates cette année avec quatre spectacles différents », raconte Laurent Fréchuret qui, après 9 ans à la tête du centre dramatique de Sartrouville, a voulu revenir aux sources.

Retour à Saint-Etienne en fanfare pour le metteur en scène dont l’actualité théâtrale est multiple et imminente : jusqu’en avril A portée de crachat de Taher Najib se joue au Théâtre du Rond Point à Paris (la saison prochaine à Saint-Etienne), fin mars Richard III passera à la Comédie de Saint-Etienne avec Dominique Pinon dans le rôle titre et sera présenté Werther à l’Opéra Théâtre le même mois. Son texte (il est auteur aussi) sur Jeanne D’Arc, Sainte dans l’Incendie, tourne depuis trois ans. Bref, bien que le metteur en scène ait stoppé son activité de directeur de centre dramatique il y a quelques mois, il ne chôme pas. « Jai pris la décision de partir de Sartrouville parce que j’ai senti que j’avais tout donné. Je m’étais aussi programmé de vivre intensément et ne pas devenir un petit notable. Je me suis dit : comment je veux continuer à faire du théâtre ? »
Laurent Fréchuret donne l’impression d’être un copain d’enfance qu’on est heureux de retrouver après quelques années d’absence. Il parle sans ambages, chaleureux, saluant  des inconnus croisés ici et là. Sa philosophie du métier sonne comme un manifeste : « la vie est courte j’ai envie qu’elle brûle, de prendre des risques, de me faire peur, de me terroriser même parfois ». Ne plus avoir la sécurité dans le travail, lui rend la tâche plus excitante : « des coups de pieds au cul qui me poussent à créer et me mettent dans l’inconfort. » Cet état d’esprit, il l’a toujours eu. En 2004, quand il est arrivé en banlieue parisienne après sa nomination, il a retroussé les manches pour faire d’une scène nationale un vrai CDN : « j’ai fait construire une deuxième salle de 250 places, une grande salle de répétition, on a organisé des chantiers avec la population pour qu’il y ait un vrai lien, on a triplé le budget artistique, je me suis battu pour la permanence artistique en embauchant trois comédiens permanents…» En 9 ans, le lieu a accueilli 58 créations dont 18 de ses mises en scènes.
Depuis plus de 30 ans, ce Stéphanois fait du théâtre. Il a baigné dans l’artistique tout petit, avec un père peintre et « ma mère m’a amené au livre aussi.» Toutes ses inspirations le poussent vers l’art dramatique « où il y a l’espace et l’image. Par exemple, Giacometti ou Francis Bacon sont des obsessions. On retrouve souvent dans mes spectacles des apparitions à la Bacon ». La première pièce qu’il ait vu est Cache ta joie de Daniel Benoin en 1980. Côté plateau, à 12 ans, il l’arpentait en amateur. A 18, il en fait son métier « J’ai décidé de tout arrêté après le bac, de ne pas faire d’études et de commencer le théâtre sur le terrain ». La compagnie la Tarlatane l’accueille près de 9 ans. Il est encore reconnaissant : «  J’y ai fait mes premières armes. On avait retapé un petit théâtre à Saint-Priest-en-Jarez…» En 1994 naît le Théâtre de l’Incendie : « Le feu me fascine, je suis un signe de feu. C’est quelque chose qui se renouvelle tout le temps et qui se crée de ce qu’il détruit. Arthaud avait eu un projet de faire une compagnie qui s’appelait théâtre de l’Incendie mais je l’ai découvert après. » Il monte sa compagnie, « suite à la lecture des romans de Beckett. Son écriture a été une illumination ». Trois ans plus tard, il met en scène au théâtre de la Croix-Rousse, la trilogie Molloy, Malone  meurt, L’Innommable : « j’ai harcelé Jérôme Lindon, le patron d’alors des éditions de Minuit. Il m’a finalement cédé des droits qu’il n’avait jamais donné à personne puisqu’on n’adapte pas au théâtre les romans de Beckett.»
Laurent Fréchuret aime les mots, il compare le théâtre à de la poésie incarnée «  Un texte, qu’il soit une adaptation, une pièce de théâtre ou un poème, est mon carburant. Et en face se trouvent des êtres humains, du jeu. Que ce poème soit incarné ». Imaginer une distribution est pour lui comme constituer un orchestre : « la tessiture des voix des comédiens est très importante. Mais aussi les corps, les âges, les acteurs d’horizons différents mêmes. Une troupe doit représenter l’humanité, je rêve d’une troupe éclectique et d’une salle faite de gens les plus divers possible. »

Florence Barnola


Richard III du 18 au 22 mars à la Comédie de Saint-Etienne, Werther du 21 au 25 mars à l’Opéra Théâtre de Saint-Etienne, A portée de crachat du 12 mars au 12 avril au théâtre du Rond Point à Paris, Sainte dans l’incendie aux Editions Solitaires Intempestifs


Date :
Le 23 avril

Lieux :
Saint-Etienne et Tanger

Personnalité :
Mes parents qui m’ont toujours soutenus, et Bram Van Velde

Phrase :
« L’amour est une pensée » (Fernando Pessoa)

Ambition :
Se surprendre



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