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Laurent Campellone (Opéra-Théâtre de Saint-Etienne) : « les motifs de mon licenciement sont grotesques »

Loire le 07 janvier 2015 - Denis MEYNARD - Société - article lu 679 fois

Laurent Campellone (Opéra-Théâtre de Saint-Etienne) : « les motifs de mon licenciement sont grotesques »
©DENIS MEYNARD - Laurent Campellone : « J'aurais été très intéressé par un face à face avec le maire ou l'élu en charge de la culture ».

Durablement blessé par les circonstances de son départ, la « personnalité musicale française de 2014 » évoque la fin d'une « longue histoire d'amour avec Saint-Etienne ».

Pourquoi avoir attendu aussi longtemps pour vous exprimer alors que vous êtes suspendus de vos fonctions depuis fin avril ?

Le devoir de réserve auquel j’étais astreint ne me permettait pas de répondre aux accusations portées contre moi. La suspension administrative est une mesure exceptionnelle utilisée habituellement dans des affaires d’une particulière gravité. Celle engagée voici plus de huit mois à l’encontre d’un groupe de cadres de la culture a été d’une violence inhumaine et s’apparente à une véritable rafle. J’ai été très affecté sur le plan physique et psychique. Bien qu’entouré par ma famille, mon état dépressif m’a conduit à devoir me soigner avec des somnifères et des anxyolitiques ».

L’enquête administrative annoncée par la municipalité aboutit à votre licenciement, avec quels motifs ?

Ceux écrits dans la lettre de licenciement sont totalement grotesques. On me reproche d’avoir, sans autorisation, répondu à des invitations pour diriger des orchestres à Berlin, Sofia, ou au Bolchoï de Moscou. Alors que cela faisait partie des conditions mises à mon recrutement par la ville de Saint-Etienne, en 2003 à la tête de l’orchestre. Depuis que j’ai pris ces fonctions, les différentes municipalités de droite ou de gauche étaient très fières d’avoir un chef de portée internationale, invité dans le monde entier. L’autre motif, tout aussi grotesque, fait état d’un soi-disant problème de management avec les musiciens de l’orchestre, qui n’a jusqu’alors jamais été pointé du doigt. En octobre, lors de mon entretien préalable au licenciement j’ai demandé qu’on me donne des faits précis, ce que mes interlocuteurs ont été incapables de faire.

La responsabilité incombe-t-elle à Gaël Perdriau qui a pris l’arrêté vous licenciant ?

Le nouveau maire de Saint-Etienne, qui a des ambitions nobles pour cette ville, mais que je n’ai jamais pu rencontrer malgré mes sollicitations, a sans doute été très mal conseillé. Or, il n’y a rien de pire qu’un meneur qui se fait mener disait Charles Péguy. J’ai le sentiment que c’est le pêché originel de son mandat.

Qu’allez-vous faire dans l’immédiat ?

Contester ce licenciement devant le tribunal administratif, à qui je suis en mesure de prouver ce que j’avance. Sur le plan professionnel, j’ai la chance de pouvoir continuer mon métier. Ces derniers mois, j’ai dirigé l’Orchestre de l’Opéra de Monte-Carlo, dans Roméo et Juliette, de Charles-Gounod, puis l’Orchestre national des Pays de la Loire, dans l’interprétation de Barbe-Bleue, d’Offenbach.


Comprenez-vous le choix de la ville de supprimer le poste de chef d’orchestre et de directeur musical permanent pour des considérations budgétaires ?

Quand je suis arrivé dans cette ville voici 11 ans, on m’a dit créer ce poste pour faire des économies. Donc soit à l’époque soit maintenant, il y a des gens qui ne savent pas compter.

Les raisons de votre licenciement seraient donc ailleurs ?

J’aurais été très intéressé par un face à face avec le maire ou l’élu en charge de la culture pour qu’il puisse répondre à cette question… Tout comme j’aurais aimé leur demander qui assure la direction artistique de l’Opéra Théâtre. Certainement pas le directeur par intérim qui n’a pas de compétence en la matière.

Avez-vous été surpris de la désignation de David Reiland comme 1er chef invité à l’Opéra de Saint-Etienne ?

Disons que l’attitude de ce jeune chef, que j’avais pris sous mon aile voici 5 ans et qui a saisi habilement l’opportunité de mon départ, c’est un peu la cerise sur le gâteau !

Propos recueillis par Denis Meynard



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