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Langues régionales : des langues mortes ?

Loire le 13 novembre 2015 - Daniel Brignon - Société - article lu 364 fois

Langues régionales : des langues mortes ?
Un album de Tintin en francoprovençal

Faire vivre les langues régionales minoritaires dans la vie publique et privée, tel était le projet de la loi constitutionnelle préparée par le gouvernement portant ratification de la charte européenne des langues régionales. Elle a fait long feu devant le Sénat qui a rejeté le projet fin octobre. Le francoprovençal va-t-il pâtir de cette renonciation où est-il relégué définitivement aux oubliettes de l'histoire comme semble le suggérer l'exposition Quand Sant-Etiève parlait francoprovençal, au musée du Vieux Saint-Étienne.

La ratification de la charte européenne des langues régionales ou minoritaires, promise par le candidat François Hollande en 2012 a échoué. Cette ratification était l’objet du projet de loi, qui en tant que texte constitutionnel devait être voté dans les mêmes termes par les deux assemblées puis obtenir au congrès prévu pour 2016 une majorité des trois cinquièmes. La première étape n’a même pas eu lieu. Présenté devant le Sénat, le texte a été rejeté par une majorité de sénateurs qui ont voté le 27 octobre une « Question préalable » à l’encontre du projet, une motion de procédure signifiant qu’il n’y a pas lieu de délibérer sur le texte.

« La crainte des détracteurs de ce projet est que la promotion des langues régionales ne renforce le communautarisme et mette en péril l’indivisibilité de la République autour de la langue française, commente Claude Longre, président de la Fédération du francoprovençal. Or, je n’ai constaté parmi les défenseurs des langues régionales et en particulier du francoprovençal aucune de ces tentations. Mais au contraire chez les plus enthousiasmés par la promotion des langues régionales un profond attachement au français. Les langues régionales constituent une richesse culturelle qui ne s’oppose pas au français. Elles enrichissent le capital culturel de nos pays. Le refus de reconnaître les langues régionales fait mourir cette culture foisonnante. Une ratification qui équivaut à une promotion des langues régionales aurait l’effet d’encourager à la transmission de cet héritage culturel ».

Une étude commandée par la Région Rhône-Alpes pilotée par l’Université catholique de Lyon en 2009 sur le francoprovençal et l’occitan en Rhône-Alpes souligne le retard de l’Europe et singulièrement de la France dans la prise de conscience du danger de disparition des langues régionales considérées par l’Unesco comme un patrimoine culturel immatériel. La charte européenne des langues régionales ou minoritaires adoptée en 1992 pour protéger et  favoriser les langues historiques a été signée par la France mais non ratifiée.

Un processus long en vue de la ratification avait été engagé sous la présidence de Jacques Chirac en 1999, par la saisie du Conseil constitutionnel qui avait déclaré la charte contraire à la Constitution. Un ajout à la Constitution avait été effectuée à travers la loi de modernisation des institutions en 2008 sous la présidence de Nicolas Sarkozy, qui dispose que « les langues régionales appartiennent au patrimoine de la France ». Mais une nouvelle loi constitutionnelle était nécessaire pour valider la ratification, laquelle a été présentée le 31 juillet en conseil des ministres et rejetée par le Sénat. Donc sans suite.

Un patrimoine

C’est sous l’angle patrimonial que le musée du Vieux Saint-Étienne aborde le francoprovençal. Le sujet est présenté au passé, à l’imparfait : Quand Sant-Etieve parlait francoprovençal. L’exposition présente en effet les phases de la disparition du francoprovençal, sorti du monde des lettres entre le XVe et le XVIe siècles et délaissé par les villes de Lyon et Genève, qui adoptent la langue du pouvoir, la langue d’oïl, qui deviendra le français. Le francoprovençal subsiste singulièrement à Saint-Étienne et le Forez où il est parlé encore jusqu’en 1930.

À Saint-Étienne, les intellectuels ne l’ont pas renié comme le montre la foison de publications : au début du XVIIe siècle le roman de Marcellin Allard, La Gazette françoise, en langage forézien, les poèmes en patois de Jean Chapelon publiés en 1779 et réédités cinq fois jusqu’en 1850. Le XIXe siècle, siècle du renouveau des langues régionales, le francoprovençal s’affiche dans de nombreuses publications, de chansons et poésie, dans les journaux locaux, une revue, Gazetta do Feron, même sur des tracts politiques. La tradition sera en perte de vitesse au XXe siècle mais résistera un peu, jusqu’à la publication d’un album de Tintin en arpitan en 2007 aux éditions Casterman, L’afére Pecârd, traduction de L’affaire Tournesol.

Daniel Brignon

Hôtel de Villeneuve à Saint-Étienne,  jusqu’au 5 décembre.

Le francoprovençal ou arpitan

C’est en 1873 que le linguiste italien Graziadio Isaia Ascoli identifie sous le terme francoprovençal une langue parlée sous différents dialectes locaux mais ayant une communauté d’évolution. Son périmètre autour de l’axe Lyon – Genève comprend pratiquement tout Rhône-Alpes sauf les départements du sud, le sud des départements de Saône-et-Loire, Jura et Doubs, les cantons de la Suisse romande, le val d’Aoste en Italie et plusieurs vallées alpines. C’est d’ailleurs la racine Alpes qui a formé le terme arpitan pour désigner le francoprovençal dans les années 1970.

La Loire a la particularité de se partager en trois, à l’extrême nord la langue d’oïl, tout le Forez et le sud, le francoprovençal, tandis que commence l’occitan au sud-ouest sur le plateau de Saint-Bonnet-le-Château.



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