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Eleveurs : la sortie de crise n'a rien de définitif

Isère le 28 juillet 2015 - Thomas Eydoux - Société - article lu 95 fois

Eleveurs : la sortie de crise n'a rien de définitif
Xavier Rauffet - L'A7 bloquée dans le sens Valence/Lyon le 23 juillet dernier

Suite à l'éruption médiatique de la semaine passée, la tension semble être redescendue d'un cran chez les agriculteurs. Néanmoins, malgré les efforts des pouvoirs publics, rien n'indique une sortie de crise définitive dans le secteur. Seulement des dérivatifs.

Ce sont principalement deux syndicats agricoles qui ont mis en place les blocages au niveau des jonctions sur l’A 7, l’A 6 ou encore l’A42. Il s'agit avant tout en effet d'actions conjointes entre les Jeunes Agriculteurs (JA) et la Fédération départementale des syndicats exploitants agricoles d’Isère (FDSEA) mercredi 22 et jeudi 23 juillet.  

Sur place, une majorité de jeunes agriculteurs. « Ce sont les jeunes qui sont les plus touchés par la crise, commente Françoise Souillet présidente des JA, il était donc normal qu’ils soient les plus nombreux sur place. » D’après le même syndicat, sur la centaine d’agriculteurs présents, environ 70 étaient des « jeunes ». « On peut générer de l’inconfort, mais il faut que l’on nous voit et que l’on nous entende », clame Pascal Denolly de la FDSEA Isère, dont il est le président depuis plus de 2 ans.

 « Il faut repenser le modèle »

A l’origine de la crise : le ras-le-bol des agriculteurs et éleveurs, qui ne gagnent pas assez. Problème principal bien connu : le prix du litre de lait. Actuellement vendu aux transformateurs entre 28 et 30 centimes, « il faudrait le passer à 36 centimes pour gagner correctement sa vie », estime Pascal Denolly. Trois étapes sont nécessaires à la commercialisation d’un produit agricole : sa production (par les agriculteurs), sa transformation et sa vente (par les enseignes de grande distribution).

Les marges prises par les deux derniers sont trop importantes d’après les éleveurs. « La grande distribution prend 26 % sur chaque produit par exemple », condamne François Ferrand, président du syndicat Coordination rurale 38 (CR 38). Alors que pour certains ce modèle a seulement besoin d'améliorations, pour d’autres il n’est tout simplement pas économiquement viable. « Il faut repenser le modèle en misant sur une agriculture de qualité et de proximité, expose Eric Feraille, président de la Fédération Rhône-Alpes de protection de la nature (Frapna), on ne peut pas essayer de faire comme au Brésil par exemple, où la main d’œuvre ne coûte presque rien. »

100 M€ redistribués aux Départements

Et les plans d’aides publics annoncés ne viennent que soulager cette détresse. Avec, par exemple des bâtiments d'exploitation qui peuvent coûter à construire de 300 000 à 1 M€ ou encore un parc d’engins à entretenir, les agriculteurs, pour la plupart, accumulent les dettes. Sur les 600 M€ débloqués par l’Etat, 500 M€ serviront à répartir les dettes sur plusieurs années à venir. Les autres 100 M€ seront redistribués aux Départements.

C’est ainsi que le million promis par le Département de l’Isère à ses agriculteurs vient en fait des poches de l’Etat. L’allègement des charges, le gel des directives nitrates et l’avancement du versement des aides de la Pac pour l’année 2015 : tout cela fait aussi partie du plan prévu par l’Isère d’après Robert Duranton, vice-président du Département à l’agriculture. Hélas, « il faut se rendre compte qu’à l’échelle d’un exploitant agricole, ce n’est pas grand chose », nuance pour terminer Françoise Souiller des JA.

Thomas Eydoux

Deux plans en un

Les mesures prises par l’Etat pour soutenir les agriculteurs ont été annoncées mercredi 22 juillet. Au total, 24 initiatives ont été décidées pour venir en aide aux producteurs français. Réparti en six directives majeures, l'équivalent de 600 M€ va  être mis à disposition des agriculteurs. Un des points principaux : la diminution de la dette des éleveurs. Par exemple, un report de leurs échéances (patronales ou salariales) de plusieurs mois est prévu au programme. La Banque publique d’investissement France a aussi mis de son côté 500 M€ pour aider les sociétés d’élevages et les autres agriculteurs à investir plus confortablement, toujours dans l’optique de valoriser le « produire français ». De son côté, le Département de l’Isère a lui aussi pris des mesures inédites. Plus d’1 M€ a été débloqué en tant que « fonds d’aide d’urgence ». Cet argent vient en fait des 100 M€ donnés par l’Etat. La difficulté réside dans le montant maximum possible d’aides que les agriculteurs peuvent recevoir (« Minimis »), indépendamment de l’argent de l’Europe et de sa PAC : 15 000 € sur 3 ans. Au Département de bien répartir ses aides.

Combien d’agriculteurs en Isère ?

Un rapport public 2014-2015 de la CCI Rhône-Alpes fournit des chiffres sur l’agriculture dans le Département. On peut constater qu’en Isère, 1,2 % des actifs relève du secteur agricole. La CCI répertorie sur le département plus de 6 000 exploitations agricoles. A nuancer : car seulement 3 000 exploitations seraient « professionnelles » à plein temps d’après Pascal Denolly de la FDSEA.

T.E.



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