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Santé des chômeurs : Debout face à l'urgence

Loire le 09 février 2015 - Daniel BRIGNON - Société - article lu 87 fois

Santé des chômeurs : Debout face à l'urgence
DR - Professeur Michel Debout

Dans un ouvrage intitulé Le traumatisme du chômage, Michel Debout souligne l'indifférence de la société à un problème de santé publique : la santé des chômeurs. Rencontre.

La question du chômage n’est pas nouvelle pour vous ?

J’ai évoqué ce que je développe dans ce livre dans un avis donné comme rapporteur en 1993 au Conseil économique et social : des liens possibles entre suicide et maltraitance au travail et au-delà entre suicide et chômage.

Les faits tendent à confirmer que votre alerte était fondée ?

J’étais convaincu à la lecture des études parues après la crise de 1929 au États-Unis d’un rapport entre suicide et chômage. Tout laissait croire que la crise de 2008 aurait les mêmes effets et c’est bien ce qui s’est passé. J’avais avancé l’estimation, reprise par le journal Le Monde, d’une surmortalité par suicide du fait du chômage de 700 morts de 2009 à 2011 en France. L’Inserm a livré il y a un mois une publication qui arrive à la même conclusion.
Le suicide est le plus tragique et le plus visible mais il y a d’autres souffrances, d’autres atteintes à la santé. Une autre publication démontre que pour les chômeurs l’espérance de vie est réduite. Il n’est plus discuté aujourd’hui que le chômage est un problème de santé publique.

Le chômage est traumatisant ?

Le moment où l’on perd son emploi est un moment psycho-traumatisant. Comme psychiatre et médecin légiste je connais l’évolution des situations traumatiques : signes d’anxiété, perte d’appétit, perte de contrôle de soi, qui amènent à la perte d’estime de soi… Je parle en termes de risque bien sûr.

Votre proposition ?

Je propose une prévention obligatoire pour les chômeurs de même qu’il y a une prévention obligatoire pour le travail. Je veux parler d’une visite médicale dans les 3 mois qui suivent le début du chômage, pour faire le point, sur les symptômes, les risques addictifs qui peuvent altérer la santé des personnes.

Que voulez-vous dire par « repenser l’emploi » ?

Si la société d’aujourd’hui n’a pas la capacité de permettre à chacun d’avoir un emploi, il faut repenser la façon dont on articule les périodes de la vie dans un continuum. Il pourrait s’agir dans une situation de perte d’emploi d’un nouveau contrat avec la société qui maintienne le lien social. C’est une piste de réflexion.

Propos recueillis par Daniel Brignon


Le traumatisme du chômage, éditions de l’Atelier, 96 pages, 12 €.



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