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La chronique de Jacques Plaine : La revanche de Kevin, de Iegor Gran

le 15 août 2015 - Jacques Plaine - Livres - article lu 51 fois

La chronique de Jacques Plaine : La revanche de Kevin, de Iegor Gran

Au Salon du livre, Porte de Versailles et entre deux coupes de mauvais champagne - mais y a-t-il du bon champagne au Salon du livre ? - l'écrivain François-René Pradel (une dizaine d'ouvrages au compteur et un prix littéraire de sous-préfecture) parle littérature, donc de lui-même, avec un jeune lecteur d'une grande maison d'édition.

Le jeune homme « un élégant à la mèche rebelle » dit s’appeler Alexandre Janus-Smith. Il cite Proust et Céline, a lu La Tentation de la glissade le dernier roman de Pradel, le fait parler de ses projets, du dernier texte qu’il vient de terminer, dit qu’il serait flatté d’en parcourir les premières pages, lui donne sa carte et le convainc de lui en envoyer ne serait-ce que quelques feuillets.

Venu au salon pour se faire voir et remarquer - pour vendre sa salade en citant Deleuze - Pradel est comblé. Il peut reprendre le métro, rentrer chez lui, aller arroser sa bonne fortune avec sa femme et sa fille et attendre le courriel de Janus-Smith. Il sera immédiat et dithyrambique. Il a lu le livre dans la nuit et s’est écroulé de bonheur et de fatigue au petit matin « épuisé mais content comme après une nuit d’amour ». Le patron de la Grande maison informé sur le champ a parcouru le livre et crie au génie, le comité de lecture reste sans voix ce qui est la même chose, on parle de tirage de l’année, pourquoi pas de prix littéraire. Puis le temps passe, les mails de Janus-Smith s’espacent, laissent entendre un problème, la date de mise en vente s’éloigne, la signature du contrat aussi, le cérémonial des services de presse n’est plus à l’ordre du jour, Pradel s’inquiète, sa femme s’énerve, sa fille s’agace. Ils appellent la Grande maison. La secrétaire de direction est formelle : il n’y a pas, il n’y a jamais eu, d’Alexandre Janus-Smith chez nous.

Mais il y a un Kevin H au Palais Gruyère. Pas tout à fait un journaliste ce Kevin, mais un type qui travaille à la radio où il vend de l’espace publicitaire. Un farceur force cinq qui passe son temps - parce qu’on a du temps à passer au Palais Gruyère - à monter des coups auprès de romanciers de deuxième zone leur promettant de les faire monter dans le TGV de la gloire. Une sorte d’escroc sans but lucratif qui se venge d’être un Kevin. Un Kevin ? Oui un Kevin, une race à part dans la farandole des prénoms. Car un Kevin peut être prof de muscu, vendeur d’imprimantes, gérant de supérette mais il n’est et ne sera jamais un intellectuel comme tous les bobos qui l’entourent à la Maison de la Radio. Car telle est la grande misère des Kevin : en être un et devoir le rester.

Jacques Plaine

La Revanche de Kevin, Iegor Gran, POL, 15 €.



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