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La clémence de Titus, testament de Mozart

Loire le 20 février 2015 - Daniel BRIGNON - Musique - article lu 198 fois

La clémence de Titus, testament de Mozart
Daniel Brignon - David Reiland

David Reiland dirige coup sur coup deux opéras de Mozart à l'Opéra Théâtre de Saint-Étienne : La Flûte enchantée et La Clémence de Titus. Deux ouvrages qui ont en commun d'avoir été écrits quelques mois avant la mort du compositeur. Le chef « mozartien », défend le dernier, testament humaniste de Mozart, qui va être présenté la semaine prochaine.

La clémence de Titus a été un peu oubliée, est-ce juste ?

Peut-être parce qu’il s’agit d’un opera seria, La Clémence de Titus est restée le vilain petit canard de la production opératique. Il n’en est pas moins un vrai chef d’œuvre, exceptionnel. Je dirais même que l’écriture orchestrale, extrêmement dense, nécessite une deuxième voire une troisième lecture.

Cet opéra a été pourtant écrit, dit-on, en 18 jours ?

C’était une commande de l’État de Bohème pour le couronnement de Léopold II. Elle était destinée à l’origine à Salieri, qui a décliné l’offre ayant trop de travail. Mozart qui l’a accepté a tout laissé, pour l’écrire, ce qu’il avait en chantier : la Flûte enchantée et le Concerto pour clarinette. Il y a mis tout de lui.

C’est-à-dire ?

On y retrouve toutes les valeurs qu’a défendu Mozart : le pardon, la compréhension, la fraternité : des valeurs humanistes. La Clémence en rend compte plus que tout autre opéra en même temps que c’est aussi pour Mozart un dernier clin d’œil à son père. L’image du père est très importante chez Mozart, dès Mithridate le père est incarné sous les traits du roi, dans La Clémence on retrouve le père dans ceux de Titus, l’empereur. Et Mozart lui-même se reconnaît dans le personnage de Sesto, meilleur ami de l’empereur, par qui la trahison va arriver et après le repentir. D’ailleurs ne signe-t-il pas une lettre de cette époque de « Ton Amadeo Sesto ». C’est dire l’identification qu’il y a de la vie de Mozart avec ce duo tumultueux de Titus et Sesto, d’une profondeur touchante. Quand on écoute cette musique il n’est pas rare que dans la fosse on voie les yeux briller. L’amour paternel et filial va au-delà de cette relation très chaotique qu’ont eu Wolfgang et Léopold Mozart. Mozart a mis dans cet ouvrage tout de lui. La Flûte enchantée a ce côté séduction grand public, c’était pour Mozart la dernière chance de renouer avec le succès. La Clémence de Titus en revanche, c’est lui à cent pour cent. Il ne se soucie plus de plaire. C’est un vrai testament psychologique.

Mozart s’y livre complètement ?

On sent dans cet opéra l‘épaisseur d’une vie, une vie courte mais qui fut dense. Il y a une intensité dramatique tellement forte que Mozart ne pouvant aller au-delà introduit un élément de légèreté, de rupture de façon si élégante. On voit arriver au moment le plus intense un élément musical relativement léger en apparence. C’est pour dépasser le drame, un thème venu du ciel pour souligner le crescendo émotionnel.

Le metteur en scène Denis Podalydès ne propose-t-il pas une lecture de l’œuvre un peu différente ?

Le metteur en scène fait une lecture plus contemporaine : l’action se passe dans un hôtel des années 1930-1940. Il a aussi une vision un peu plus politique, mais il souligne très bien la mécanique psychologique de l’empereur qui a le pouvoir mais n’en demeure pas moins un être humain avec ses doutes. On a dit que La Clémence faisait l’apologie de la faiblesse, c’est vrai, mais je dirai plutôt l’apologie de la fragilité, c’est plus beau et pas négatif. Il ouvre une fenêtre sur une autre facette de l’être.
Denis Podalydès propose une conception moderne, je ne dis pas moderniste, qui épouse parfaitement la pièce. Elle n’est pas du tout éloignée de ma conception de l‘œuvre, c’est une seconde peau contemporaine. Le metteur en scène conserve le principal, c’est-à-dire l’homme au centre de tout. Il garde avant tout ce que vit un cœur d’homme avec ses doutes et ses craintes.

Vous avez étudié à Salzbourg et dirigé le Mozarteum Orchester. Êtes-vous un chef mozartien ?

Il y a une étiquette de mozartien qui s’installe tout doucement. Vous savez, un compositeur c’est pour moi comme une langue. De la même façon qu’on peut aimer parler telle ou telle langue, j’aime bien parler Mozart. J’ai avec lui un même feeling. Ceci dit très humblement, je ressens une sorte d’évidence face à cette partition.

Propos recueillis par Daniel Brignon

Grand Théâtre Massenet de l’Opéra Théâtre de Saint-Étienne, Mercredi 25 et vendredi 27 février à 20 h, dimanche 1er mars à 15 h.

La Clémence de Titus

Créé à l’occasion du couronnement de Léopold II, La Clémence de Titus fut composé en même temps que La Flûte enchantée et le Requiem. Écrit en quelques semaines seulement, l’année de sa mort à 35 ans, cet opera seria a été longtemps sous-estimé ; il est aujourd’hui considéré comme l’un des meilleurs opéras du genre jamais écrit.
L’action se déroule à Rome, en 79 après J.-C. L’empereur Titus échappe de justesse à l’attentat que son meilleur ami, Sesto, a fomenté contre lui. Titus est devant un choix poignant : suivre ses émotions et accorder la grâce à son ami ou se rendre à la raison et le condamner…
Dans sa mise en scène, Denis Podalydès nous plonge dans les arcanes du pouvoir, dans les alcôves d’un grand hôtel qui accueille les acteurs d’une rencontre internationale au sommet, sorte de G8 qui dégénérerait.



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