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La chronique de Jacques Plaine : Pardonnable, impardonnable, de Valérie Tong Cuong

le 30 juillet 2015 - Jacques Plaine - Livres - article lu 255 fois

La chronique de Jacques Plaine : Pardonnable, impardonnable, de Valérie Tong Cuong
DR - Pardonnable, impardonnable, Valérie Tong Cuong, JC Lattès, 19 EUR.

Milo, douze ans, est à l'hôpital. Entre la vie et la mort. Plutôt du côté de la mort que de la vie. Son père, sa mère et sa grand-mère sont allés acheter un nouveau carrelage pour la piscine. C'est du moins l'excuse qu'ils ont donnée pour le laisser faire ses devoirs avec sa tante. Ils ont pris leurs vélos et fait la course comme deux gamins. De la vitesse, des graviers, un virage pourri et c'est la chute.

A qui la faute ? Pourquoi Milo faisait-il du vélo avec Marguerite alors qu’il devait réviser son anglais à l’ombre de la villa ? Quel coup tordu sa grand-mère Jeanne manigançait-elle avec sa fille et son gendre sous couvert de cette excuse bancale d’achat de carrelage pour la piscine ? Face à ce terrible accident, nul n’est innocent, chacun a sa part de responsabilité. Mais avec la mort qui rôde autour de l’enfant, chacun va montrer l’autre du doigt, régler ses comptes et tirer à vue. Vont remonter à la surface des secrets qui ont trop longtemps moisi sous l’oreiller, des mesquineries et des trahisons domestiques, des lâchetés et des non-dits qui ne demandent qu’à être dits, criés, hurlés à la face de la parentèleEt pendant ce temps-là, alors que la famille vole en éclats, Milo - l’enfant chéri, adoré, adulé de tous - se meurt à l’hôpital.

De chapitre en chapitre, chacun - dans sa bulle de tragédies mâtinées de haines - raconte, se raconte, accuse, se justifie, donne sa version des faits. Céleste la mère, qui il y a quinze ans a connu le pire et qui depuis n’a toujours pas fait le deuil de l’autre drame. Lino, son mari, le souffre-douleur de sa belle-mère, lui qui s’est fait seul, en laissant au bord de la route sa propre famille et qui rêve que Milo réalise au centuple tout ce que lui-même s’était promis de faire sauf que si Milo sort du coma l’excellence sera-t-elle encore au rendez-vous ? Jeanne qui a vécu l’impensable et qui étouffe Céleste d’un amour oppressant dont elle refuse la moindre miette à sa sœur Marguerite. Celle-ci enfin qui reporte sur Milo toute la tendresse que lui refusa toujours sa mère : « un fil invisible s’est tissé entre nos deux cœurs. Un fil d’amour simple, pur, sans motif. »

Et pendant ce temps-là, Milo entre deux mondes, entre la vie et la mort, entre l’envie d’ouvrir les yeux et celle de les laisser fermés, entre être et ne  pas être, voit ceux qu’il aime l’entourer d’un amour empoisonné. Seul le docteur, son docteur, peut l’aider à s’extraire de ce nœud de vipères aux allures de nœud gordien.

Jacques Plaine

Pardonnable, impardonnable, Valérie Tong Cuong, JC Lattès, 19 €.



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