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La chronique de Jacques Plaine : Majda en août, de Samira Sedira

le 22 décembre 2016 - Jacques Plaine - Livres - article lu 40 fois

La chronique de Jacques Plaine : Majda en août, de Samira Sedira
D.R. - Majda en août, Samira Sedira, Editions du Rouergue

Samira Sedira, née à Annaba, débute sa carrière à la Comédie de Saint-Étienne, puis en 2013 publie un premier roman : « L'Odeur des Planches » interprété au théâtre par Sandrine Bonnaire. « Majda en août » est le deuxième.

Après une maîtrise en sociologie, Majda vit à Paris. Elle passe un week-end de temps en temps - et de moins en moins - dans sa tribu entre Toulon et Le Lavandou. Une banlieue où « l’air sent la graisse de moteur ». Elle y retrouve son père, sa mère et ses six frères. Une fratrie dont l’aîné l’évite depuis « l’affaire » du figuier. Un drame qui avait bouleversé son adolescence.

Un dimanche avant de reprendre le train pour Paris et alors que ses parents regardent la télévision - elle murmure ces trois mots, debout, les bras sans force le long du corps : « ça me fatigue » et rajoute par deux fois, de crainte que la première ait été inaudible : « Je ne reviendrai plus ». Suivent des années de silence - beaucoup -  puis un jour « à la rosée du matin » le téléphone sonne chez Fouzia et Ahmed Zad : « Ici l’Hôpital psychiatrique Henri Guérin. Avez-vous une fille prénommée Majda ? ». Bien sûr qu’ils ont une fille prénommée Majda. Ils se précipitent. Là, des fous partout « qui errent ou s’entretiennent avec les murs ». Des fous gavés « de pilules à faire crever un cheval ». Et parmi cette collection de dingues, leur fille Majda. « Mais qu’est-ce qu’elle a monsieur, s’il vous plait ? » -  « Vous verrez ça avec le docteur » avance, prudente, une blouse blanche.

Quinze jours passent. Une petite quinzaine qui suffit à faire revenir Majda parmi les vivants. Et la voilà dans la maison de son enfance. Avec papa et maman. Ses frères ne sont plus là. Partis avec femme et enfants. Evaporés. Pas loin, mais évaporés. Elle retrouve ses parents et s’aperçoit qu’ils l’ont aimée. Autrement. A leur façon, sans tendresse. Sa mère écrasée par les maternités. Son père abattu, anéanti, humilié par la fratrie qu’il a conçue mais qu’il n’a pas su gérer : «ils ont raison les autres. Il nous fait honte, papa ».

A 45 ans, la tête sur les genoux de sa mère, elle constate que sa vie a été « une suite vertigineuse de petits hauts, et de grands bas ». Surtout après la nuit du figuier. A partir de cette triste histoire le silence s’est abattu sur la maison. « Il ne s’est rien passé », clamaient pourtant à l’envi Fouzia et Ahamed alors que la souffrance ravageait le cœur de Majda. Leur fille toujours debout à coups de cachetons, de pilules, de piquouses.

« On peut très bien respirer et être morte.
Respirer et être morte, ce sont, paraît-il, des choses courantes. »

Jacques Plaine

Majda en août, Samira Sedira, Editions du Rouergue, 16 €.



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